DES RAISONS D’ESPERER

lueurespoirEn ce moment, il y a deux choses qui restent désespérément sombres et inquiétantes : la météo et les chiffres économiques, chômage en tête. A l’occasion du premier anniversaire de l’élection de François Hollande, les multiples bilans réalisés à cette occasion n’ont pas manqué de souligner que les résultats ne sont pas là et qu’aucune lueur d’espoir ne semble poindre à l’horizon. La mode est à la sinistrose. Pourtant, je reste persuadé qu’il existe quand même des raisons d’espérer. Pourquoi ? Parce qu’il en existe toujours !

Déjà, si on a beaucoup insisté sur la faible croissance de notre pays, qui provoque inexorablement une montée du chômage, on a souvent oublié de dire que depuis un an, beaucoup de pays en Europe ont fait pire que nous, y compris de l’autre côté du Rhin, où la récession a également frappé. Evidemment, cela ne console guère ceux qui souffrent directement de cette situation et on pourrait même y voir, à raison, des raisons de s’inquiéter. Mais cela prouve que les fondamentaux de l’économie française sont loin d’être aussi mauvais que peut le laisser croire notre formidable faculté à nous dénigrer nous-mêmes.

S’il y a bien une erreur commise par François Hollande (je ne veux pas dire par là que c’est la seule), c’est d’avoir bâti son programme en misant sur une reprise généralisée en Europe, qui devait tirer notre économie vers le haut. Elle ne fut pas du tout au rendez-vous, bien au contraire, et l’élan s’est transformé en boulet, obligeant à remettre en question certains volets de la politique annoncée. On peut bien le lui reprocher, mais pour sa défense, il serait malhonnête de passer sous silence que toutes les prévisions, ou presque, allaient dans son sens, y compris de la part d’esprits brillants qui s’en donnent aujourd’hui à cœur-joie pour taper sur notre Président.

Une première raison d’espérer repose donc sur le fait que les prévisions pessimistes sont aussi peu fiables que celles qui annonçaient une reprise généralisée en Europe il y a peu. Certes, cela tient un peu de la méthode coué, mais l’économie est malheureusement sujette aux prophéties auto-réalisatrices. Il n’empêche qu’on a eu là une nouvelle illustration du côté totalement moutonnier des économistes de tout poil le plus souvent payés pour se tromper constamment. Ils rêvent tous de voir leur discipline devenir une science prédictive, mais c’est quelque chose qu’elle ne sera jamais. Donc inutile à se fatiguer à jouer les Cassandre… même si cela peut signifier que l’avenir sera encore pire que prévu.

Une deuxième repose sur le mouvement mondial qui s’annonce dirigé contre l’optimisation, la fraude et l’évasion fiscales. Certes, il ne faut pas être naïf, il y a là une sorte d’opportunisme politique généralisé et tout ne va pas changer du jour au lendemain. Mais cette fois-ci, les choses semblent différentes des discours creux de 2008 contre les paradis fiscaux. Déjà parce que l’impulsion semble venir de pays, Etats-Unis et Grande-Bretagne notamment, qui étaient jusqu’à présent ceux qui mettaient des bâtons dans les roues à chaque initiative. Et surtout parce que les Etats n’ont guère d’autre choix que d’agir. On ne peut pas continuer à voir les sociétés les plus riches de notre planète, Apple et Google en tête, ne payer tout simplement aucun impôt et ce, le plus légalement du monde. A l’inverse, on ne peut pas continuer à voir la fraude fiscale atteindre des montants supérieurs au déficit des Etats. Si les actes suivent, cela constituerait un tournant historique face à une tendance dérégulatrice qui remonte aux années 70. Mais la résistance d’Etats comme le Luxembourg ou l’Autriche pour le secret bancaire ou l’Irlande pour des taux d’imposition sur les sociétés paradisiaques montrent bien que la partie est loin d’être gagnée. Au mois, semble-t-elle vraiment engagée.

D’un point de vue domestique, beaucoup ont critiqué la fameuse boîte à outils de François Hollande, sans même trop savoir ce qu’il y avait dedans. Personnellement, en tant que gestionnaire d’une entreprise, c’est bien pourtant de mesures concrètes qui peuvent m’aider à court terme. Et de ce point de vue, je pense que beaucoup n’ont pas encore mesuré l’impact du crédit d’impôt compétitivité-emploi. Certes, certains assimilent ce genre de mesure à un cadeau aux patrons, mais mon entreprise, avec son seul salarié, alors qu’elle évolue dans le champ de l’économie sociale et solidaire va pleinement en profiter. Certes, ces quelques milliers d’euros ne vont pas changer la face de mon monde et surtout ne seront touchés que dans un an. Mais ce coup de pouce généralisé à toute l’économie va quand même représenter une belle bouffée d’oxygène pour toutes les entreprises en manque de trésorerie. Or c’est bien quand cette dernière se tend que les entreprises limitent au maximum leurs achats et payent leurs fournisseurs avec un maximum de retard (notre prestataire pour les espaces verts ne dira sûrement pas le contraire…), faisant rentrer tout l’économie dans un cercle vicieux dont il est toujours dur de sortir.

Après, j’ai déjà souligné que ce gouvernement avait enfin le courage de s’attaquer à plusieurs problèmes structuraux, notamment au niveau des finances publiques. Les bénéfices ne se concrétiseront qu’à long terme et faire le lien avec des mesures précises sera alors difficile. Il suffit de voir les débats sur les raisons profondes de la réussite allemande. Ce genre de mesure n’est donc que rarement politiquement payantes et personne n’a crevé les plafonds de popularité en les mettant en œuvre. Mais elles sont nécessaires, plus que jamais nécessaires, et donnent de vraies raisons, peut-être un peu lointaines, d’espérer.

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