MADRE : Hors de propos

madreafficheUn personnage vit un drame affreux et un scénariste est alors tenté d’en faire un film. En effet, quoi de mieux que le malheur pour écrire une histoire. Notre empathie nous pousse vers un sentiment de sympathie envers celui qui le vit et on est prêt à lui pardonner beaucoup de choses, puisqu’il a une excuse toute faite pour expliquer son comportement. L’auteur s’attend à ce que l’on soit ému et compréhensif, à moins de passer pour un monstre insensible. Je le suis peut-être parfois, car tout cela ne me suffit pas toujours pour me faire aimer un film. Nouvelle preuve avec Madre, qui m’a surtout inspiré indifférence, voire hostilité.

Pour résumer, Madre nous raconte l’histoire d’une jeune mère dont le fils a été enlevé quand il était tout petit et qui, des années plus tard, croise le chemin d’un jeune adolescent qui lui rappelle ce qu’aurait pu être désormais son fils. Et que croyez-vous qu’elle fait ? Et bien, elle débute avec lui une relation quasi amoureuse qui finira par devenir charnelle (même s’il y a une certaine ambiguïté à ce niveau-là). Bref, le film nous présente des élans pédophiles comme une manière de faire son deuil. Je caricature un tantinet, mais le propos est définitivement glauque et sans grand intérêt. Dans ces conditions, comment s’attacher à un personnage qui a un tel comportement ?

madreLe film de Rodrigo Sorogoyen, qu’on avait quand même connu beaucoup plus inspiré, est pourtant formellement plutôt réussi. Il parvient à installer une ambiance qui intrigue le spectateur. La scène d’ouverture est notamment remarquable. Il dirige également à merveille ses comédiens. La performance de Marta Nieto est de tout premier ordre. Mais ces qualités artistiques ne peuvent effacer les problèmes posés par le propos. On ressort de Madre en ressentant une gène immense. C’est parfois le signe d’un film percutant qui ne laisse pas indifférent. Ici, il s’agit d’autre chose, qui doit plutôt inciter le spectateur à aller voir autre chose.

LA NOTE : 06/20

Fiche technique :
Réalisation : Rodrigo Sorogoyen
Scénario : Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen
Costumes : Ana López Cobos
Photographie : Alejandro de Pablo
Montage : Alberto del Campo
Musique : Olivier Arson
Durée : 128 minutes

Casting :
Marta Nieto : Elena
Jules Porier : Jean
Alex Brendemühl : Joseba,
Anne Consigny : Lea
Frédéric Pierrot : Gregory
Guillaume Arnault : Benoit
Álvaro Balas : Iván
Blanca Apilánez : la mère d’Elena
Alexandre Pagani : Benjamin

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