L’EVENEMENT : Malheur intense

Se montrer cru est-il le meilleur moyen de marquer les esprits et de donner de la force son propos ? La réponse n’a rien d’évidente car plus on va loin dans ce domaine, plus tout devient une question de subtil dosage. On passe vite de l’œuvre choc que l’on voulait créer à du grand-guignol tournant au ridicule. Et ceci d’autant plus quand on aborde un sujet aussi sensible que le droit à l’avortement. Audrey Diwan n’a pas eu froid aux yeux et a décidé d’y aller franchement en réalisant l’Evénement. Elle marche sur les pas de Cristian Mungiu, qui avait remporté la Palme d’Or en 2007 avec 4 Mois, 3 Semaines, 2 jours, sur le même sujet et avec les mêmes images d’une grande dureté. Mais vue l’actualité sur le sujet un peu partout dans le monde, avoir un tel film sur nos écrans régulièrement n’est vraiment pas du luxe.

Le film nous plonge dans la France de l’année 1963, à l’université, où les étudiantes sont encore considérées comme des exceptions et où beaucoup d’entre elles s’arrêtent en cours de route, un fois un mari trouvé. Pour celles qui souhaitent aller au bout, la pire chose qui puisse arriver est évidemment de tomber enceinte, à une époque où l’avortement est totalement illégal et sévèrement puni. C’est ce qui arrivera au personnage central de l’Evénement. Celui-ci nous décrit avec minutie l’ambiance d’une époque. Mais difficile de ne pas faire le lien avec les remises en cause de ce droit fondamental qui surviennent un peu partout. Cette double lecture, historique et actuelle, donne un double intérêt à un propos mené aussi magistralement sur la forme que sur le fond.

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Ne doutons pas que ce rôle marquera à jamais la carrière, encore très jeune, d’Anamaria Vartolomei. Un rôle d’une intensité incroyable qu’elle interprète avec une grande justesse dans la très large palette d’émotions traversées par son personnage. L’Evénement ne serait pas le même film si elle n’avait pas fait preuve d’un tel talent. Si le propos est extrêmement politique, tout est véhiculé à travers un destin individuel. Il est donc tout autant un film portrait. La réalisation d’Audrey Diwan est centrée sur ses actrices et ses acteurs, avec de nombreux plan serrés pour nous faire plonger au cœur de leurs émotions avec beaucoup d’intensité. Intensité, voilà un terme qui caractérise bien ce film, qui vous remue au plus profonds de tripes. Et vous donne plus que jamais envie de vous battre pour qu’aucun retour en arrière sur la question ne soit jamais possible.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Réalisation : Audrey Diwan
Scénario : Audrey Diwan et Marcia Romano
Direction artistique : Omid Gharakhanian
Photographie : Laurent Tangy
Son : Antoine Mercier et Philippe Welsh
Décors : Diéné Bérète
Montage : Géraldine Mangenot
Musique : Evgueni Galperine et Sacha Galperine
Production : Edouard Weil et Alice Girard
Durée : 100 minutes

Casting :
Anamaria Vartolomei : Anne Duchesne
Kacey Mottet-Klein : Jean
Luàna Bajrami : Hélène, une amie d’Anne
Louise Orry-Diquero : Brigitte, une amie d’Anne
Louise Chevillotte : Olivia
Pio Marmaï : le professeur Bornec
Sandrine Bonnaire : Gabrielle, la mère d’Anne
Leonor Oberson : Claire, une étudiante
Anna Mouglalis : Mme Rivière, l’avorteuse
Cyril Metzger : Gaspard, le jeune pompier
Éric Verdin : Jacques, médecin
Alice de Lencquesaing : Laetitia, une étudiante
Madeleine Baudot : Lise
Fabrizio Rongione : docteur Ravinsky
Isabelle Mazin : Magda
Julien Frison : Maxime, l’amant d’Anne

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