
En nous offrant un film où la musique n’occupe pas le rôle central, Damien Chazelle a pris le risque d’abandonner ce qui avait fondé jusqu’à présent son succès. Mais en faisant ce choix, il a aussi perdu un peu de sa personnalité artistique. First Man reste un film d’un grand classicisme, sur la forme et sur le fond. Certes, le scénario nous parle de l’homme derrière le héros, brisant l’icône pour nous montrer toutes les failles qui le traversent. Mais tout cela est fait de manière assez froide et distancée. On ne retrouve pas ici dans le personnage de Neil Armstrong, les émotions sublimées qui parcouraient le batteur de Whiplash. Du coup, le spectateur n’en ressent pas autant qu’il aurait espéré.

LA NOTE : 13/20
Fiche technique :
Production : Universal Pictures, DreamWorks, Temple Hill, Perfect World Pictures
Distribution : Universal Pictures International
Réalisation : Damien Chazelle
Scénario : Josh Singer, inspiré de la biographie de James R. Hansen
Montage : Tom Cross
Photo : Linus Sandgren
Décors : Nathan Crowley
Musique : Justin Hurwitz
Durée : 141 min
Casting :
Ryan Gosling : Neil Armstrong
Claire Foy : Janet Armstrong
Jason Clarke : Ed White
Kyle Chandler : Deke Slayton
Corey Stoll : Buzz Aldrin
Patrick Fugit : Elliott See
Ciaran Hinds : Bob Gilruth
Olivia Hamilton : Pat White
Lukas Haas : Mike Collins
Je suis un homme discipliné et fidèle. D’autres diront psychorigide, mais ce sont de bien mauvaises langues. Donc comme je suis un fidèle discipliné de l’univers Marvel, je vais voir tous les films se situant dans celui-ci. Le plus souvent pour le meilleur heureusement, mais quelque fois, il faut bien l’admettre, pour le pire. C’est bien à ce dernier auquel je m’attendais en allant voir Venom, vue la réception critique désastreuse qu’il a connue. Mais l’avantage de ne rien d’espérer d’un long métrage, c’est que qu’on ne peut pas être déçu. On ne peut être qu’agréablement surpris. Dans le cas présent, ce ne fut pas non plus une très bonne surprise, mais une petite surprise quand même.
Reste le plaisir de voir Tom Hardy rejoindre enfin l’univers Marvel, après avoir été un des personnages les plus marquants de l’univers cinématographique DC. Son interprétation est à l’image du film, quelque peu bancale. Il navigue de la gravité à la légèreté, de l’horreur à l’humour, sans trois savoir ce qu’il doit privilégier. En tout cas, un tel acteur aurait mérité un rôle beaucoup mieux écrit. Venom s’annonce comme le premier acte d’une trilogie, espérons que la suite s’avérera bien meilleure. Le potentiel est là. Avec juste un tout petit peu de talent au scénario et à la réalisation, cela serait tout à fait envisageable. Parce que ce premier épisode en manque cruellement.
Le remake est un exercice presque aussi vieux que le cinéma. Un certain nombre de grands classiques de l’âge d’or hollywoodien des années 50-60 consistait déjà en une nouvelle version d’un long métrage préexistant. On peut penser à Ben-Hur, mais aussi à Une Étoile Est Née. Ces deux derniers partagent le fait d’avoir donné lieu à une version contemporaine. A Star is Born est même la quatrième version de la même histoire. En tout cas, ces deux exemples permettent de dresser le même constat : ce n’est pas toujours dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes.
Par contre, une étoile du 7ème art est bien née avec A Star is Born. Les fidèles de la série American Horror Story le savaient déjà, mais Lady Gaga est une extraordinaire actrice. Elle se révèle ici sur grand écran de manière éblouissante. Elle éclipse totalement Bradley Cooper, renvoyé à ses limites. Mais elle ne parvient pas à elle seule à sauver le film d’un vrai sentiment de médiocrité. Pas un film franchement raté, mais rien qui ne fasse vraiment vibrer, rien qui donne envie de s’enthousiasmer. Tout cela est un peu lisse, un peu convenu, sans réelle prise de risque. On était en droit d’attendre mieux et il est alors difficile de ne pas être déçu.
Les journées ne faisant désespérément que vingt-quatre heures, mener deux vies en une constitue un exercice d’équilibriste difficile. Surtout quand ces deux vies sont déjà particulièrement chronophages. Pourtant, certains, à force d’abnégation, s’en sortent. Nos Batailles leur rend un bel hommage en nous proposant par la même occasion un beau film. En évitant la plupart des pièges qui l’attendaient, Guillaume Senez donne de la crédibilité et de l’émotion à son propos. Des larmes et des sourires au programme. Et un Romain Duris particulièrement inspiré.
Nos Batailles repose quasiment exclusivement sur les épaules de Romain Duris. Voilà qui ne fait pas peur à tel acteur qui s’acquitte de cette tâche en éclaboussant l’écran de son talent. Certes, il abuse peut-être de certaines mimiques, mais il parvient à donner de la crédibilité et de la profondeur à son personnage. Tous les seconds rôles se mettent au diapason, en particulier Laure Calamy qui mériterait amplement enfin un premier et grand rôle. La réalisation de Guillaume Senez est sobre et reste totalement au service de l’histoire et des personnages, ce qui est assez bienvenu dans ce genre de film. Encore une fois, il démontrer un vrai sens de l’équilibre qui explique largement la réussite de son film.
Il y a des histoires que l’on se raconte encore et encore dans des versions toujours différentes. On ne s’en lasse pas, on en redemande même parfois. Les triangles amoureux, les ascensions avant la chute, autant d’idées qui pourraient résumer un nombre très important de films, sans que l’on n’ait l’impression d’avoir fait le tour de la question. Cependant, il arrive tout de même parfois que la sensation de déjà-vu domine et que le scénario ressemble à un plat mal réchauffé. C’est malheureusement le cas de Frères Ennemis, un film pas si mal foutu, mais qui en rappelle tant d’autres… et des meilleurs.
S’il y a une seule raison d’aller voir Frères Ennemis, c’est la présence à l’écran de Reda Kateb. Quel plaisir de voir ce formidable acteur au charisme singulier et incomparable. A ses côtés, Matthias Schoenaerts fait un peu pâlichon, même s’il fait preuve d’une réelle application. Dommage que leurs personnages respectifs maquent trop de profondeur et d’originalité pour leur permettre de donner toute la mesure de leur talent. Au final, David Oelhoffen ne signe pas un mauvais film, il serait très injuste de dire cela. Mais un film sans grand intérêt dont on peut largement se passer.
Vous avez une faim de loup ? Juste un petit creux ? Ne serait-ce qu’une très vague envie de manger ? Et là, vous vous dites, et si je me faisais un petit ciné avant ! Je ne vous conseille alors d’éviter à tout prix la Saveur des Ramen, sous peine de ressortir de la salle dans un état de fringale absolue. En effet, voici un film qui donne l’eau à la bouche, au sens premier du terme parce que la nourriture joue un rôle éminemment central dans cette histoire. Et au sens figuré aussi, car il brille par bien d’autres qualités qui satisferont bien plus l’esprit que l’estomac.
La Saveur des Ramen reste aussi un hymne à la cuisine. Pas seulement celle que l’on mange, mais celle que l’on prépare. Le rapport sensible, par les cinq sens, aux ingrédients occupe une place de choix dans ce film. Ce n’est pas tant de voir des gens manger qui donne faim, mais d’en voir assembler les éléments d’un festin. On en sentirait presque l’odeur et on s’attendrait à ce qu’un personnage sorte de l’écran pour venir vous servir. Il n’en est malheureusement rien, alors on reste avec son envie de soupe et de nouilles chinoises. Son appétit de cinéphile est heureusement lui rassasié.
Si au moins tout ceci avait au service de quelque chose, d’une histoire, d’un propos, d’un message. Mais cette horreur est totalement gratuite. Gaspard Noé sait faire naître des images extraordinaires mais n’a encore une fois strictement rien à raconter, sinon à chercher à aller toujours plus loin, toujours plus fort, même si c’est pour aller strictement nul part. Le spectateur reste seul avec un profond sentiment de dégoût et de malaise saisissant. Si au moins, c’était la première fois, on pourrait aisément pardonner. Mais on retrouve le même schéma que pour Love, qui proposait peut-être la scène la plus érotique de l’histoire du cinéma, avant de se perdre dans un grand néant. On peut donc craindre que c’est bien la carrière de ce faiseur d’images de génie qui sombre dans ce grand néant.
Certains réalisateurs ont des univers bien à eux. D’un seul coup d’œil (bon parfois, deux ou trois), on reconnaît que ce sont eux derrière la caméra. Au moins font-ils des films personnels qui leur ressemblent, même si on peut aussi trouver qu’ils ne se renouvellent guère. Gustave Kervern et Benoît Delépine sont de ceux-là. I Feel Good ravira donc tout ceux qui auront aimé Mammuth ou le Grand Soir. Les autres, c’est moins sûr, si on en croit les commentaires négatifs de certains spectateurs. Il serait pourtant dommage de passer à côté de cette jolie fable pleine d’ironie et de poésie.
On sourit souvent devant I Feel Good. On rit peut-être rarement aux éclats, mais on se sent toujours amusé par un comique de situation qui nous amène de surprises en surprises. L’imagination de Gustav Kervern et Benoît Delépine est florissante et le spectateur est heureux de partager leur vision du monde, un rien naïve, mais qui donne un peu de foi en l’humanité. Le fond social derrière le propos est réel et la poésie qui le soutint ne lui donne que plus de force. Le film n’a rien d’une démonstration, il y a une vraie volonté de distraire. Une volonté couronnée de succès, portée une nouvelle fois par un casting de premier ordre. Les deux compères font peut-être des petits films d’auteur, mais y convient toujours des stars avec une grande réussite. Puissent-ils continuer longtemps !
Le rire représente un vecteur puissant pour faire passer des messages, même, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les plus dramatiques. Un vecteur cependant quelque peu délicat à manipuler, qui peut vite se retourner contre son auteur et décrédibiliser tout son propos. Mais quand on a le talent de Spike Lee, on est à l’abri de ce genre de mésaventure. La preuve avec BlacKkKlansman, un film basé sur des faits réels qui nous arrachera de très nombreux sourires, avant de nous rappeler très brutalement à la réalité. Un choc final qui donne une autre dimension à ce film par ailleurs très réussi.
Le tout aurait pu donner un film particulièrement léger si Spike Lee ne nous rappelait pas à la fin que certains combats sont loin d’être terminés. Et nous rappeler surtout que si on peut en rire, ils peuvent encore coûter la vie à ceux qui les mènent. On ressort donc de BlacKkKlansman avec des émotions fortes et contrastées et surtout beaucoup de grain à moudre pour mener sa propre réflexion. Et il y a de quoi faire. Un film qui tire donc l’intelligence du spectateur de la vie, tout en ayant détendu auparavant ses zygomatiques, voici un cocktail savoureux et salutaire.
Le plus souvent, les étudiants au cinéma sont occupés à autre chose qu’étudier d’arrache-pied. En tout cas, leurs études constituent rarement le principal sujet du film. Mais il existe quelques exceptions, comme Première Année. Ce dernier rappellera quelques souvenirs aux étudiants en médecine et même à d’autres, comme les anciens élèves de classes préparatoires. Niveau nostalgie, ils se rappelleront du pire, mais aussi du meilleur de cette période où ils auront une stimulation intellectuelle inconnue à l’âge adulte. Par contre, pas sûr qu’ils apprécient cette histoire qui est loin d’échapper aux clichés.
Sans doute, Thomas Lilti pensait que remettre en scène Vincent Lacoste lui permettrait de retrouver tout ce qui avait d’Hippocrate une si belle réussite. Cela ne suffit pas, surtout que c’est son justement son personnage qui se met à boiter de plus en plus, entraînant avec lui tout le propos. Ce n’est certainement pas la faute de son interprète, mais ce dernier ne parvient pas non plus à sublimer le protagoniste auquel il donne vie. C’est finalement William Lebghil qui maintient Première Année à flot et permet à la vraie flamme d’intérêt que les premières minutes allument de ne jamais totalement s’éteindre. Mais tout de même pas au point d’allumer un vraie feu de joie.
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