FIRST MAN : Clair de lune

firstmanafficheEnvoyer un homme sur la lune reste un de plus grands accomplissements de l’humanité. Il est étonnant que cet événement planétaire occupe finalement une place assez congrue au cinéma. C’est désormais moins vrai avec First Man, le nouveau film de Damien Chazelle. Avec ce film, le réalisateur de La La Land, explore de nouveaux horizons. On pouvait espérer qu’il nous emmène plus haut et plus loin, suivant les traces de la mission Apollo. Au final, il nous livre un bel objet cinématographique, mais un peu froid. Un peu comme un clair de lune donc.

En nous offrant un film où la musique n’occupe pas le rôle central, Damien Chazelle a pris le risque d’abandonner ce qui avait fondé jusqu’à présent son succès. Mais en faisant ce choix, il a aussi perdu un peu de sa personnalité artistique. First Man reste un film d’un grand classicisme, sur la forme et sur le fond. Certes, le scénario nous parle de l’homme derrière le héros, brisant l’icône pour nous montrer toutes les failles qui le traversent. Mais tout cela est fait de manière assez froide et distancée. On ne retrouve pas ici dans le personnage de Neil Armstrong, les émotions sublimées qui parcouraient le batteur de Whiplash. Du coup, le spectateur n’en ressent pas autant qu’il aurait espéré.

firstmanD’un point de vue purement formel, First Man reste une très belle leçon de cinéma. Chaque plan est finement ciselé et ne peut être l’œuvre que d’un grand réalisateur. C’est beau, c’est incontestable, mais d’une manière totalement académique. On est admiratif certes, par contre jamais emporté ou totalement enthousiaste. La performance de Ryan Gosling est à l’image du film. Parfaite, mais peut-être trop. Il fait étalage de tout son talent, mais ne semble jamais avoir été poussé dans ses derniers retranchements. Bref, tout cela manque d’un petit supplément d’âme qui distingue les excellents films, ce qu’il est, des grands films marquants. Du coup, j’ai très envie de revoir l’Etoffe des Héros…

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Production : Universal Pictures, DreamWorks, Temple Hill, Perfect World Pictures
Distribution : Universal Pictures International
Réalisation : Damien Chazelle
Scénario : Josh Singer, inspiré de la biographie de James R. Hansen
Montage : Tom Cross
Photo : Linus Sandgren
Décors : Nathan Crowley
Musique : Justin Hurwitz
Durée : 141 min

Casting :
Ryan Gosling : Neil Armstrong
Claire Foy : Janet Armstrong
Jason Clarke : Ed White
Kyle Chandler : Deke Slayton
Corey Stoll : Buzz Aldrin
Patrick Fugit : Elliott See
Ciaran Hinds : Bob Gilruth
Olivia Hamilton : Pat White
Lukas Haas : Mike Collins

VENOM : Pas si mauvais

venomafficheJe suis un homme discipliné et fidèle. D’autres diront psychorigide, mais ce sont de bien mauvaises langues. Donc comme je suis un fidèle discipliné de l’univers Marvel, je vais voir tous les films se situant dans celui-ci. Le plus souvent pour le meilleur heureusement, mais quelque fois, il faut bien l’admettre, pour le pire. C’est bien à ce dernier auquel je m’attendais en allant voir Venom, vue la réception critique désastreuse qu’il a connue. Mais l’avantage de ne rien d’espérer d’un long métrage, c’est que qu’on ne peut pas être déçu. On ne peut être qu’agréablement surpris. Dans le cas présent, ce ne fut pas non plus une très bonne surprise, mais une petite surprise quand même.

En fait, Venom est tellement bourré de défauts qu’il en devient quelque peu attachant. Rien ne fonctionne, tout est maladroit, le cul entre deux chaises. Mais au moins, le spectateur est régulièrement surpris par le résultat. L’humour est symptomatique. On rit parfois aux éclats, mais on ne sait jamais trop si c’est du film ou avec ce film. Le mieux est donc d’arrêter de se poser des questions est d’apprécier de rire tout simplement. Ce n’est pas avec cette production Marvel qu’on se fera des nœuds au cerveau et ce n’est pas plus mal parfois. A côté de ça, il faut reconnaître que le scénario n’est pas non plus très intéressant et les personnages secondaires n’apportent vraiment pas grand chose.

venomReste le plaisir de voir Tom Hardy rejoindre enfin l’univers Marvel, après avoir été un des personnages les plus marquants de l’univers cinématographique DC. Son interprétation est à l’image du film, quelque peu bancale. Il navigue de la gravité à la légèreté, de l’horreur à l’humour, sans trois savoir ce qu’il doit privilégier. En tout cas, un tel acteur aurait mérité un rôle beaucoup mieux écrit. Venom s’annonce comme le premier acte d’une trilogie, espérons que la suite s’avérera bien meilleure. Le potentiel est là. Avec juste un tout petit peu de talent au scénario et à la réalisation, cela serait tout à fait envisageable. Parce que ce premier épisode en manque cruellement.

LA NOTE : 10/20

Fiche technique :
Production : Colombia pictures, Marvel Entertainment, Sony Pictures
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Réalisation : Ruben Fleischer
Scénario : Jeff Pinkner, Scott Rosenberg, Kelly Marcel
Montage : Alan Baumgarten, Maryann Brandon
Photo : Matthew Libatique
Musique : Ludwig Göransson
Durée : 112 min

Casting :
Tom Hardy : Eddie Brock
Michelle Williams : Anne Weying
Riz Ahmed : Carlton Drake
Scott Haze : Security Chief Roland Treece
Jenny Slate : Dr. Dora Skirth

A STAR IS BORN : Vieux pot, soupe médiocre

astarisbornafficheLe remake est un exercice presque aussi vieux que le cinéma. Un certain nombre de grands classiques de l’âge d’or hollywoodien des années 50-60 consistait déjà en une nouvelle version d’un long métrage préexistant. On peut penser à Ben-Hur, mais aussi à Une Étoile Est Née. Ces deux derniers partagent le fait d’avoir donné lieu à une version contemporaine. A Star is Born est même la quatrième version de la même histoire. En tout cas, ces deux exemples permettent de dresser le même constat : ce n’est pas toujours dans les vieux pots qu’on fait les meilleures soupes.

A Star is Born n’a pas comme seule originalité par rapport aux versions précédentes un oubli de traduction du titre. Il transporte aussi l’intrigue du milieu du cinéma vers le milieu de la chanson. Les cinéphiles avertis reconnaîtront cependant un scénario fidèle et sans réelle surprise au final. En effet, au-delà de ce choix, Bradley Cooper manque trop d’inspiration pour vraiment justifier le fait de nous raconter une histoire déjà racontée auparavant. La faute à un personnage masculin trop caricatural pour être émouvant. Il prête même involontairement à rire parfois, plombant définitivement son film.

astarisbornPar contre, une étoile du 7ème art est bien née avec A Star is Born. Les fidèles de la série American Horror Story le savaient déjà, mais Lady Gaga est une extraordinaire actrice. Elle se révèle ici sur grand écran de manière éblouissante. Elle éclipse totalement Bradley Cooper, renvoyé à ses limites. Mais elle ne parvient pas à elle seule à sauver le film d’un vrai sentiment de médiocrité. Pas un film franchement raté, mais rien qui ne fasse vraiment vibrer, rien qui donne envie de s’enthousiasmer. Tout cela est un peu lisse, un peu convenu, sans réelle prise de risque. On était en droit d’attendre mieux et il est alors difficile de ne pas être déçu.

LA NOTE : 09/20

Fiche technique :
Production : Warner Bros Pictures, Live Nation productions, MGM, Peters Entertainment, Gerber pictures, Malposo, Thunder Road picture
Distribution : Warner Bros Pictures France
Réalisation : Bradley Cooper
Scénario : Bradley Cooper, Eric Roth, Will Fetters, histoire de Robert Carson et William A. Wellman
Montage : Jay Cassidy
Photo : Matthew Libatique
Décors : Karen Murphy
Musique : Lady Gaga, Bradley Cooper et Lukas Nelson
Durée : 134 min

Casting :
Lady Gaga : Ally
Bradley Cooper : Jackson Maine
Sam Elliott : Bobby
Dave Chappelle : Noodles
Anthony Ramos : Ramon
Bonnie Somerville : Sally Cummings

NOS BATAILLES : Double vie

nosbataillesafficheLes journées ne faisant désespérément que vingt-quatre heures, mener deux vies en une constitue un exercice d’équilibriste difficile. Surtout quand ces deux vies sont déjà particulièrement chronophages. Pourtant, certains, à force d’abnégation, s’en sortent. Nos Batailles leur rend un bel hommage en nous proposant par la même occasion un beau film. En évitant la plupart des pièges qui l’attendaient, Guillaume Senez donne de la crédibilité et de l’émotion à son propos. Des larmes et des sourires au programme. Et un Romain Duris particulièrement inspiré.

Le principal travers dans lequel Nos Batailles aurait pu sombrer est le misérabilisme. Il peut paraître facile de faire proposer une histoire touchante à partir des malheurs qui peuvent frapper les personnages. Or il n’en est rien. Il faut trouver le bon équilibre pour ne pas tomber dans la facilité. Guillaume Senez y parvient parfaitement en s’appliquant surtout à dresser le portrait de ses personnages. Ce ne sont pas tant les événements qui l’intéresse que la manière dont les protagonistes les vivent. En en cachant rien de leurs faiblesses, en en faisant ni des victimes, ni des surhommes, il nous livre une histoire qui méritait bien d’être racontée, même si tout ce qui la compose ne se vaut pas.

nosbataillesNos Batailles repose quasiment exclusivement sur les épaules de Romain Duris. Voilà qui ne fait pas peur à tel acteur qui s’acquitte de cette tâche en éclaboussant l’écran de son talent. Certes, il abuse peut-être de certaines mimiques, mais il parvient à donner de la crédibilité et de la profondeur à son personnage. Tous les seconds rôles se mettent au diapason, en particulier Laure Calamy qui mériterait amplement enfin un premier et grand rôle. La réalisation de Guillaume Senez est sobre et reste totalement au service de l’histoire et des personnages, ce qui est assez bienvenu dans ce genre de film. Encore une fois, il démontrer un vrai sens de l’équilibre qui explique largement la réussite de son film.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Les films Pelléas, Iota Production
Réalisation : Guillaume Senez
Scénario : Guillaume Senez, Raphaëlle Desplechin
Montage : Julie Brenta
Photo : Elin Kirschfink
Distribution : Haut et Court
Durée : 98 min

Casting :
Romain Duris : Olivier
Laura Calamy : Claire
Laetitia Dosch : Betty
Lucie Debay : Laura

FRERES ENNEMIS : Déjà vu

freresennemisafficheIl y a des histoires que l’on se raconte encore et encore dans des versions toujours différentes. On ne s’en lasse pas, on en redemande même parfois. Les triangles amoureux, les ascensions avant la chute, autant d’idées qui pourraient résumer un nombre très important de films, sans que l’on n’ait l’impression d’avoir fait le tour de la question. Cependant, il arrive tout de même parfois que la sensation de déjà-vu domine et que le scénario ressemble à un plat mal réchauffé. C’est malheureusement le cas de Frères Ennemis, un film pas si mal foutu, mais qui en rappelle tant d’autres… et des meilleurs.

Deux amis d’enfance, l’un flic, l’autre voyou, qui vont devoir surmonter tout ce qui les sépare désormais. Voici comment on peut résumer le synopsis de Frères Ennemis. Rien de nouveau à l’horizon et on cherche encore dans le scénario l’élément qui pourrait donner à ce film une singularité qui justifierait son existence. Si je lui reproche un léger manque de rythme, il n’y a rien non plus dans le scénario qui mérite un torrent de reproches. Mais voilà quelque chose de vu mille fois a bien du mal à déclencher un réel enthousiasme. Ici, l’absence de défaut marqué témoigne surtout d’une absence totale de prise de risque.

freresennemisS’il y a une seule raison d’aller voir Frères Ennemis, c’est la présence à l’écran de Reda Kateb. Quel plaisir de voir ce formidable acteur au charisme singulier et incomparable. A ses côtés, Matthias Schoenaerts fait un peu pâlichon, même s’il fait preuve d’une réelle application. Dommage que leurs personnages respectifs maquent trop de profondeur et d’originalité pour leur permettre de donner toute la mesure de leur talent. Au final, David Oelhoffen ne signe pas un mauvais film, il serait très injuste de dire cela. Mais un film sans grand intérêt dont on peut largement se passer.

LA NOTE : 09/20

Fiche technique :
Production : One World Films
Distribution : Bac films
Réalisation : David Oelhoffen
Scénario : David Oelhoffen, Jeanne Aptekman
Montage : Anne-Sophie Bion
Photo : Guillaume Deffontaines
Décors : Stéphane Taillasson
Musique : Superpoze
Durée : 111 min

Casting :
Matthias Schoenaerts : Manuel
Reda Kateb : Driss
Sabrina Ouazani : Mounia
Adel Bencherif : Imrane
Nicolas Giraud : Remi
Sofiane Zermani : Foued
Marc Barbé : Marc
Gwendolyn Gourvenec : Manon

LA SAVEUR DES RAMEN : Bon appétit !

lasaveurdesramenafficheVous avez une faim de loup ? Juste un petit creux ? Ne serait-ce qu’une très vague envie de manger ? Et là, vous vous dites, et si je me faisais un petit ciné avant ! Je ne vous conseille alors d’éviter à tout prix la Saveur des Ramen, sous peine de ressortir de la salle dans un état de fringale absolue. En effet, voici un film qui donne l’eau à la bouche, au sens premier du terme parce que la nourriture joue un rôle éminemment central dans cette histoire. Et au sens figuré aussi, car il brille par bien d’autres qualités qui satisferont bien plus l’esprit que l’estomac.

La Saveur des Ramen est avant tout un film intimiste qui nous plonge dans une histoire familiale et une quête personnelle de l’identité. Mais tout cela se fait sur une trame qui porte des enjeux bien plus larges, au premier rang desquels les relations difficiles entre les populations japonaises et chinoises, sur fond de passé douloureux. Cette double lecture donne au film toute sa richesse et permet de donner une autre dimension à une histoire qui aurait pu se contenter sans cela d’être un étalage de bons sentiments. La grande limite du scénario reste en effet son aspect un rien gentillet qui en fait un feel good movie sympathique, quand il aurait pu posséder une dimension dramatique toute autre.

lasaveurdesramenLa Saveur des Ramen reste aussi un hymne à la cuisine. Pas seulement celle que l’on mange, mais celle que l’on prépare. Le rapport sensible, par les cinq sens, aux ingrédients occupe une place de choix dans ce film. Ce n’est pas tant de voir des gens manger qui donne faim, mais d’en voir assembler les éléments d’un festin. On en sentirait presque l’odeur et on s’attendrait à ce qu’un personnage sorte de l’écran pour venir vous servir. Il n’en est malheureusement rien, alors on reste avec son envie de soupe et de nouilles chinoises. Son appétit de cinéphile est heureusement lui rassasié.

LA NOTE : 12,5/20

Fiche technique :
Production : Zhao Wei Films, Wild Orange Artists, Comme des Cinémas, Version Originale
Distribution : KMBO
Réalisation : Eric Khoo
Scénario : Tan Fong Cheng, Wong Kim Hoh
Montage : Natalie Soh
Photo : Brian Gothong Tan
Musique : Kevin Mathews, Christine Sham
Durée : 90 min

Casting :
Takumi Saito : Masato
Jeanette Aw Ee-Ping : Mei Lian
Mark Lee : Wee
Beatrice Chien : Masam Lee
Tsuyoshi Ihara : Kazuo
Seiko Matsuda : Miki
Tetsuya Bessho : Akio

CLIMAX : Le génie et le dégoût

climaxafficheLe génie est sans doute ce qui chez l’humain s’apparente le plus à un super-pouvoir. Mais tous les lecteurs assidus de comics le savent. Un super-pouvoir doit être maîtrisé, sous peine de se transformer en malédiction pour celui qui le possède, avec moult de victimes collatérales. Aller voir Climax permet de se sentir dans la peau d’une de ces dernières. Et Gaspard Noé est clairement un super-héros qui n’a pas appris le contrôle et finit pas consumer la pellicule qu’il avait commencé par enchanter. Tant pis pour tous ceux qui auront ressenti un profond malaise devant ce film qui finit par tourner au désastre.

Les premières minutes de Climax nous laissent quelque peu circonspects, ne révélant rien de sa nature profonde. Puis il nous offre une scène de danse à couper le souffle. Une des plus extraordinaires jamais proposées dans un long métrage. N’ayons pas peur des mots, il y a ici un vrai moment de pur génie qui vous scotche à votre siège et prouve le talent unique de Gaspard Noé. C’est après ça que le film commence vraiment d’un point vue narratif en tout cas. Cela commence d’ailleurs plutôt bien, on approfondit sa connaissance d’une très belle galerie de personnages. Tout continue donc pour le mieux… mais peu à peu, le film change de nature. Il devient de plus en plus malsain, dérangeant, jusqu’à en devenir totalement insupportable.

climaxSi au moins tout ceci avait au service de quelque chose, d’une histoire, d’un propos, d’un message. Mais cette horreur est totalement gratuite. Gaspard Noé sait faire naître des images extraordinaires mais n’a encore une fois strictement rien à raconter, sinon à chercher à aller toujours plus loin, toujours plus fort, même si c’est pour aller strictement nul part. Le spectateur reste seul avec un profond sentiment de dégoût et de malaise saisissant. Si au moins, c’était la première fois, on pourrait aisément pardonner. Mais on retrouve le même schéma que pour Love, qui proposait peut-être la scène la plus érotique de l’histoire du cinéma, avant de se perdre dans un grand néant. On peut donc craindre que c’est bien la carrière de ce faiseur d’images de génie qui sombre dans ce grand néant.

LA NOTE : 3/20

Fiche technique :
Production : Wild Bunch, Artémis Production, Les Cinémas de la Zone
Réalisation : Gaspar Noé
Scénario : Gaspar Noé
Montage : Denis Bedlow, Gaspar Noé
Photo : Benoit Debie
Décors : Jean Rabasse
Distribution : Wild Bunch Distribution
Durée : 95 min

Casting :
Sofia Boutella : Selva
Kiddy Smile : Daddy
Souheila Yacoub : Lou
Romain Guillermic : David
Taylor Kastle : Taylor
Giselle Palmer : Gazelle
Naab : Naab

I FEEL GOOD : Nous aussi

ifeelgoodafficheCertains réalisateurs ont des univers bien à eux. D’un seul coup d’œil (bon parfois, deux ou trois), on reconnaît que ce sont eux derrière la caméra. Au moins font-ils des films personnels qui leur ressemblent, même si on peut aussi trouver qu’ils ne se renouvellent guère. Gustave Kervern et Benoît Delépine sont de ceux-là. I Feel Good ravira donc tout ceux qui auront aimé Mammuth ou le Grand Soir. Les autres, c’est moins sûr, si on en croit les commentaires négatifs de certains spectateurs. Il serait pourtant dommage de passer à côté de cette jolie fable pleine d’ironie et de poésie.

Si vous allez voir I Feel Good pensant aller voir une comédie où tout est à prendre au premier degré, vous ferez à coup sûr parti des déçus. Mais si vous êtes prêt à tomber sous le charme d’une histoire sortant des sentiers battus, alors n’hésitez plus. On retrouve un univers peuplé de « petites gens », un peu cassés, un peu paumés, mais particulièrement attachants. Des personnages profondément imparfaits, mais sur lesquels Gustav Kervern et Benoît Delépine posent un regard plein de tendresse et de douceur. Ils ne tombent jamais dans le misérabilisme, riant avec leurs personnages, jamais de leurs personnages. Alors on entre dans cette histoire comme dans le peignoir que porte Jean Dujardin au début du film.

ifeelgoodOn sourit souvent devant I Feel Good. On rit peut-être rarement aux éclats, mais on se sent toujours amusé par un comique de situation qui nous amène de surprises en surprises. L’imagination de Gustav Kervern et Benoît Delépine est florissante et le spectateur est heureux de partager leur vision du monde, un rien naïve, mais qui donne un peu de foi en l’humanité. Le fond social derrière le propos est réel et la poésie qui le soutint ne lui donne que plus de force. Le film n’a rien d’une démonstration, il y a une vraie volonté de distraire. Une volonté couronnée de succès, portée une nouvelle fois par un casting de premier ordre. Les deux compères font peut-être des petits films d’auteur, mais y convient toujours des stars avec une grande réussite. Puissent-ils continuer longtemps !

LA NOTE : 13/20

Fiche technique :
Réalisation et scénario : Gustave Kervern et Benoît Delépine
Assistant réalisateur : Gérard Bonnet
Décors : Madphil, assisté de Ludovic Eberling
Costumes : Agnès Noden
Directeur de la photographie : Hugues Poulain
Montage : Stéphane Elmadjian, assisté de Matthilde Carlier
Son: Guillaume Le Braz
Montage son : : Axel Steichen
Musique : Les Motivés2
Producteurs : Benoît Delépine, Marc Dujardin et Gustave Kervern
Producteur associé : Charles-Édouard Renault
Directeur de production : Philippe Godefroy
Durée : 103 min

Casting :
Jean Dujardin : Jacques Pora
Yolande Moreau : Monique Pora
Jean-Benoît Ugeux : Vincent
Joseph Dahan : Manu
Lou Castel : Gregory
Jean-François Landon : Jean-François,
Jana Bittnerova : Béatrice
Elsa Foucaud : Corinne
Oleg Kupchik : le docteur Ursus
Xavier Mathieu : Poutrain
Marius Bertram : Mario
Joël Seria : M. Pora
Jeanne Goupil : Mme Pora
Frédéric Felder : Tarzan

BLACKKKLANSMAN : Du rire aux larmes

blackkklansmanafficheLe rire représente un vecteur puissant pour faire passer des messages, même, aussi paradoxal que cela puisse paraître, les plus dramatiques. Un vecteur cependant quelque peu délicat à manipuler, qui peut vite se retourner contre son auteur et décrédibiliser tout son propos. Mais quand on a le talent de Spike Lee, on est à l’abri de ce genre de mésaventure. La preuve avec BlacKkKlansman, un film basé sur des faits réels qui nous arrachera de très nombreux sourires, avant de nous rappeler très brutalement à la réalité. Un choc final qui donne une autre dimension à ce film par ailleurs très réussi.

Plus c’est gros, plus ça a de chance d’être vrai. Du coup, on ne doute pas une seule seconde que les faits relatés par BlacKkKlansman ont réellement eu lieu. En effet, qui imaginerait à partir de rien l’histoire d’un afro-américain infiltrant le Ku Klux Klan ? Cette histoire méritait d’être racontée en tout cas et c’est fait avec une réelle maestria. Le film se démarque avant tout par une galerie de personnages pas piquée des hannetons. Que ce soit du côté des policiers ou du côté des membres du KKK, chaque figure est mémorable, souvent inattendue et toujours dotée d’un pouvoir comique exploité avec beaucoup de finesse et de subtilité. Le tout fonctionne merveilleusement bien et donne vie à un scénario très bien écrit.

blackkklansmanLe tout aurait pu donner un film particulièrement léger si Spike Lee ne nous rappelait pas à la fin que certains combats sont loin d’être terminés. Et nous rappeler surtout que si on peut en rire, ils peuvent encore coûter la vie à ceux qui les mènent. On ressort donc de BlacKkKlansman avec des émotions fortes et contrastées et surtout beaucoup de grain à moudre pour mener sa propre réflexion. Et il y a de quoi faire. Un film qui tire donc l’intelligence du spectateur de la vie, tout en ayant détendu auparavant ses zygomatiques, voici un cocktail savoureux et salutaire.

LA NOTE : 14/20

Fiche technique :
Production : Blumhouse Productions, Monkeypaw Productions, QC Entertainment
Réalisation : Spike Lee
Scénario : Spike Lee, David Rabinowitz, Charlie Wachtel et Kevin Willmott, d’après l’ouvrage éponyme de Ron Stallworth
Montage : Barry Alexander Brown
Photo : Chayse Irvin
Décors : Curt Beech
Distribution : Universal Pictures International France
Musique : Terence Blanchard
Durée : 128 min

Casting :
John David Washington : Ron Stallworth
Adam Driver : Flip Zimmerman
Topher Grace : David Duke
Laura Harrier : Patrice
Ryan Eggold : Walter Breachway
Jasper Pääkkönen : Felix Kendrickson
Robert John Burke : Chef Bridges
Corey Hawkins : Kwame Ture
Harry Belafonte : le conteur

PREMIERE ANNEE : Au premier rang des clichés

premiereanneeafficheLe plus souvent, les étudiants au cinéma sont occupés à autre chose qu’étudier d’arrache-pied. En tout cas, leurs études constituent rarement le principal sujet du film. Mais il existe quelques exceptions, comme Première Année. Ce dernier rappellera quelques souvenirs aux étudiants en médecine et même à d’autres, comme les anciens élèves de classes préparatoires. Niveau nostalgie, ils se rappelleront du pire, mais aussi du meilleur de cette période où ils auront une stimulation intellectuelle inconnue à l’âge adulte. Par contre, pas sûr qu’ils apprécient cette histoire qui est loin d’échapper aux clichés.

Première Année est avant tout là pour souligner les excès auxquels le système de sélection donnent naissance. Ils sont réels certes, mais Thomas Lilti les fait apparaître sans grande subtilité et en créant surtout des personnages qui perdent peu à peu en crédibilité au fur et à mesure. C’est d’ailleurs assez symptomatique de l’évolution de sa carrière de cinéaste. Il continue à aborder chaque aspect de la carrière d’un médecin, mais il le fait de manière avec des sabots de plus en plus gros. Il est là pour dire quelque chose, mais semble penser de plus en plus que cela suffit pour faire un bon film. Or, le résultat est ici très moyen.

premiereanneeSans doute, Thomas Lilti pensait que remettre en scène Vincent Lacoste lui permettrait de retrouver tout ce qui avait d’Hippocrate une si belle réussite. Cela ne suffit pas, surtout que c’est son justement son personnage qui se met à boiter de plus en plus, entraînant avec lui tout le propos. Ce n’est certainement pas la faute de son interprète, mais ce dernier ne parvient pas non plus à sublimer le protagoniste auquel il donne vie. C’est finalement William Lebghil qui maintient Première Année à flot et permet à la vraie flamme d’intérêt que les premières minutes allument de ne jamais totalement s’éteindre. Mais tout de même pas au point d’allumer un vraie feu de joie.

LA NOTE : 09/20

Fiche technique :
Production : 31 juin Films, Les films du Parc, France 2 Cinéma, Le Pacte, Benjamin Films
Distribution : Le Pacte
Réalisation : Thomas Lilti
Scénario : Thomas Lilti
Montage : Lilian Corbeille
Photo : Nicolas Gaurin
Décors : Philippe Van Herwijnen
Musique : Alexandre Lier, Sylvain Ohrel, Nicolas Weil
Durée : 92 min

Casting :
Vincent Lacoste : Antoine Verdier
William Lebghil : Benjamin Sitbon
Michel Lerousseau : Serge
Darina Al Jounfi : Martine
Benoît Di Marco : François
Guillaume Clerice : Vincent Grimaldi
Alexandre Blazy : Simon Sitbon