RIEN DE PERSONNEL : Les apparences sont parfois trompeuses

riendepersonnelafficheRejouer plusieurs fois la même scène, mais tournée de différents points de vue, pour découvrir que ce que l’on avait cru voir la première fois ne correspondait pas tout à fait, voire pas du tout, à la réalité, n’est pas un procédé révolutionnaire. Bien des films exploitent déjà cette ficelle, mais assez peu de films français à ma connaissance. C’est le cas de Rien de Personnel, un film très réussi sur l’univers impitoyable des cadres des grandes entreprises.

Müller, un grand groupe pharmaceutique, organise une soirée de gala pour ses cadres. Parmi eux, Bruno Couffe, la cinquantaine, dirige une ligne de production. Il a été embauché il y’a un peu moins d’un an et termine sa période d’essai dans dix jours. S’il n’est pas conservé, il sait qu’il aura bien du mal à retrouver un nouveau travail. Alors quand sa superviseur vient lui parler de venir l’aider à améliorer ses résultats, il comprend qu’il est sur la sellette. La pression est alors insupportable et, malgré le soutien d’un délégué syndical, il tente d’avaler des morceaux de verre. Mais est-ce exactement cela qui s’est passé ?

Rien de Personnel est un film qui souffre quand même de deux défauts. Tout d’abord, le propos, dénonçant le manageriat des grandes entreprises a quelques faiblesses. A l’heure de la multiplication des suicides, notamment chez France Telecom, ce film aurait du recevoir un très fort échos. Cependant, le propos y est ici un peu trop caricatural et superficiel. En fait, le fond a été quelque peu été délaissé au profit de la forme, qui, elle, est très réussie. De plus, le film manque un tout petit peu de substance. On sent bien que Mathias Gokalp a quelque peu lutté pour atteindre l’heure et demi minimale pour un long métrage. Du coup, on a quelque peu l’impression de tourner en rond sur la fin.

riendepersonnelVoilà, le négatif est évacué, passons au positif nettement dominant dans ce film. Tout d’abord, si le procédé n’a, encore une fois, rien de nouveau, il donne à Rien de Personnel un réel intérêt scénaristique. En effet, le procédé est ici parfaitement maîtrisé et les surprises qu’il engendre, réelles. Il est quasi impossible de déceler le vrai du faux avant d’avoir vu l’ensemble du film. Il y’a là un vrai travail, une vraie maîtrise qui méritent d’être signalés. Du coup, même si le film s’étire un peu sur la fin, on ne s’y ennuie pas et on prend un vrai plaisir à se laisser surprendre par chacun des renversements de perspective.

Le casting est lui aussi de grande qualité. Pourtant l’exercice n’est pas facile pour les acteurs qui doivent fournir des prestations qui pourront être interprétées de manière diamétralement différentes selon le point de vue, les coupes et le montage. Mais Rien de Personnel fait appel à de nombreuses valeurs sûres du cinéma français avec Jean-Pierre Darroussin, Denis Podalydes, Zabou Breitman, Pascal Gregory et, ce qui ne gâche rien au plaisir des yeux, la magnifique Mélanie Doutet. Chacun d’eux livrent ici une prestation digne de leur talent.

Rien de Personnel a quelque chose de l’exercice de style. Mais parfaitement maîtrisé, il fait oublier ses quelques faiblesses pour nous offrir un bon moment de cinéma.

Fiche technique :
Production : Karé productions
Réalisation : Mathias Gokalp
Scénario : Mathias Gokalp, Nadine Lamari
Montage : Ariane Mellet
Photo : Christophe Orcand
Décors : Jean-Marc Tran Tan Ba, Clotilde Lourd
Distribution : Rezo films
Musique : Flemming Nordkrog
Durée : 90 mn
 
Casting :
Jean-Pierre Darroussin : Bruno Couffe
Denis Podalydès : Gilles Bergerat
Mélanie Doutey : Natacha Gauthier-Stevens
Zabou Breitman : Christine Barbieri
Bouli Lanners : Pierrick Barbieri
Pascal Greggory : Philippe Muller

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