UN SINGE EN HIVER : Verneuil, Blondin, Audiard, Gabin, Belmondo

unsigneenhiverafficheChef d’œuvre intemporel, Un Singe en Hiver a rassemblé le meilleur du cinéma français du début des années 60. Tiré d’un grand roman, adapté par un immense dialoguiste, réalisé par un grand cinéaste (avec des assistants promis à un grand avenir) et mettant en scène deux monstres sacrés à l’opposé de leur carrière, ce film ne pouvait être qu’un grand film. Et il l’est !

Alors que la guerre touche à sa fin, Albert Quentin ne rêve que d’Indochine, où il a été fusiller-marin, une fois saoul. Et il l’est plus qu’à son tour. Un jour, pris sous les bombardements, il jure à sa femme de ne plus boire une goutte s’ils s’en sortent. Il tiendra parole… 15 ans plus tard, débarque à son hôtel un jeune homme qui lui ne rêve que d’Espagne et de la femme qui l’y a laissé. Il ressemble trop à l’Albert d’il y’a 15 ans pour que la femme de ce dernier ne s’inquiète pas de voir son mari revenir à ses anciens travers.

N’ayez pas peur à la lecture de ce synopsis, Un Singe en Hiver n’a rien d’un drame social sur l’alcoolisme. Ce n’est pas vraiment le genre d’Antoine Blondin, l’auteur du roman original. C’est une comédie des mœurs, un film humaniste, un portrait touchant et drôle de deux hommes que l’âge pourrait séparer mais que de nombreuses ressemblances finissent par rassembler. Certes, on y parle beaucoup d’alcool, on y boit beaucoup, mais il n’y pas de parti pris sur le sujet.

Dans Un Singe en Hiver, on trouve sûrement les meilleurs dialogues d’Audiard. Bien sûr, ce n’est pas les Tontons Flingueurs, aux répliques si cultes, mais Audiard ne ‘y parodiait-il pas lui-même ? Ici, le ton est plus subtil, moins coloré, mais il fait mouche et nous livre des tirades fabuleuses. Si je devais en retenir une, ça serait : « Vous avez la cuite mesquine. Dans le fond, vous ne méritez pas de boire ! ». Servi par un Jean Gabin, c’est tout simplement fabuleux.

unsigneenhiverJean Gabin, justement, tient dans Un Singe en Hiver peut-être son plus beau rôle d’après-guerre. Tout comme Jean-Paul Belmondo, ici presque débutant, il y est merveilleusement dirigé par Henri Verneuil. Quel bonheur de voir ici pourquoi ce sont deux monstres sacrés du cinéma français. Trop souvent, leur carrière les a conduit dans des rôles cherchant à exploiter leur talent jusqu’à la caricature d’eux-mêmes. Ici, ils ont des rôles à la mesure de leur talent, magnifique, inoubliable.

La conjonction de tout cela fait d’Un Singe en Hiver. Trop souvent le cumul de grands talents donne un résultat inférieur à la somme de chacun additionné. Ici, c’est le contraire. Le tout est bien supérieur à la somme des parties… Et quand on connaît la valeur des parties… Bref un concentré de bonheur cinématographique et humain.

Un Singe en Hiver est un des plus grands chefs d’œuvres du cinéma français. Une œuvre que seul ce dernier sait (trop rarement) nous offrir.

Fiche technique :
Réalisation : Henri Verneuil
Scénario : François Boyer, Henri Verneuil, Michel Audiard
Adaptation : François Boyer d’après le roman d’Antoine Blondin (Éditions de la Table Ronde)
Dialogues : Michel Audiard
Assistants réalisateurs : Claude Pinoteau, Maurice Kaminsky, Costa-Gavras
Musique : Michel Magne – Le Tango Caminito
Images : Louis Page

Casting :
Jean Gabin : Albert Quentin, patron de l’hôtel « Stella »
Jean-Paul Belmondo : Gabriel Fouquet, le jeune homme
Suzanne Flon : Suzanne Quentin, la femme d’Albert
Noël Roquevert : M. Landru, patron du bazar
Paul Frankeur : M. Esnault, le patron du café
Gabrielle Dorziat : Mme Victoria, la directrice
Marcelle Arnold : L’infirmière de la pension
Hella Petri : Georgina, la patronne du bar
Lucien Raimbourg : Le jardinier de la pension
Geneviève Fontanel : Marie-Jo, la serveuse de l’hôtel
Sylviane Margollé : Marie Fouquet, la fille de Gabriel  

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