UNE FEMME SOUS INFLUENCE : Une folie douce et dure à la fois

unefemmesousinfluenceafficheJohn Cassavets est un des réalisateurs fétiches dans ma famille… Enfin sauf qu’en tant que petit dernier, je n’avais jamais eu l’occasion d’en voir un seul. J’ai donc pu me rattraper en regardant Une Femme sous Influence lors de son passage sur Arte. J’ai donc pu me plonger dans l’univers singulier de ce réalisateur, précurseur du cinéma indépendant américain. Mais si le film déborde de qualités cinématographiques pures, je n’ai pas forcément été totalement charmé.

Mabel est un peu cinglée. Une folie douce mais qui met rapidement mal à l’aise ceux qu’elle croise. Un soir, son mari Nick, contremaître sur un chantier, l’appelle qu’il ne pourra rentrer avant le lendemain, alors qu’ils avaient programmé une soirée en tête à tête et confié leurs trois enfants à leur grand-mère. Peu à peu cette folie va devenir de plus en plus dur à supporter pour chacun.

John Cassavets est un peu à la fois le Rohmer américain et l’anti-Rohmer. C’est à dire, que je me suis ennuyé comme devant un Rohmer, mais en assistant à un film extraordinairement construit (oui, désolé, il ne faut pas dire de mal des morts, mais j’ai toujours détesté Eric Rohmer). Une Femme sous Influence dans un film où on rentre totalement, et là j’imagine que ça peut être une expérience extraordinaire, ou alors on reste à la porte et on a l’impression d’assister à un spectacle dont on reste totalement étranger.

Le film est essentiellement composé de longues scènes qui semblent parfois tout droit sorties de l’émission Strip-tease. Plus qu’un spectacle cinématographique, on a souvent l’impression de partager une intimité, d’être la petite souris qui assiste à une scène de la vie quotidienne. Bref, Cassavets place le spectateur dans une position de voyeur. Dans Une Femme sous Influence, on se sent souvent aussi mal à l’aise que ceux que Mabel croise. On est gêné par cette folie, même inoffensive, mais face à laquelle on ne sait comment réagir. Du coup, cela donne une incroyable force au propos et on ressent vraiment les sentiments des personnages, l’isolement dans lequel s’enfonce Mabel alors qu’elle ne cherche qu’à communiquer. Bref, un film absolument bouleversant…

unefemmesousinfluence…si ce n’est que ce procédé implique que les scènes s’étirent en longueur. En effet, le temps de Une Femme sous Influence n’est pas celui d’une narration classique, avec son montage, ses raccourcis, ses ellipses. Ici, on est face à un temps du réel, du quotidien, de la vraie vie vraie, aussi extraordinaire soit-elle. Et parfois, si ce n’est souvent, on s’ennuie. L’absence d’une trame narrative forte tend à faire s’égarer l’attention du spectateur, qui a déjà tendance à vouloir s’échapper du malaise que ce film provoque. C’est sans doute le prix à payer pour atteindre cette fantastique impression de réalisme, sans beaucoup d’équivalent. Mais un prix lourd à payer.

Surtout qu’il ne permet pas non plus de profiter totalement de l’ahurissante prestation des deux acteurs principaux. Ah si Peter Falk n’était pas devenu Columbo, quelle carrière il aurait pu faire ! Une perte inestimable pour le cinéma, un grand bonheur pour les vendeurs d’imperméables. Et que dire de Gena Rowlands ! Elle ne joue pas, elle est ! A côté d’elle, Dustin Hoffman en autiste dans Rain Man ressemble à une imitation de Didier Gustin. Elle était la femme de John Cassavets, mais une chose est sûre, c’est que cela ne lui a pas permis d’accéder à un rôle trop grand pour elle. Elle a toujours été la muse inspiratrice du réalisateur et leur collaboration s’assimile ici à une fusion totale et parfaite.

Une Femme sous Influence est donc incontestablement un moment rare de cinéma. D’un abord difficile, cette œuvre en rebutera plus d’un, mais doit constituer une expérience hors du commun pour celui qui arrive à s’y abandonner complètement.

Fiche technique :
Titre : Une femme sous influence
Titre original : A Woman Under the Influence
Réalisation : John Cassavetes
Scénario : John Cassavetes
Production : Sam Shaw
Musique : Bo Harwood
Photographie : Al Ruban et Mitch Breit
Montage : David Armstrong et Sheila Viseltear
Pays d’origine : États-Unis
Format : Couleurs – 1,85:1 – Mono – 35 mm
Genre : Drame
Durée : 155 minutes
Date de sortie : 20 septembre 1974

Casting :
Peter Falk : Nick Longhetti
Gena Rowlands : Mabel Longhetti
Fred Draper : George Mortensen
Lady Rowlands : Martha Mortensen
Katherine Cassavetes : Margaret Longhetti
Matthew Laborteaux : Angelo Longhetti
Matthew Cassel : Tony Longhetti
Christina Grisanti : Maria Longhetti
O.G. Dunn : Garson Cross
Mario Gallo : Harold Jensen
Eddie Shaw : Docteur Zepp  

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