MOTHER : Miss Marple dans un film noir coréen

motherafficheA la base, je n’avais pas l’intention d’aller voir Mother. Mais, le week-end dernier, lors d’un repas familial pour l’anniversaire de mon frère, on en est venu à parler cinéma… Bon en fait, c’est idiot ce que je dis, vu que l’on parle toujours cinéma et ce, dès l’apéro… Bref, mon père et mon autre frère l’ayant vu, ils ont réussi à me donner envie de faire de même. Du coup, je me suis rendu un mardi soir à l’UGC des Halles, là où il se jouait encore, pour la séance de 22h30… Bref il était le temps de le voir ! Tout cela m’a fait rentrer chez moi à 2h du mat, ce qui a évidemment eu un impact important sur mon état de forme pour le reste de la semaine, et donc ma productivité… Mais est-ce que ce film valait vraiment tous ces efforts consentis ? Et bien maintenons le suspense et réponse après le synopsis.

Do-Joon est ce qu’on appelle un simplet, pour ne pas dire un débile léger. A 28 ans, il vit seul avec sa mère, femme très modeste, avec qui il partage même le lit. Alors quand il est accusé d’un meurtre qu’il n’a visiblement pas commis, cette dernière fera tout pour prouver son innocence.

Pendant une petite demi-heure, je me suis vraiment demandé ce que ma chère famille m’avait envoyé voir. Un film intimiste sur la folie douce ? Un truc bien ennuyeux en tout cas… Et puis peu à peu Mother change complètement de ton pour devenir un film noir, très noir, ce que les premières minutes ne laissent pas du tout deviner. Bon, je sais, j’aurais mieux fait de ne rien vous dire du tout pour vous réserver la même surprise qu’à moi, mais du coup, je ne sais pas ce que j’aurais bien pu raconter sur ce film.

Sur le fond, Mother n’est pas si original dans son genre, surtout pour un cinéma coréen qui nous livre régulièrement des polars très sombres. Ce qui est original c’est la plongée de cette vieille dame, un peu naïve et pas du tout préparée à cela dans une enquête qui devient vite assez glauque. Cela amène un mélange d’humour et de malaise, que l’on retrouve souvent dans le cinéma asiatique, mais qui prend vraiment là une dimension supplémentaire. Car Mother est superbement réalisé par Joon-Ho Bon, qui nous avait déjà surpris avec le fascinant The Host, un film d’horreur lui aussi pas du tout comme les autres. Au-delà de ça, ce film a tout du polar classique avec son enquête, ses fausses pistes, ses rebondissements et son dénouement final inattendu.

motherLa réussite de Mother n’aurait pas été complète sans une performance magistrale de Kim Hye-Ja. Dans ce film, on a l’impression qu’elle passe de la caméra d’Eric Rohmer à celle d’Olivier Marshall avec le même bonheur. Elle est aussi surprenante que le scénario et l’évolution qui lui impose. Une vraie numéro d’actrice pour cette femme 69 ans qui tient là le rôle de sa vie assurément. Et cela valait le coup d’attendre !

Pour finir cette critique, je voudrais juste faire un petit aparté sur l’image des policiers dans les films coréens. Même quand ils sont les héros et qu’ils finissent par arrêter les coupables, ils ont toujours ce côté lunaire, dilettante, pour ne pas dire un peu simplet… Et quand ce n’est pas le héros qu’il l’est, c’est son collègue… Bref, c’était une remarque amusante et je ne connais pas assez bien la société coréenne pour savoir si c’est une coïncidence ou si c’est profondément ancré dans l’imaginaire de ce pays.

Mother confirme que le cinéma coréen est un des plus dynamique et des plus imaginatifs au monde. Il confirme aussi qu’il est maître dans l’art du film noir.

Fiche technique :
Production : Barunson, CJ Entertainment
Réalisation : Bong Joon-ho
Scénario : Bong Joon-ho , Park Wun-kyo
Montage : Moon Sae-Kyoung
Photo : Alex Hong Kyung-Pyo
Distribution : Diaphana Films
Musique : Lee Byeong-woo
Directeur artistique : Ryu Seong-hie
Durée : 130 mn

Casting :
Jin Ku : L ami de Do-Joon
Kim Hye-Ja : la mère
Won Bin : Do-joon
Je Mun : Le lieutenant  

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