UN GOUVERNEMENT OFF-LINE

loppsiNotre cher gouvernement adoré a décidé de renforcer la législation pour lutter contre notamment la pédopornographie sur Internet ! C’est du moins un des prétextes de la nouvelle loi en I, qui répond au doux nom de LOPPSI (qui contient par ailleurs bien d’autres mesures sécuritaires).

Encore une fois, tout cela n’est qu’une vaste fumisterie, un effet d’annonce, qui servira au mieux à fliquer l’internaute de base. Car les solutions techniques pour contourner les nouvelles mesures existent déjà, les rendant totalement inefficaces. Pire, en rendant les pédophiles beaucoup plus prudents et en les poussant vers des outils plus discrets, cela compliquera fortement la vie de ceux qui luttent contre ces réseaux. Bref, encore une fois le délire sécuritaire et répressif du gouvernement va avoir des résultats totalement contraires aux objectifs, mais aura eu le mérite de flatter son électorat haineux.

Plus généralement, cela montre son incapacité à comprendre ce que Internet a changé dans nos sociétés. Encore une fois, au lieu de prendre les problèmes à leur source, il lutte désespérément pour faire disparaître les symptômes les plus visibles, sans aucune chance de faire disparaître ainsi les dysfonctionnements qui les provoquent. De plus, les plus gros « délinquants » sont ceux qui maîtrisent généralement le mieux l’outil informatique et donc ceux qui mettront d’autant plus facilement en œuvre les moyens qui existeront toujours pour contourner les moyens de répressions.

Un des mérites, ou torts comme l’on veut, d’Internet et du numérique en général est la facilité qu’il offre pour les échanges non marchands. La dématérialisation est évidemment une bénédiction pour l’humanité qui ne sait plus quoi faire de ses déchets. Mais évidemment, dématérialiser c’est détruire toute la sphère marchande qu’il y’avait derrière. Pour un CD, il fallait extraire les matières premières pour les fabriquer dans des usines, il fallait des transporteurs et des magasins pour les vendre. Chaque CD a donc un coût par lui-même et en voler un dans un magasin, c’est faire perdre de l’argent à chacun des maillons de la chaîne.

Copier le fichier MP3 d’un ami se situe dans une toute autre logique. Si je copie un titre pour lequel je n’aurais de toute façon pas dépenser un seul centime, il n’y a qu’un gagnant, moi, et aucun perdant. Le problème vient évidemment quand je fais la même chose pour de la musique pour laquelle j’aurais payé si je n’avais pu faire autrement.

Bien sûr, l’artiste doit être rémunéré. Mais on sait déjà que sauver la sphère marchande qui l’accompagnait précédemment n’est pas la solution. Avoir confié la réflexion sur ce sujet au patron de la FNAC montre bien que le gouvernement n’a absolument pas compris cela.

Pour moi le meilleur exemple de l’absurdité du système actuel est Kamini et son titre Marly-Gaumont. Mis gratuitement en ligne, il rencontra un succès phénoménal. Suite à cela, il décida légitimement de vouloir tirer profit de cette réussite et signa avec une maison de disque. Aussitôt fait, aussitôt la vidéo disparut du site où l’on pouvait la télécharger. C’était évidemment trop tard, elle circulait déjà largement sur n’importe quel réseau peer-to-peer et personne n’aurait jamais payé pour l’acquérir. Pourquoi le consommateur devrait-il rémunérer le patron de la maison de disque pour que Kamini, qui s’est très bien débrouillé sans lui, le soit également ?

Cela peut paraître paradoxal, mais c’est tout simplement la conséquence de la dématérialisation. Tout est à portée de main (ou plutôt de téléchargement) sans que l’on soit limité ni par un budget, ni par la place que prendrait des supports matériels. Renoncer volontairement à cela serait d’une part complètement masochiste, et d’autre part passer à côté d’une chance unique pour l’humanité. Le but de l’art et de la culture n’est-elle pas de se diffuser le plus largement possible ? Mais évidemment, si les artistes ne peuvent plus vivre, il n’y aura plus rien à diffuser.

Personnellement, je n’ai pas de solution miracle à proposer : licence globale, peer-to-peer payant, taxe sur les fournisseurs d’accès, je ne saurais dire quelle est la meilleure solution. Cette dernière est sûrement à inventer. Mais faudrait-il déjà la chercher.

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