SOYONS RIGOUREUX AVEC LA RIGUEUR

fillonrigueurDans la série des mot-valises qui ne veulent rien dire du tout à force d’être employés à tort et à travers, voici venu le temps de la rigueur. Le mot est sur toutes les lèvres, au bout de toutes les plumes, comme cela se produit périodiquement depuis la fin du gouvernement Mauroy en 1984.

Prenons le Petit Larousse. Rigueur : Caractère, manière d’agir de quelqu’un qui se montre sévère, inflexible. Ou encore : Grande exactitude, exigence intellectuelle. Bref, aucune rapport avec le débat qui a lieu ces derniers jours. Quand un homme politique parle de rigueur, il parle simplement de réduction des dépenses, généralement sociales. Car en politique « l’exigence intellectuelle » n’a pas bonne réputation… Remarquez, ce n’est pas nouveau.

Parmi les rares comiques actuels qui me font rire, on trouve le merveilleux François Fillon. Car quand on l’accuse de mettre en place un plan de rigueur, il répond que pas du tout, car la rigueur, un truc de gauche, ça signifie également augmenter les impôts. Et ça, il n’en évidemment pas question ! Si vous voyez un rapport avec la définition du Petit Larousse, vous m’appelez, parce que personnellement, je n’en vois aucune.

Ah mais c’est parce que je ne suis pas de droite. Car augmenter les impôts, c’est mal ! Augmenter les impôts, c’est faire preuve de négligence intellectuelle ! Bah oui, je suis con parfois…ou pas. De tels propos dans la bouche d’un Premier Ministre relèvent tout de même du navrant, du consternant et malheureusement de l’inquiétant.

Il n’y a évidemment aucune vertu en soi à diminuer les impôts, comme il n’y en a aucune à les augmenter d’ailleurs. Ceci n’est pas une opinion, c’est un fait. Tous les études ayant cherché à trouver un lien entre le niveau d’imposition et la santé économique ont conclu à l’absence de corrélation. Et encore, si on considère que les inégalités ne constituent pas un critère pour juger de la santé d’une économie, car les sociétés où les impôts sont les plus faibles sont celles où les inégalités sont les plus fortes. Mais même là, le lien n’est pas simple qu’il n’y paraît.

Les impôts sont un outil et comme tout outil, leur efficacité dépend évidemment de la manière dont on s’en sert. En matière fiscale, plus que le quantitatif (quel taux ?), c’est le qualitatif qui compte (quelle assiette ?). Mais malheureusement, le débat porte plus souvent sur le premier que sur le second. Se targuer de faire baisser la part des prélèvements obligatoires dans l’économie revient à être satisfait d’avoir chaud parce qu’on vient de brûler la hache avec laquelle on coupait le bois pour le feu.

Proposer une réforme fiscale qui élargirait les assiettes sur lesquelles sont prélevées les ressources de l’Etat pour corriger les injustices les plus criantes constitueraient une politique dont le gouvernement pourrait se vanter. Ce dernier semble ignorer que le taux d’imposition réel des 10% les plus riches n’excède pas 20% (quand la dernière tranche de l’impôt sur le revenu est à 40%). Car voici le paradoxe du système fiscal français : c’est quand vous avez beaucoup d’argent que vous avez les moyens de payer moins d’impôts, par tout un tas d’exonérations qui font la fortune des conseillers en gestion de patrimoine.

Mais François Fillon n’y voit visiblement pas là un manque d’exigence intellectuelle… 

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