L’OPEN-SPACE M’A TUER (Alexandre Des Isnards et Thomas Zuber) : Un tabou levé avec humour…noir

lopenspacematuerManagement, consulting, engineering, webdesigning, marketing, start-up… et bien sûr open-space, autant d’anglicismes devenus des tics de langage pour certains. Ce sont aussi des mots synonymes de gros salaires et de cadres dynamiques qui s’éclatent dans leurs jobs. Bref, des mots qui font rêver et qui représentent un idéal de réussite, qui permet d’avoir une Rolex des l’âge de 28 ans. Mais si tout cela n’était qu’illusion ?

L’Open-space m’a Tuer n’est pas un roman, il n’y a ni histoire, ni synopsis. Il s’agit plutôt d’un recueil de témoignages et d’anecdotes, toutes véridiques a priori. Le livre est décomposé en plusieurs dizaines de courts chapitres, chacun illustrant un aspect de la vie des salariés des sociétés de la finance, du conseil ou du marketing. Bref, les sociétés où tout le monde est cadre et où on trouve formidable de travailler dans un open-space.

L’Open-space m’a Tuer parle de souffrance, d’humiliation et d’insatisfaction. Les vagues de suicide chez Renault puis France Telecom nous a montré que le titre de ce livre n’est en rien qu’une figure de style. Même si personne ne va ici aussi loin, on sent bien parfois que l’on n’en est pas très loin. Le propos est donc particulièrement pertinent et dévoile un des plus grands tabous de notre société. Si l’exploitation ouvrière est un thème maintes et maintes fois abordés, la souffrance des cadres l’est nettement moins. Prends ton salaire et tais-toi !

On peut rapprocher l’Open-Space m’a Tuer du film Violence des Echanges en Milieu Tempéré ou bien 99 Francs. Mais en choisissant de ne pas romancer leur propos, les auteurs n’ont fait que renforcer la force de la démonstration. Pourtant, il ne s’agit pas du tout d’un essai, il n’y a pas d’argumentation à proprement dite. Mais une somme de témoignages qui parlent d’eux-mêmes. Après, on peut reprocher un manque de recul et de mise en perspective, mais cela aurait rendu la démarche totalement différente.

L’Open-Space m’a Tuer est réellement agréable à lire. Les auteurs manient un humour grinçant et noir qui met en relief l’hypocrisie destructrice qui règne dans ce milieu. Leur plume nous fait souvent sourire, mais un sourire crispé par l’horreur des situations qu’ils décrivent. Comme je l’ai dit, il n’y a jamais mort d’homme, mais tous qui ont vécu une telle situation savent comment le même stress répété au quotidien peut avoir des conséquences terribles.

L’Open-Space m’a Tuer a aussi la bonne idée d’être très court. Cela évite au propos de tourner en rond et de n’avoir choisi que des anecdotes valant le coup d’être racontées. Tout cela contribue au plaisir que l’on à lire ce livre vraiment remarquable par son fond, mais aussi par sa forme. Un message n’a pas besoin d’être long et compliqué pour être pertinent et percutant. Ce livre ne rate donc pas sa cible !

Un livre à mettre entre tous les mains, qui balayera quelques idées préconçues et qui pourrait même vous faire aimer votre boulot…

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