DANS SES YEUX : Un Oscar amplement mérité

danssesyeuxafficheFilm argentin, Oscar du meilleur film étranger, au dépend d’un Prophète notamment, Dans ses Yeux est enfin arrivé en France après avoir séduit la critique du monde entier. Il est d’ailleurs vraiment dommage qu’un tel film ne bénéficie pas de la même couverture médiatique qu’un navet comme Iron Man 2 (sans même parler du Choc des Titans). Pourtant, polar bourré d’humour, de suspense et de romance, ce film séduira un très large public par ses formidables qualités.

Il y’a 25 ans, en 1974, Benjamin Esposito enquêtait sur le meurtre violent d’une jeune fille. Cette affaire l’a hanté toutes ces années et il se décide à en faire un roman. Ce sera l’occasion de se replonger dans les méandres de cette investigation et de retrouver sa collègue d’alors, dont il était follement amoureux.

Dans ses Yeux est un film particulièrement riche, à la frontière entre plusieurs genres, qu’il réunit de la meilleure des façons. Le fil rouge est évidemment l’enquête menée dans le passé, mais qui se poursuit encore partiellement dans le présent. Nous sommes là devant un vrai polar, avec les rebondissements qu’il faut, les fausses pistes et le suspense indispensables à ce genre de production. Juan José Campanella est un scénariste vedette du monde des séries (il est un des auteurs attitré pour Docteur House notamment) et cela se ressent dans cette faculté à dérouler des intrigues parallèles, sans que cela ne nuise jamais à la clarté de la narration.

Dans ses Yeux joue également largement la carte de la comédie. Benjamin Esposito et son compère, Pablo Sandoval, sont deux enquêteurs aussi maladroits qu’acharnés. Il faut dire qu’on n’est loin des Experts, niveau moyens d’investigation, et qu’ils doivent faire face à l’hostilité de leur hiérarchie qui n’a pas guère envie de passer plus de temps que cela sur cette affaire. Du coup, ils font avec les moyens du bord, n’hésitant pas à mentir afin de passer entre les gouttes. Ce film ne bascule du coup jamais vraiment totalement dans le film noir, même quand l’intrigue se fait plus dure.

Dans ses Yeux est enfin une très belle histoire d’amour. On est là face à un mélange des genres délicat qui aurait pu très vite alourdir le film, mais il n’en est rien, je serais même tenté de dire au contraire. Cet aspect contribue, comme l’humour, à contrebalancer la noirceur de l’enquête pour en faire un film parfaitement équilibré. On peut ajouter également une toile de fond politique, puisque l’intrigue se déroule principalement à un époque où l’Argentine était en pleine dictature. Mais il s’agit plus d’un contexte, important certes, qu’un vrai élément constitutif de l’histoire, même si cela contribue évidemment à sa grande richesse.

danssesyeuxSi Juan José Campanella est très doué de sa plume, il l’est aussi de sa caméra. La photographie, le montage, la direction d’acteurs, tous ces éléments techniques sont parfaitement maîtrisés pour faire de Dans ses Yeux un film remarquable de ses points de vue là. Là encore, il esquive tous les pièges qui aurait pu le faire sombrer dans une lourdeur qui peut vite venir avec un film qui fait une large part aux flash-backs. Pas de flous artistiques ridiculement pompeux ou de fondus grotesques. La caméra navigue d’une époque à l’autre avec habileté sans jamais perdre les spectateur en route.

Un mot enfin sur les deux acteurs Ricardo Darin et Guillermo Francella, absolument remarquables. L’un est un premier rôle, l’autre un second, mais tous deux arrivent remarquablement à passer d’un genre à l’autre aussi habilement que le scénario. En gardant leur crédibilité aussi bien dans les moments sombres que les moments humoristiques, ils contribuent évidemment à la crédibilité générale du film. Si on ajoute à cela le charme discret de Soledad Villamil, on ne peut que saluer cette distribution, merveilleusement choisie.

Dans ses Yeux est donc un film aux qualités multiples, qui forment un tout encore meilleur que la sommes de ses parties. Bref, un Oscar amplement mérité !

Fiche technique :
Production : Tornasol films, Haddock Films, 100 Bares, Canal + Espana
Distribution : Pretty Pictures
Réalisation : Juan José Campanella
Scénario : Juan José Campanella, Eduardo Sacheri (d’après son roman)
Montage : Juan José Campanella
Photo : Félix monti
Décors : Marcelo Pont
Musique : Federico Jusid
Durée : 129 mn

Casting :
Ricardo Darin : Benjamin Esposito
Soledad Villamil : Irene Menéndez Hastings
Guillermo Francella : Pablo Sandoval
Pablo Rago : Ricardo Morales
Javier Godino : Isidor Gomez
Carla Quevedo : Liliana Coloto

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