INELUCTABLE VIDEO

angleterreallemangeVoici une merveilleuse invention que l’erreur d’arbitrage. Rien de mieux qu’une bonne bourde de l’homme en noir (qui n’est plus jamais de cette couleur soit dit en passant) pour alimenter des débats sans fin entre des gens qui, sans cela, n’auraient rien eu à se dire. Et je ne parle même pas de tous les journalistes qui dissertent dessus, trop heureux d’avoir un sujet tout cuit pour noircir du papier. Et depuis, hier cette frénésie est repartie de plus belle après les deux erreurs grossières qui ont faussé Allemagne-Angleterre et Mexique-Argentine.

Alors évidemment, les victoires de l’Allemagne et de l’Argentine ne sont en rien des vols sportifs. Il n’a y’eu de la part de ces deux équipes aucune tricherie délibérée (enfin les déclarations faites aujourd’hui par le gardien allemand ne sont pas vraiment en son honneur, si ce n’est le mérite de l’honnêteté quant à la malhonnêteté de la veille), c’est pourquoi je ne ferai pas de parallèle hasardeux avec la main de Thierry Henry. Mais bon, les Anglais et les Mexicains ont tout à fait le droit d’être furieux et de réclamer, en chœur avec une large majorité des amateurs de football, le recours à la vidéo pour les matchs de haut niveau.

Plus le temps passera, plus la position des instances dirigeantes du ballon rond deviendra intenable. Leurs arguments perdent, à chaque scandale de ce type, un peu plus de leur pertinence. Alors deux d’un coup… Le premier de ces arguments massue est l’université du football. Il est vrai, et je suis le premier à le rappeler sur ce site, que le football tient sa popularité unique du fait qu’il ne faut pas grand chose pour jouer au foot, un truc vaguement rond et deux bouts de bois pour faire les buts (dont on peut même éventuellement se passer). Alors oui, le football est LE sport universel inventé par l’homme.

Cependant, en matière d’arbitrage, l’égalité n’est déjà pas la règle. Tout d’abord, tous les matchs se déroulant chaque week-end sur notre planète ne disposent pas d’un homme dont le métier dans la vie est arbitre de football, avec deux arbitres assistants avec qui il fait équipe depuis de nombreuses années et un quatrième arbitre qui a le droit de brandir un beau panneau lumineux. Et quand on sait que la principale innovation proposée par la FIFA pour contrer la vidéo est le recours à deux arbitres supplémentaires placés derrière les buts (dispositifs qui ne pourra être appliqué qu’à haut niveau, vue la pénurie généralisée d’arbitres), on se dit qu’on est là devant un argument complètement bidon !

Le second l’est un peu moins, mais à peine. Il repose sur le fait que la vidéo n’éliminerait pas toutes les erreurs, voire en engendrerait de nouvelles. Avec LE contre-exemple du penalty accordé à la Norvège contre le Brésil en 98, où l’arbitre de champs avait effectivement raison contre l’impression laissée par les images du direct. Mais voilà, c’est comme le pauvre agriculteur de l’Ile de Ré que l’on ressort à chaque débat sur l’ISF, quand vous n’avez qu’un seul contre-exemple que vous ressortez invariablement depuis plus d’une décennies, c’est que votre argument est faible, très faible.

Enfin, le dernier, et sans doute le seul vraiment pertinent, est que le recours à la vidéo va hacher le jeu, quand le football est par essence le sport le plus fluide, celui où le temps de jeu réel est le plus important par rapport à la durée finale du match. Certes, on se doit de réfléchir avec soin sur les modalités exactes de son utilisation. Il y’a pour l’instant autant de propositions qu’il y’a de défenseurs du recours aux images pour aider l’arbitre de champs. Mais en s’interdisant toute expérimentation en la matière, la FIFA prouve que son opposition est une opposition de principe et qu’elle n’a aucune envie de voir se dérouler un essai concluant sur l’un ou l’autre des moyens d’intégrer la vidéo dans l’arbitrage.

La vidéo, on y viendra, c’est sûr. En attendant, bon nombres de cris d’injustice continueront de raisonner dans la gorge des supporters. Et bon nombres de pensées profondes continueront d’être échangées au café du commerce…

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