CRIME D’AMOUR : Le crime est quand même loin d’être parfait

crimedamourafficheDans les années 70, Alain Corneau était le spécialiste des films noirs à la française, signant notamment Série Noir, Police Python 357 ou encore le Choix des Armes. Ensuite, il a donné dans des genres divers et variés, du drame historique multicésarisé (Tous les Matins du Monde) à la comédie familiale gentillette (Le Prince du Pacifique). Avec Crime d’Amour, il revient à ses premiers amours. Et le film noir, c’est comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Enfin presque…

Isabelle travaille sous les ordres de Christine au sein de l’antenne parisienne d’une grande multinationale. Mais la jeune fille commence à comprendre que sa supérieure, qu’elle admire tant, se sert surtout d’elle et de ses idées, qu’elle s’approprie sans vergogne, pour ses propres fins. Entre les deux femmes, une guerre psychologique sans merci va commencer. A ce jeu-là, Christine semble imbattable.

Crime d’Amour est un thriller sans grande originalité, avouons-le, mais réalisé avec un certain brio. En fait, tout se joue au niveau du scénario. L’intérêt que l’on peu lui porter dépend de la faculté que l’on possède à faire abstraction du manque de crédibilité dont il fait preuve parfois. Personnellement, j’ai beaucoup de mal à croire aux réactions des personnages et à la manière violente dont leur relation évolue. Ca ne m’a pas empêché d’apprécier le film, mais ça laisse un petit goût d’inachevé.

Au-delà de ça, le scénario est plutôt bien construit, réservant surprises, rebondissements et surtout suspense. A partir d’un moment, on comprend à peu près comment cela va se finir, mais on reste intrigué dans l’attente de découvrir le pourquoi du comment. L’intérêt du spectateur est maintenu donc de bout en bout. Cependant, tout ça est un peu froid et ne recèle qu’assez peu d’inattendu et de jamais vu.

La caméra d’Alain Corneau reste une des plus élégante du cinéma français. L’image, les décors, la photographie sont sans fioriture, mais totalement au service des acteurs. Ou plutôt ici de sont duo d’actrices, Ludivine Sagnier et Kristin Scott-Thomas. Si la première s’en sort plutôt bien, la seconde est éblouissante. Ce n’est pas vraiment une surprise quand on connaît son talent. Du coup, sa jeune partenaire a bien du mal à se mettre à son niveau, ce qui n’est pas vraiment un reproche vu les sommets à atteindre, mais cela nuit quand même à l’équilibre général du film qui repose quand même largement sur le duel entre les deux femmes.

crimedamourAlain Corneau signe donc là un bon moment de cinéma « populaire » à la française. Mais comme dans plusieurs de ses œuvre les plus récentes, il se contente de mettre en scène de vieilles recettes de manière un peu paresseuse. Certes le cuisinier a assez de talent pour que le plat se laisse manger avec plaisir, mais on attendait mieux d’un réalisateur qui fut pendant plus de 20 ans un des cinéastes les plus brillants et intéressants du cinéma hexagonal. Il s’agit peut-être là d’un reproche sévère, mais on aurait aimé le voir sublimer le talent de Kristin Scott-Thomas comme il avait su sublimer celui de Patrick Dewaere dans les années 70.

Crime d’Amour peut donc largement attendre un passage télé, qui pourra faire passer une bonne soirée aux amateurs de thriller et autres films noirs.

Fiche technique :
Production : SBS films, Divali films, France 2 cinéma
Distribution : UGC Distribution
Réalisation : Alain Corneau
Scénario : Alain corneau, Natalie Carter
Montage : Thierry Derocles
Photo : Yves Angelo
Décors : Katia Wisztop
Durée : 104 mn

Casting :
Kristin Scott-Thomas : Christine
Ludivine Sagnier : Isabelle
Patrick Mille : Philippe
Guillaume Marquet : Daniel
Olivier Rabourdin : le juge
Gérald Laroche : Gérard 

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