POETRY : Comme un cerisier qui ne fleurirait pas

poetryafficheIl y’a des films qui vous déçoivent profondément. Non que vous pensiez forcément qu’il s’agissait d’un chef d’œuvre avant de les voir, mais vous constatez que le film est raté, alors qu’il y’avait tout pour réussir. Quand on va voir le Choc des Titans, on sait que l’on va voir un gros navet et il serait très hypocrite de feindre la déception. Mais je suis allé voir Poetry, prix du scénario au dernier Festival de Cannes, dans un tout autre état d’esprit et j’en suis ressorti fort désappointé.

Mija est une femme de 66 ans. Elle gagne sa vie comme aide ménagère et élève seule son petit-fils. Pourtant, elle est toujours élégante, toujours souriante et commence des cours de poésie. Rien ne la prépare à affronter la nouvelle de l’implication de son petit-fils dans une histoire de viol collectif qui a poussé une jeune collégienne au suicide.

Je me répète peut-être un peu, mais je tiens une nouvelle fois à rappeler que le cinéma coréen est très différent du cinéma chinois ou japonais, en particulier en termes de rythme de narration. Il n’est pas parcouru par cette lenteur contemplative qui fascine et envoûte dans le cinéma asiatique Poetry n’échappe pas à la règle. Il est tout à fait semblable à ce niveau à n’importe quel film occidental…chiant.

Voilà, le mot est lâché et je l’assume. Je me suis fait chier devant Poetry. Jamais je n’ai vibré, l’émotion n’a jamais pointé derrière un intérêt poli. Ce n’est même pas vraiment beau, pas vraiment touchant. On n’a jamais vraiment envie de pleurer, jamais trop l’occasion de rire. Certaines scènes sont mêmes carrément inutiles, voire même redondantes. Bref, on n’a l’impression d’être devant un brouillon de scénario et j’ai du mal à comprendre comme il a pu être récompensé à Cannes. Bon, je dois être un des rares à être dans son cas vu l’unanimité que reçoit ce film aussi bien auprès des critiques que des spectateurs sur Allociné.

Mais pourquoi alors suis-je aussi fâché ? Parce que Poetry recèle tout de même tout qui fait du cinéma coréen peut-être le plus imaginatif au monde. Si j’ai parlé de brouillon de scénario, c’est qu’à la base, il est effectivement original et potentiellement génial. Ce film parle de choses graves, mais au lieu de tomber dans le sensationnel ou bien le larmoyant empathique, il choisit de le traiter comme des obstacles dans la quête de cette femme qui désire avant tout écrire un poème. Comme si la poésie était plus importante, plus forte que la mesquinerie et le cynisme dont font preuve nombre des protagonistes de cette histoire. Comme si elle pouvait être un rempart à toute l’horreur du monde. Bref, un renversement de ce qui constitue généralement l’essentiel et l’accessoire d’un scénario de ce type.

poetryPoetry nous offre également quelques moments comme le seul le cinéma coréen (ou quelques OVNI cinématographiques occidentaux comme Mammuth) peut l’oser, comme cette scène d’amour version 3ème âge débordante de sensualité. Au Pays du Matin Calme, on se soucie guère des frontières entre les genres, entre les styles, entre les tons ou les perspectives. D’habitude, ce mélange salutaire artistiquement donne des films aussi jubilatoires qu’étonnants. Ici, ce mélange ressemble à un soufflé prometteur mais qui ne gonflerait jamais.

Un mot tout de même sur la performance de Yoon Jung-Hee qui a charmé le monde entier. Si Poetry devait vraiment recevoir un prix à Cannes, il aurait pu sans problème lui être accordé. Mais son personnage, sur qui repose la totalité du film, souffre des mêmes défauts que l’ensemble de cette œuvre. Mais il serait terriblement injuste de rejeter la faute à quelque niveau que ce soit à cette formidable actrice.

Poetry est donc pour moi un film tout simplement raté. Et un film raté de 2h15, c’est long…

Fiche technique :
Production : Unikorea Culture & Art Invetment, Diaphana, NEW KTB Capital, Pine House
Réalisation : Lee Changdong
Scénario : Lee Changdong
Montage : Kim Hyun
Photo : Kim Hyunseok
Décors : Sihn Jeomhui
Distribution : Diaphana
Durée : 138 mn

Casting :
Yun Junghee : Mija
Lee David : Wook
Kim Hira : le président
Ahn Naesang : le père de Kibum

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