BIUTIFUL : Trop beau pour l’être totalement

biutifulafficheDepuis quelques années, Javier Bardem est devenu un des acteurs les plus en vogue du 7ème art. Il faut dire qu’il y’a de quoi, entre charisme et talent fous. Il fait aussi parti de ces acteurs qui savent se métamorphoser physiquement pour chacun de leur rôle, tels un Johnny Depp ou un Russel Crowe. Il fait donc partie de ces acteurs autour duquel on peut imaginer bâtir entièrement un film. C’est le cas de Biutiful, le 4ème film de Alejandro Gonzalez Inarritu.

Uxbal gagne comme il peut sa vie. D’un côté, il fournit du travail à des immigrés sans papier, de l’autre, il monnaye sa capacité à parler aux fantômes de ceux qui viennent juste de mourir. Ainsi, il peut prendre soin de ses deux enfants, dont la mère, bipolaire et incontrôlable, n’est pas d’un grand secours. Mais comment va-t-il pouvoir continuer ainsi alors qu’il apprend qu’il est mourrant ?

Alejandro Gonzalez Inarritu n’a pas une longue filmographie mais de celle qui compte. Après s’être fait remarquer avec le formidable Amours Chiennes, il était parti à Hollywood signer 21 Grammes et Babel, unanimement salués par la critique du monde entier. Mais je dois avouer que si le premier fait partie de mes films préférés par son énergie et la force qu’il dégage, les deux autres, nettement plus contemplatifs, m’avaient laissé relativement froid, pour ne pas dire glacé dans le cas de Babel.

On dira que Biutiful se situe un peu entre ces deux extrêmes. Après, le Mexique et les Etats-Unis, il a tourné son nouveau film en Espagne et il y’a effectivement quelque chose de très européen dans Biutiful. Enfin, on retrouve quand même une vraie patte Inarritu et pas simplement parce que le film est encore une fois assez long (2h15). Encore une fois, il signe un film d’une beauté et d’une maîtrise visuelles magistrales. La manière dont il filme ses personnages et ses décors expriment largement autant de choses que les dialogues. Inarritu nous parle au travers de sa caméra, exprimant des sensations que des mots ne sauraient faire naître.

biutifulMais voilà, Biutiful possède aussi ce côté contemplatif qui va parfois un peu trop loin. On n’est loin du très onirique Babel, mais on y retrouve pas du tout la même énergie que dans Amours Chiennes. Le film est sans doute trop beau pour que le spectateur y rentre totalement. On reste à l’extérieur, admiratif certes, comme devant un magnifique tableau, mais sans jamais amorcer un processus d’attachement ou d’identification. L’émotion est bien là, on la comprend, on y assiste, mais sans totalement la partager. Ce film aurait pu être incroyablement bouleversant, mais au final, il ne provoque que de l’admiration. Mais on aime pas toujours ceux que l’on admire.

Biutiful restera néanmoins un des rôles les plus remarquables de Javier Bardem. Il y est moins extraordinaire que dans No Country for Old Men, mais porte littéralement le film sur ses épaules. L’histoire étant uniquement centré sur son personnage, il apparaît à l’écran 90% du temps. Heureusement, son charisme lui permet d’y faire face avec tout le talent qu’on lui connaître et d’être un parfaite relais de la caméra exigeante d’Inarritu.

Bitutiful est donc un très beau film assurément, mais qu’une sorte de perfection habille d’une froideur, là où l’émotion aurait du jaillir en bouffées incontrôlées.

Fiche technique :
Production : Menage Atroz, MOD producciones
Réalisation : Alejandro Gonzalez Inarritu
Scénario : Alejandro Gonzalez Inarritu
Montage : Stephen Mirrione
Photo : Rodrigo Prieto
Décors : Brigitte Broch
Distribution : ARP Selection
Musique : Gustavo Santolalla
Durée : 138 mn

Casting :
Javier Bardem : Uxbail
Maricel Alvarez : Maramba
Hanna Bouchaib : Ana
Diaryatou Daff : Ige
Guillermo Estrella : Mateo
Luo Jin : Liwei
Cheng Tai Shen : Hai
Eduard Fernandez : Tito
Riben Ochandiano : Zanc

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