POTICHE : Ozon oserait presque

poticheafficheFrançois Ozon est une des valeurs sûres du cinéma français, voir même mondial, puisqu’il a déjà eu la chance de tourner aussi de l’autre côté de l’Atlantique. Mais je me souviens bien de ma critique de Angel que j’avais intitulée « Si Ozon osait ». En effet, malgré une impressionnante maîtrise technique et une grande diversité dans les genres abordés, il nous livre toujours des films brillants mais très académiques. Qu’en est-il de son dernier long métrage, Potiche ?

Robert Pujol est le patron d’une usine de parapluies dans le Nord. Un patron réactionnaire et tyrannique, détesté par tous ses employés. Et il se comporte exactement de la même façon chez lui, où sa femme, Suzanne est reléguée au rang de potiche. Mais une grève et un infarctus vont largement modifier les rôles.

Potiche est tirée d’une pièce de Barrillet et Grédy, qui furent les rois du théâtre de boulevard des années 60 et 70, mettant très souvent Jacqueline Maillant en vedette. Après 8 Femmes, François Ozon nous montre une nouvelle fois un vrai talent d’adaptateur, permettant au spectateur d’échapper à l’impression d’assister à du théâtre filmé. Nous sommes là réellement au cinéma. Et du bon cinéma.

Potiche est donc avant tout une comédie. Une comédie qui nous propose une large palette d’humour entre premier et quinzième degré. On s’amuse tout le temps, on éclate de rire quelques fois et surtout jamais on ne s’ennuie. Ce film pourra donc séduire un large public. Cela prouve encore une fois à quel point François Ozon est un réalisateur polyvalent, aussi talentueux dans la subtilité que dans un humour plus direct.

Potiche se distingue aussi par un vrai fond social. Là encore, François Ozon fait preuve d’une réelle habileté. En effet, d’un côté, le film joue sur la nostalgie d’une époque, les années 70, par les costumes et les décors qui font tout pour nous y replonger. De l’autre, le film s’applique à montrer, sans en avoir l’air, que les combats menés par les personnages sont bien toujours d’actualité. Il multiplie les clins d’œil pour créer des ponts entre nos deux époques, pour montrer que même si beaucoup de progrès ont été réalisés, il reste encore bien du chemin à parcourir.

poticheC’est pour cela que je placerais vraiment Potiche parmi les meilleurs films de François Ozon. En effet, il véhicule réellement une opinion qui provient du plus profond des convictions du réalisateur. Alors bien sûr, il reste encore un tantinet ce côté très académique, mais au moins, on sent que le réalisateur s’est investi dans l’écriture de ce scénario, ce qui lui donne ainsi un côté assez personnel à ce film.

Un mot enfin sur le casting. Quand on s’appelle François Ozon, on est capable de rassembler devant sa caméra trois monstres sacrés comme Catherine Deneuve, Gérard Depardieu et Fabrice Luchini. Cela rend évidemment les choses beaucoup plus faciles. Cependant, on doit reconnaître au réalisateur un vrai talent dans la direction d’acteurs. Depardieu et Luchini ne sont pas toujours les derniers à cabotiner, mais ils livrent ici deux prestations parfaitement maîtrisées.

Potiche est donc un film qui pourra séduire un large publique. A la fois drôle et engagé, il confirme une nouvelle fois le talent polymorphe de François Ozon.

Fiche technique :
Production : Mandarin cinéma, Scope pictures
Distribution : Mars distribution
Réalisation : François Ozon
Scénario : François Ozon, d’après la pièce de Barillet et Grédy
Montage : Laure Gardette
Photo : Yorick Le Saux
Décors : Katia Wyszkop
Musique : Philippe Rombi
Durée : 103 mn

Casting :
Catherine Deneuve : Suzanne
Gérard Depardieu : Maurice Babin
Fabrice Luchini : Robert Pujol
Karin Viard : Nadège
Judith Godrèche : Joëlle
Jérémie Renier : Laurent Pujol
Sergi Lopez : le routier espagnol
Elodie Fregé : Suzanne (jeune)
 

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