ANOTHER YEAR : Les quatre saisons de Mike Leigh

anotheryearafficheMike Leigh avait bouleversé la planète cinéma, il y a près de 15 ans désormais, avec son superbe Secrets et Mensonges, Palme d’Or à Cannes en 1996. Un pur chef d’œuvre d’humanité, mais aussi d’optimisme, doublé d’une réalisation audacieuse. Depuis, il nous livre régulièrement de nouveaux tableaux humanistes, encensés par la critique. Mais d’un point de vue personnel, je n’ai jamais ressenti le même enthousiasme. Et ce ne sera malheureusement toujours pas le cas avec Another Year.

Tom et Gerri forment un couple encore heureux et complice à cinquante ans passés. Mais autour d’eux, famille et amis ne connaissent pas le même équilibre. Alors ces derniers viennent souvent trouver refuge auprès de la sérénité dégagée nos deux cinquantenaires.

Vous l’aurez compris, Another Year n’a pas vraiment d’intrigue. Il s’agit plutôt d’un films à sketchs, quatre pour être précis, un par saison. Il y a cependant un fil rouge, celui de Mary, leur amie, maladroite et exubérante, à la recherche perpétuelle d’attention et de grand amour. Ce n’est pas forcément gênant en soi, mais cela rend plus compliqué de capter l’attention du spectateur. C’est dans doute cela qui faisait la grande force de Secrets et Mensonges, proposer une intrigue solide pour porter le propos humaniste plus général. Ce n’est pas le cas pour ce film.

Another Year commence doucement, par une longue phase de présentation des personnages. Elle est évidemment nécessaire puisque tout le film repose sur eux. Passé ce moment un peu longuet, mais qui permet de s’attacher aux protagonistes, on entre totalement dans l’intimité de ces derniers et on la partage en ami, parfois amusé, parfois attristé. Mon introduction pourrait donner à penser que ce film est décevant dans l’absolu. Il n’en est rien. S’il m’a légèrement déçu, c’est parce que j’en attendais plus, peut-être trop.

Car les qualités de Mike Leigh sont toujours là. Il s’agit bien d’un formidable réalisateur qui sait filmé les êtres humains et leurs émotions comme personne. L’usage du gros plan, où il faut, quand il faut, démontre une maîtrise totale de son sujet. Les acteurs nous communiquent leurs émotions beaucoup plus par leur communication non verbale, leurs expressions, leurs mimiques, leur regard qui fuit soudain devant la contrariété. Il y a un merveilleux travail de réalisation et de direction d’acteurs que peu de cinéastes seraient capables d’effectuer.

anotheryearAnother Year marque surtout la révélation de Lesley Manville, absolument époustouflante dans le rôle de Mary. Un personnage qui fait rire, parfois de manière sympathique, parfois de manière pathétique, quand le rire se fait à ses dépend. Elle est la star du film, de part sa place dans le scénario, mais surtout par la la formidable prestation livrée par cette actrice, habituée des films de Mike Leigh, mais qui tient là son rôle le plus marquant.

Si je devais faire un reproche à Another Year, c’est d’avoir choisi un ton si pessimiste. S’il y a une morale à cette histoire, c’est que certains sont fait pour le bonheur et d’autres le chercheront éperdument en vain toute leur vie. Bon, il est vrai que cela correspond bien à la réalité de l’existence. Mais du coup, on a du mal à comprendre ce que Mike Leigh cherche à nous dire. Peut-être voulait-il juste nous faire partager ce constat, mais j’ai ressenti une légère frustration de voir le propos s’arrêter là. C’est à mon sens dommage car, ajouté à l’absence d’une réelle intrigue, cela donne à ce film un aspect largement contemplatif. Une belle contemplation, il est vrai.

Another Year restera donc pour moi un nouveau beau film signé Mike Leigh, mais auquel il manque cette petite étincelle qui avait fait la différence dans Secrets et Mensonges.

Fiche technique :
Production : Thin Man Films, Simmon Channing Williams productions, Film 4
Réalisation : Mike Leigh
Scénario : Mike Leigh
Montage : Jon Gregory
Photo : Dick Pope
Décors : Simon Beresford
Distribution : Diaphana
Musique : Andrew Glen
Directeur artistique : Andrew Rothschild
Durée : 129 mn

Castng :
Lesley Manville : Mary
Ruth Sheen : Gerri
Jim Broadbent : Tom
Peter Wight : Ken
Martin Savage : Karl
Oliver Maltman : Joe
David Bradley : Ronnie
Karina Fernandez : Katie
Imelda Staunton : Janet

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