POUPOUPIDOU : Le James Ellroy de Mouthe

poupoupidouafficheLe cinéma français commence l’année 2011 aussi bien qu’il avait terminé l’année 2010. Après la comédie romantique sympathique, La Chance de ma Vie, voici un polar original et surtout très réussi, Poupoupidou. Un film qui a quelque chose des frères Coen. Une comparaison flatteuse mais pas imméritée.

David Rousseau, écrivain en mal d’inspiration, est de passage à Mouthe, dans le Jura, pour la lecture du testament de sa tante, qui finalement ne lui lègue que son chien empaillé. En repartant, il croise les policiers qui viennent de retrouver le corps sans vie de Candice Lecoeur, idole de la télévision locale. Très vite, il va s’intéresser à ce fait divers, qui pourrait lui servir de sujet pour son prochain roman. Surtout que la thèse officielle du suicide ne le convainc pas.

Poupoupidou est donc un polar qui nous emmène dans la France profonde, très profonde. L’enquête est menée par un écrivain de roman policier de 8ème zone, un flic local qui rêve des techniques du FBI, une miss météo, célèbre pour avoir fait de la pub pour un fromage, une coiffeuse, une réceptionniste d’hôtel un rien gothique… Bref, pas de grands caïds ou de flics virils, mais du Français moyen, très moyen ! C’est en ça que l’on peut faire facilement le parallèle avec Fargo des frères Coen qui se situe tout à fait dans le même esprit. Jamais le film ne se moque de ses protagonistes, ou alors avec une infinie tendresse. On pourrait simplement considérer que ce film est l’adaptation du vers de Brasses : Au village aussi l’on a, de beaux assassinats.

Alors certes, Gérald Hustache-Mathieu n’a pas tout à fait le talent des deux frères les plus célèbres du cinéma américain. Mais il se défend et n’a pas à rougir de ce film, réussi et particulièrement original. On s’amuse vraiment de le voir prendre à contre-pied tous les poncifs du genre. On retrouve dans l’intrigue tous les éléments d’un film policier, avec son enquête, ses indices, ses pistes, vraies ou fausses, ses rebondissements… Mais le tout se situe dans un décor plutôt inhabituel et surtout avec des personnages que l’on a pas l’habitude de voir dans ce genre de production. Poupoupidou n’est donc pas vraiment une parodie, simplement un film au ton quelque peu décalé, pour un résultat plutôt rafraîchissant… Vous me direz, c’est normal quand on tourne un film dans le village le plus froid de France.

poupoupidouDe plus, la caméra de Gérald Hustache-Mathieu est particulièrement élégante. Il met parfaitement en valeur les décors enneigés dans lesquels évoluent ses personnages. Il possède également un vrai talent pour nous faire partager les sentiments et la sensibilité de ces derniers avec une vraie finesse. Un vrai travail de réalisation et de photographie donc, pas forcément spectaculaire, mais signe d’un vrai souci de faire de Poupoupidou un film aussi bon sur la forme que sur le fond.

Poupoupidou constitue une nouvelle preuve du talent de plus en plus multiforme de l’ancien Robin des Bois, Jean-Paul Rouve. Bien sûr, son talent comique est largement mis à contribution dans ce personnage d’écrivain à la fois lunaire et déterminé. Mais il le met en œuvre avec une finesse et une retenue infinies, et surtout énormément de talent. A ses côtés, Sophie Quinton nous livre une interprétation touchante d’un personnage tout en séduction et en fragilité. On avait un peu perdu de vue cette actrice depuis sa nomination pour le César du Meilleur Espoir Féminin en 2004 pour Qui a tué Bambi ? Espérons que ce film lance définitivement sa carrière, elle le mérite.

Poupoupidou confirme donc pleinement la bonne forme du cinéma français avec un film qui ravira tous les amateurs de films sortant des sentiers battus.

Fiche technique :
Réalisateur : Gérald Hustache-Mathieu
Scénario, Adaptation et Dialogues : Gérald Hustache-Mathieu, Juliette Sales
Assistants réalisateurs : Léonard Vindry, Virginie Audouard
Scripte : Sandrine Bourgoin
Chef décoratrice : Marie-Hélène Sulmoni
Mixage : Marc Doisne
Monteuse : Valérie Deseine

Casting :
Jean-Paul Rouve : David Rousseau
Sophie Quinton : Candice
Guillaume Gouix : Gendarme Bruno Leloup
Olivier Rabourdin : Maréchal des logis-Chef, Colbert, Commandant de brigade.
Joséphine de Meaux : Cathy
Arsinee Khanjian : Juliette Geminy
Clara Ponsot : La réceptionniste
Eric Ruf : Simon Denner
Jenny Bellay : Mme Humbert

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