TU AS VOTE ? PAS LA PEINE, J’AI ETE SONDE…

sondageSéisme dans le monde politique ! Emoi dans l’opinion ! Des dizaines de unes ! Quel est donc l’évènement qui peut prendre une telle ampleur médiatique ? Nicolas Sarkozy démissionne ? François Fillon a vendu des secrets industriels à la Chine ? Martine Aubry a une fille cachée avec Ségolène Royal ? Non, rien de tout ça. Un sondage a donné Marine Le Pen en tête au premier tour de l’élection présidentielle…

Ah les sondages ! Voilà une merveilleuse invention pour noircir et vendre du papier à partir d’à peu près rien d’intéressant. Surtout quand on pose des questions aussi absurdes. On ne connaît pas les candidats, la campagne n’a évidemment pas commencé et on débat déjà sans fin des chances des uns et des autres. C’est tout simplement ridicule, inutile, si ce n’est dangereux. En tout cas, c’est le signe d’un dysfonctionnement grave du fonctionnement démocratique de notre pays.

D’ici l’élection de 2012, de nombreuses lois seront votées, des décisions seront prises, bref, le pays va continuer à fonctionner. Bien sûr, les années préélectorale sont rarement celles des grandes réformes. Mais toute de même, il y a pour l’heure encore des débats dans nos instances démocratiques nationales ou locales bien plus intéressants à mener et d’autres choses à commenter que ces sondages d’opinion concernant la prochaine élection…

Prochaine ? Bah non pas vraiment ! Le plus consternant dans tout ça, et le plus inquiétant surtout, c’est que cette agitation est survenue à quinze jours d’une élection dont personne ne se donne la peine de parler. Alors certes, les élections cantonales multiplient les handicaps. Elles ne concernent ce coup-ci que 50% du territoire et ne sont couplées à aucune autre élection. Rien que leur nom est un appel à l’abstention : des élections cantonales pour élire des conseillers généraux qui définissent la politique du département… Il s’agirait d’élections départementales pour élire des conseillers départementaux, le citoyen lambda se sentirait déjà peut-être plus concerné.

Ceci est révélateur d’un fonctionnement en cercle de plus en plus fermé du monde médiatique. Personne ne cherche plus à savoir si ce dont on parle correspond à une réalité quotidienne, seule la place qu’elle occupe dans les médias comptent. La politique devient un peu comme le TOP 50, où parce qu’un disque arrivait à être numéro 1 une semaine, il voyait ses ventes augmenter d’un coup la semaine suivante, quelque soit sa qualité réelle. Les médias prétendent nous parler de politique, mais sans se préoccuper de pour qui les citoyens vont vraiment voter dans une semaine. Comme si l’urne était devenue ringarde, et seule comptait ce qu’exprime ceux qui s’adressent directement aux médias, via les instituts de sondage. Les médias ne cherchent plus à commenter l’actualité, ils la font, pour ne pas dire qu’ils l’inventent.

Alors évidemment, on est face à un serpent qui se mord la queue. Les médias ne parlent pas d’une élection pourtant cruciale pour la protection sociale dont la plupart des composantes sont désormais sous la responsabilité des Conseils Généraux. Du coup, cela ne passionne guère les foules. Et en retour, cela n’incite pas les journaux à leur faire plus de place, de peur de faire fuir le lecteur, au profit de l’Auto Magazine ou de Voici. L’abstention s’annonce record et c’est une triste nouvelle pour notre démocratie.

Ce battage médiatique déplacé signe un nouveau triomphe de la politique spectacle, où seules les personnalités ont leur place et non plus les idées. A qui la faute ? C’est un vaste débat, car tout cela s’autoentretient de manière fort inquiétante. Mais encore une fois, le dernier mot revient toujours au même acteur, le seul qui possède réellement le pouvoir, qu’il veuille ou non : l’électeur !

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