BROTHERS : Pièges évités pour un film poignant

brothersafficheDans la série des films que je pensais ne jamais voir, voici Brothers. En effet, la bande-annonce, vue maintes fois, ne me faisait pas du tout envie. Mais bon, à force d’un bouche à oreille favorable, j’ai profité de son passage sur Canal+ pour lui donner sa chance. Grâce à cette merveilleuse invention qu’est Canal+ à la Demande (la meilleure depuis l’écriture et la roue, à mon humble avis), j’ai pu apprécier ce film remarquable à bien des points de vue.

Sam Cahill repart pour une nouvelle mission en Afghanistan, quand sa femme et ses deux enfants aimeraient le voir rester à la maison. Il est le modèle de la famille, à l’opposé de son frère Tommy qui sort tout juste de prison. Mais ce dernier sera le premier soutien de son foyer quand sa mort leur est annoncée. Une relation de plus en plus ambiguë nait entre le frère et sa belle-sœur. Seulement, Sam est en fait bien vivant, prisonnier au fond du désert et prêt à tout pour retrouver les siens.

Quand je relis le synopsis, je me dis à nouveau que cette histoire ne fait pas du tout envie. Il y a bien sûr un vrai potentiel pour un récit poignant et fort, mais surtout des dizaines de raisons de tomber dans un pathos et une morale lourdingues, voire écœurantes, comme le cinéma hollywoodien nous en livre parfois. Sauf que Brothers est issu du cinéma américain indépendant et ce pari incroyablement risqué est réussi avec un étonnant talent par Jim Sheridan, un cinéaste polyvalent (réalisateur, producteur parfois acteur). Ce dernier est aussi un habitué des films portant sur les blessures laissées par la guerre, puisqu’il est l’auteur notamment de Au Nom du Père, le film qui avait révélé Daniel Day-Lewis et traitait, avec force, des traces laissés par la guerre civile irlandaise.

Les sujets abordés par Brothers sont nombreux : traumatisme de la guerre, rapports familiaux, jalousie, deuil… Bref que des choses réjouissantes, mais qui sont au final traités avec beaucoup d’intelligence et de finesse. Cette diversité des thèmes est sans doute une grande force, car elle empêche le film de s’appesantir sur un d’eux. L’intrigue rebondit constamment, sans nuire à la profondeur du propos. Il y a vraiment un travail remarquable dans l’écriture du scénario… qui est issu d’un film sorti 5 ans plus tôt, puisque ce film est un remake.

Jim Sheridan a vraiment su garder une certaine retenue pour rester crédible. Encore une fois, la tentation a du être grande d’en rajouter trois ou quatre couches supplémentaires, de faire sonner les violons ou au contraire d’affubler cette histoire d’une noirceur hors de propos. Rien de tout ça au final. On pourrait même reprocher à Brothers de ne pas aller assez loin, de ne pas cherche à prendre le spectateur aux tripes plus profondément. Du coup, il est vrai que le dénouement, sans être prévisible, n’est pas foncièrement surprenant. Mais cet aspect « ordinaire » rend sans doute le film plus touchant, facilitant ainsi une possible identification.

brothersBrothers constitue surtout son plus beau rôle pour un acteur qu’on attendait pas à ce niveau. Tobey Maguire absolument époustouflant. J’ai beau être fan des Spiderman de Sam Raimi, je dois bien avouer que l’interprète de l’homme araignée n’y avait pas offert des numéros d’acteur bouleversants. Pourtant c’est bien le cas ici, où il signe une performance tout en subtilité et en maîtrise, dans un rôle pourtant assez dur. A ses côtés, Jake Gyllenhaal est lui aussi remarquable, même si son rôle est nettement plus abordable. De plus, on connaît depuis longtemps son talent tout terrain qui s’exprime aussi bien dans un film intimiste que dans une grosse production hollywoodienne. Enfin, Natalie Porman donnait ici les prémisses d’un talent réellement révélé par The Black Swan.

Brothers est donc un film particulièrement émouvant et qui évite tous les pièges dans lesquels il aurait pu tomber. Un film intelligent et puissant, où la tension ne faiblit jamais.

Fiche technique :
Production : Relativity Media, Lionsgate
Distribution : Wild Bunch distribution
Réalisation : Jim Sheridan
Scénario : David Benioff, d’après le film Brode de Susan Bier
Montage : Jay Cassidy
Photo : Frederick Elmes
Décors : Tony Fanning
Musique : Thomas Newman
Durée : 105 mn

Casting :
Tobey Maguire : Sam Cahill
Jake Gyllenhaal : Tommy Cahill
Natalie Portman : Grace Cahill
Sam Shepard : Hank Cahill
Omid Abtahi : Yusuf
Clifton Collins Jr : Major Cavazos

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