CASINO : Le chef d’oeuvre de Scorsese

casinoafficheDans la série des débats futiles, mais totalement indispensables, en voici un qui peut donner lieu à des discussions animées, pour peu que l’assemblée soit composée de cinéphiles avertis : quel est le meilleur film de Martin Scorsese ? Bien sûr, les supporters de Taxi Driver seront nombreux, mais peut-être pas autant que ceux de Raging Bull. Ils auront fort à faire face aux inconditionnels des Affranchis et ceux de Shutter Island. Moins nombreux, mais non moins coriaces, seront les fans de After Hours, Aviator ou Gangs of New York. Mais si jamais je prenais part à ce débat, mon choix serait ferme et définitif. Et il se porterait sur Casino.

Sam Rothstein dirige un des principaux casinos de Las Vegas pour le compte de la mafia de Chicago. Il a la situation bien en main, l’argent coule à flot et permet à tout le monde, y compris les notables locaux, d’y trouver leur compte. Mais l’arrivée dans sa vie de deux personnes va vite venir perturber ce bel édifice. D’un côté, Nicky Santoro, un gangster, ami d’enfance, beaucoup moins discret et subtil que lui. De l’autre, la belle Ginger McKenna, prostituée dont il va tomber fou amoureux.

Si la trilogie du Parrain de Coppola reste le classique des classiques des films sur la mafia, Martin Scorsese, avec la complicité de Robert De Niro, reste le cinéaste qui aura le mieux mis en image ce monde inquiétant et fascinant. Et Casino est son chef d’œuvre. On pourrait dire qu’il ressemble à bien d’autres films, mais c’est l’inverse ! Ce sont les autres longs métrages qui ne sont que de pâles copies… Bon, ok, je m’emballe un peu car cette histoire de montée en puissance puis de chute de truands développe un thème cher au cinéma. Mais lorsque cela est si magnifiquement mis en image, on en redemande !

Comme beaucoup de films de gangsters, Casino repose en grande partie sur ses personnages. En dehors de l’intrigue principale, Scorsese dresse le portrait de protagonistes hauts en couleur, plaçant le spectateur entre admiration, sympathie d’un côté et dégout et inquiétude de l’autre. L’ambiguïté morale du monde de la mafia, un monde où l’on parle sans arrêt d’honneur mais où on n’hésite pas à faire régner la loi du plus fort le plus lâchement du monde, prend ici une dimension rarement atteinte. On en sait pour qui prendre partie et jamais le film n’est même qu’effleuré par un manichéisme qui nous pousserait à excuser les travers de certains personnages.

Casino est une fresque magnifique qui nous plonge de manière incroyablement immersive dans l’envers de l’envers du décor du monde du jeu et de la nuit à Las Vegas. Un film qui voyage du glamour à la plus profonde noirceur en un rien de temps et avec la même force. On sait des le début que la mécanique parfaite décrite au début va finir par s’enrayer et s’écrouler, mais qu’importe, on se laisse porter par cette histoire qui, à travers un casino, pourrait résumer la chute de bien des empires au cours de l’histoire. Le récit reste tout aussi fascinant dans la montée en puissance que dans la longue descente en enfer et jamais le spectateur n’a l’occasion de sortir du film ne serait-ce qu’une seconde.

Casino est aussi sans doute l’œuvre la plus aboutie techniquement de Martin Scorsese. Son incroyable sens de la mise en scène, du cadrage et de la photographie se conjugue ici avec une bande-originale sidérante qui reprend tout ce qui s’est fait de mieux musicalement au cours des années 70. Le spectacle est grandiose, d’une perfection intangible qui en fait un très grand film. Rien n’y est vraiment révolutionnaire, mais tout y est mieux que dans les œuvres qui chercheraient à rivaliser.

casinoSi Casino est un tel chef d’œuvre, c’est aussi grâce à un trio d’acteurs qui font corps avec leur metteur en scène. Robert de Niro et Joe Pesci se sont faits face dans de nombreux films de Scorsese et leur confrontation est parfaitement rodée. Elle prend ici une dimension supplémentaire dans cette rivalité qui va crescendo vers une fin dramatique qui semble vite inexorable. Le seul léger reproche que l’on pourrait formuler à propos de ce film est d’avoir tenté de nous faire croire que Robert De Niro est un juif embauché par la mafia, alors que, malgré son immense talent d’acteur, il continue de respirer l’Italie par tous les pores !

Et que dire enfin de la performance de Sharon Stone. Casino est le rôle de sa carrière. Elle y est tour à tour sublime, pathétique, troublante, vénéneuse, pitoyable, irrésistible et détestable. Bref, elle est l’âme de ce film, ce petit plus qui en fait un classique inoubliable et éternel.

Le débat évoqué en introduction n’est évidemment pas clos, surtout que Martin Scorsese est loin d’avoir rangé sa caméra. Il aura de toute façon livré parmi les plus beaux moments de cinéma de l’histoire. Et Casino en fait incontestablement partie.

Fiche technique :
Réalisation : Martin Scorsese
Robert De Niro : Sam ‘Ace’ Rothstein
Sharon Stone : Ginger McKenna/Rothstein
Joe Pesci : Nicky Santoro
James Woods : Lester Diamond
Don Rickles : Billy Sherbert
Alan King : Andy Stone
Kevin Pollak (VF : José Luccioni) : Phillip Green
Pasquale Cajano : Remo Gaggi
L.Q. Jones : Pat Webb
Dick Smothers : Senateur
Frank Vincent : Frank Marino
John Bloom : Don Ward
Catherine Scorsese : Mme Piscano
Nobu Matsuhisa : Ichikawa
Scénario : Martin Scorsese et Nicholas Pileggi, adapté du roman Casino : amour et honneur à Las Vegas de ce dernier
Production : Barbara De Fina (en) et Joseph P. Reidy
Distribution : Universal
Musique : Jean-Sébastien Bach, Otis Redding, Keith Richards, Mick Jagger, Georges Delerue, Maria Graver, Devo, The Animals…
Photographie : Robert Richardson
Montage : Thelma Schoonmaker
Pays d’origine : États-Unis
Format : Couleurs (Technicolor) – 2,35:1 – DTS-Stereo – 35mm
Genre : Drame, gangsters
Durée : 178 minutes

Casting :
Robert De Niro : Sam ‘Ace’ Rothstein
Sharon Stone : Ginger McKenna/Rothstein
Joe Pesci : Nicky Santoro
James Woods : Lester Diamond
Don Rickles : Billy Sherbert
Alan King : Andy Stone
Kevin Pollak : Phillip Green
Pasquale Cajano : Remo Gaggi
L.Q. Jones : Pat Webb
Dick Smothers : Senateur
Frank Vincent : Frank Marino
John Bloom : Don Ward
Catherine Scorsese : Mme Piscano
Nobu Matsuhisa : Ichikawa

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