LE CHAT DU RABBIN : La tolérance sort toujours de la bouche des félins

lechatdurabbinafficheLe cinéma d’animation hexagonal n’a jamais brillé par la quantité de productions qui se retrouvent sur nos écrans petits et grands. Mais, par contre, la qualité, l’originalité et l’inattendu sont souvent au rendez-vous. Le Roi et l’Oiseau, les Maîtres du Temps, Kirikou, les Triplettes de Belleville, autant d’œuvres uniques en leur genre, surprenantes et souvent inclassables. Le Chat du Rabbin, adaptation par lui-même de la bande-dessinée de Joann Sfar, se situe dans cette droite lignée.

A Alger, dans les années 20, le rabbin Sfar découvre avec stupéfaction que son chat sait soudainement parler, après avoir mangé son perroquet. Un chat philosophe et impertinent, qui se met dans l’idée de faire sa bar-mitsva. Mais ce qui l’intéresse par dessus tout, c’est de traîner dans les bras de la belle Zlabya, la fille du rabbin.

J’ai été voir le Chat du Rabbin sans avoir jamais lu aucun des albums de la bande-dessinée dont il est tiré. J’ai donc eu sur ce film un œil dénué de tous préjugés ou d’attentes particulières. Et j’avoue avoir été au final plutôt charmé, à défaut de réel enthousiasme, par cet univers plein de poésie et d’humour. J’ai beaucoup aimé cette manière légère d’aborder des thèmes plutôt graves comme l’intolérance, la religion, le racisme et les préjugés. Le film délivre un message particulièrement pertinent et qui passe tout seul, telle une pâtisserie orientale.

Il est vrai que le Chat du Rabbin s’appuie sur une trame narrative un peu légère. L’intrigue en elle-même ne casse pas forcément des briques et n’est pas particulièrement intense. Mais ce film est plus comme un voyage dans un monde dans lequel on a plaisir à flâner et à rencontrer un grand nombre de personnages hauts en couleur que l’on quitte toujours à regret. Cela constitue sans doute la plus grande limite de cette œuvre, tout en lui donnant aussi son originalité et une part de son charme. Joann Sfar est définitivement un artiste anticonformiste, qui s’amuse à détourner les formes d’expression de leur cadre habituel. En cela, ce film est sympathiquement rafraîchissant.

lechatdurabbinLe style graphique est lui-aussi très personnel. Il correspond à celui de la bande-dessinée (enfin pour le peu de souvenir que j’ai de l’avoir feuilleté). Je n’en suis pas particulièrement fan, mais il colle finalement bien à l’ambiance générale du Chat du Rabbin. Alors, très vite, une fois rentré dans le film, on oublie ses réticences à ce niveau. Restera tout de même un léger regret quant à la qualité de l’animation en elle-même qui n’est pas non plus exceptionnelle. Quant à la 3D… je ne me prononcerai pas, puisque je l’ai vu en 2D, mais j’ai du mal à imaginer ce que le relief pourrait apporter (si ce n’est un euro pour le distributeur).

Le casting vocal est d’un niveau rarement égalé dans notre pays. On voit bien que le succès de Gainsbourg, Vie Héroïque a donné envie à beaucoup de gens de travailler avec Joann Sfar. Le chat est doublé par François Morel, la fille par Hafsia Herzi, mademoiselle « je fais la danse du ventre comme personne ». On trouve aussi au détour des personnages François Damiens, Matthieu Almaric, Jean-Pierre Kalfon et Fellag. Maurice Bénichou en doublant le rabbin tient là un des rôles les plus importants de sa carrière, lui qui peuple le cinéma français de seconds rôles depuis près de 40 ans.

Le Chat du Rabbin ravira sûrement les amateurs de la BD… ou pas. Mais pour les autres, le dépaysement est garanti, assaisonné d’une bonne dose de poésie, pour une ode à la tolérance agréable et impertinente, qui aurait gagné à être porté par une intrigue plus conséquente.

Fiche technique :
Production : Autochenille productions, TF1 Films, UGC, Banjo studio
Distribution : UGC distribution
Réalisation : Joann Sfar, Antoine Delesvaux
Scénario : Joann Sfar, Sandrina Jardel, d’après la BD de Joann Sfar
Montage : Maryline Monthieux
Musique : Olivier Daviaud
Durée : 100 mn

Casting :
François Morel : le chat
Maurice Bénichou : le rabbin
Hafsia Herzi : La fille du rabbin
François Damiens : le reporter
Mathieu Amalric : le prince
Jean-Pierre Kalfon : le Malka des Lions
Fellag : le Cheikh Mohammed Sfar
Marguerite Abouet : l’Africaine
Sava Lolov : le peintre russe

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