OMAR M’A TUER : En quête de vérité

omarmatuerafficheGrand lecteur de journaux papier ou en ligne, toujours à vérifier ce qui vient de se passer dans le monde, j’ai pourtant un principe, celui de ne pas lire ce qui concerne les faits divers. Ce n’est pas de l’actualité et on ne comprend jamais vraiment pourquoi l’un va attirer l’attention des médias plutôt qu’un autre qui passera totalement inaperçu. Il en est cependant que l’on ne peut pas totalement ignorer. Ce fut le cas notamment de l’affaire Omar Raddad, sujet du dernier film de Roschdy Zem, Omar m’a Tuer.

24 juin 1991, Ghislaine Marchal est retrouvée morte assassinée. Sur la porte de la cave où elle s’est barricadée, elle semble avoir utilisé ses dernières forces pour inscrire avec son sang « Omar m’a Tuer ». Omar, c’est son jardinier, à son service depuis de longues années. Marocain, sachant assez mal parler français, il est arrêté mais ne cesse de clamer son innocence. Il sera condamné après une enquête qui a, volontairement ou non, écarté tous les éléments à décharge. C’est pourquoi, l’écrivain Pierre-Emmanuel Vaugrenard se décide à écrire un livre sous forme de contre-enquête.

Omar m’a Tuer est un film, une reconstitution, non une documentaire. Il prend un parti évident, même si la démarche de Roschdy Zem était très certainement animée de la volonté de rétablir enfin une vérité que la justice semble vouloir nier. Mais comme toute œuvre de fiction, elle n’est certainement pas totalement fidèle à la réalité et ce n’est pas à elle de rendre un verdict… même si objectivement, toute cette affaire est quand même troublante et ce n’est pas nouveau.

Le moins que l’on puisse dire c’est que les faits tels qu’ils sont présentés ici sont vraiment convaincants. Omar m’a Tuer rappelle furieusement le JFK d’Oliver Stone. Un film à thèse, mais qui emporte l’adhésion du spectateur. En plus, le film est court, moins de une heure et demi, va droit au but, se concentre sur le faits et s’il cherche à nous faire découvrir l’homme qu’est Omar Raddad, il ne tombe jamais dans un pathos interminable et lourdingue. Centré autour de son personnage, le film nous le présente en oubliant jamais de faire avancer l’intrigue…même si la fin (pour l’instant provisoire?) est connue.

Le travail de reconstitution est vraiment impressionnant. Évidemment, j’ignore si tous les faits présenté sont véridiques, mais au moins Roschdy Zem n’a pas fait l’impasse sur le travail de recherche et étaye son propos de manière remarquable. Peut-être a-t-il passé certains éléments sous silence, mais encore une fois, il ne faut pas non plus demander trop à une fiction qui porte forcément sa part de subjectivité.

omarmatuerLa réussite de Omar m’a Tuer tient aussi de la manière magistrale dont les acteurs sont entrés dans leurs personnages. La ressemblance physique de Sami Bouajila avec Omar Raddad porte la marque des grands acteurs. Il est possible qu’après ce rôle sa carrière prenne une autre ampleur. Il ne faut pas non plus oublier la manière dont Maurice Bénichou arrive à ressembler à Jacques Verges. Par contre, Denis Podalydes ne ressemble qu’à lui-même puisque son personnage n’existe pas dans la réalité, même s’il est largement inspiré de Jean-Marie Rouart qui a écrit un ouvrage similaire à celui que le film prête au dénommé Pierre-Emmanuel Vaugrenard. Enfin, on ne va pas le lui reprocher, car il a prouvé récemment avec la Conquête qu’il savait aussi se transformer physiquement pour un rôle et entrer parfaitement dans la peau d’un homme connu.

Omar m’a Tuer est donc un film remarquable sur la forme. Sur le fond, il est difficile de ne pas être convaincu par la démonstration, même s’il faut toujours se méfier des vérités qui semblent évidentes. Ce que les enquêteurs n’ont visiblement pas fait…

Fiche technique :
Production : Tessalit Productions, Mars Films, France 2 Cinéma, Hole in one Films
Distribution : Mars Distribution
Réalisation : Roschdy Zem
Scénario : Olivier Gorce, Roschdy Zem
Montage : Monica Coleman
Photo : Jérôme Almeras
Format : 35mm
Décors : François Emmanuelli
Son : Brigitte Taillandier
Musique : Alexandre Azaria
Durée : 85 mn

Casting :
Sami Bouajila : Omar Raddad
Denis Podalydès : Pierre-Emmanuel Vaugrenard
Maurice Benichou : Jacques Vergès
Nozha Khouadra : Latifa
Salomé Stevenin : Maud
Ludovic Berthillot : Enrique

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