SWITCH : Un scénario en bois…

switchafficheLe cinéma français nous a livré ces derniers mois des polars plutôt musclés et plutôt réussis. On citera notamment A Bout Portant et la Proie. Et c’est plutôt une bonne nouvelle, parce que bon, Julie Lescaut, ça va bien cinq minutes. Switch voulait s’inscrire dans cette même lignée. Avec un scénario signé Jean-Baptiste Grangé, on pouvait se dire que l’objectif avait toutes les chances d’être atteint. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on en est loin… Très loin…

Sophie Malaterre est une Québecoise qui traverse une mauvaise passe. Pas de boulot, pas de mec, pas d’argent pour partir en vacances… Jusqu’à ce qu’on lui conseille le site switch.com, un site internet d’échange d’appartements. En quelques clics, elle réussit à troquer pour le mois d’août sa petite maison au bord du St Laurent contre un appartement avec jardin et vue sur la Tour Eiffel. Arrivée à Paris, les premières 24h ressemblent à un rêve… avant que tout ne tourne au cauchemar.

Switch est un gros navet pour une seule et unique raison : un scénario en bois… C’est bien surprenant venant d’un maître français du polar, au moins littéraire, mais c’est comme ça. S’il y a une notion qui échappe totalement à cette histoire, c’est celle de la crédibilité. Elle est absente de la première à la dernière seconde. On veut bien être magnanime pour ce qui est du réalisme quand on va au cinéma, mais il existe quand même des limites à ne pas dépasser. Croire aux évènements relatés dans ce film tient de la candeur la plus absolue.

Premier exemple. Dans Switch, la police française affronte un terrible ennemi, qui vient contrarier toutes ses investigations et la réduire à l’impuissance : le mois d’août ! Alors certes, beaucoup de gens sont en vacances, tout demande un peu plus de temps, mais ceci est totalement surexploité par ce scénario. En fait, cela devient la parade magique à toutes les faiblesses, et dieu qu’elles sont nombreuses, de cette histoire. A chaque fois que la police cherche à faire quelque chose qui, dans un monde juste un tantinet réaliste, mettrait fin à cette intrigue fumeuse en deux secondes, on se heurte au même « ah mais oui, ça ne va pas être possible, on est au mois d’août… » . La première fois, ça peut passer, la quinzième, on se demande de qui on se moque.

L’autre énormité vient du personnage de Sophie, jeune Québécoise, censée être une simple graphiste… Je ne sais pas ce qu’ils apprennent dans les écoles d’art canadienne, mais visiblement cela tient de l’entraînement paramilitaire de très haut niveau. Le quidam obligé de se muer en super-héros pour survivre ou sauver celui ou celle qu’il aime est ultra classique. Sauf que généralement, justement, ce genre d’histoire s’appuie sur la maladresse du personnage. Dans Switch, la police n’arrête pas de répéter « Ca se voit que c’est une professionnelle… »… sauf qu’elle ne l’est pas du tout, mais semble capable de mettre une raclée à James Bond. Par contre, si elle est capable de sauter d’une fenêtre à une autre comme Jason Bourne, elle n’est guère maligne et ne pense même pas à donner le nom et l’adresse de gens qui la connaissent, genre sa mère, pour prouver son identité.

switchDernier grief, la linéarité du scénario. Avec un tel titre, on s’attend à ce que Switch se termine par un twist final… Et bien non pas du tout… Aucun rebondissement final n’est programmé et le tout se termine de manière abrupte et totalement prévisible. Même l’explication du pourquoi du comment est visible de très loin et arrive avec de gros sabots à clochettes.

Et c’est vraiment dommage qu’un scénario aussi navrant vienne gâcher le très bon travail sur la mise en forme. En effet, l’histoire est ridicule, mais rythmée. Les scènes d’action sont parfaitement exécutées et très spectaculaires. On retiendra notamment une très belle poursuite à pied à travers les jardins de la zone pavillonnaire de Rueil-Malmaison. Les acteurs n’ont absolument rien à se reprocher. Eric Cantona est très bon et livre une performance propre et professionnelle. A ses côtés, Karine Vanasse s’en sort elle aussi très bien. On notera surtout sa superbe poitrine qu’elle exhibe à deux occasions, ce qui représente peut-être au final le seul réel intérêt de ce film.

Switch est plombé irrémédiablement par un scénario d’une médiocrité invraisemblable, où rien n’incite le spectateur à croire à la plausibilité de l’histoire.

Fiche technique :
Réalisation : Frédéric Schoendoerffer
Scénario : Jean-Christophe Grangé (scénario original, adaptation et dialogues) et Frédéric Schoendoerffer (adaptation et dialogues)
Images : Vincent Gallot
Musique : Bruno Coulais
Production : Carcharodon, L&G
Durée : 100 minutes

Casting :
Karine Vanasse : Sophie Malaterre
Éric Cantona : Damien Forgeat
Mehdi Nebbou : Stéphane Defer
Aurélien Recoing : Delors
Karina Testa : Bénédicte Serteaux
Bruno Todeschini : Verdier
Stéphan Guérin-Tillié : Policier, 3ème de groupe
Maxim Roy : Claire Marras
Karim Saleh : Kourosh
Jacob Desvarieux : Pat

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