LE DOULOS : Un film en avance sur son temps

ledoulosafficheLa tradition du film noir de notre pays est profonde et se perpétue aujourd’hui encore, avec plus ou moins de bonheur. Elle doit son essor en particulier à un homme, Jean-Pierre Melville. De 1945 à 1972, il a fait tourner les plus grands dans des rôles inoubliables : Lino Ventura dans l’Armée des Ombres, Bourvil dans le Cercle Rouge, Alain Delon dans le Samouraï. Et puis, Jean-Paul Belmondo dans le Doulos.

Maurice Faugel sort de prison et pour se venger de l’assassinat de sa femme, il abat le recéleur Gilbert Varnove en lui volant argent et bijou. Le lendemain, il prépare un casse avec son ami Silien qui lui apporte du matériel pour ouvrir un coffre dans un hôtel particulier. Pourtant, on lui a dit de se méfier de lui car il a la réputation d’être un doulos, c’est à dire un informateur de la police.

Le Doulos est un film noir étonnamment moderne par bien des aspects. Il confirme tout le génie de Jean-Pierre Melville, un des réalisateurs en avance sur son temps et qui a vraiment inventé le cinéma. Le scénario déjà est complexe, avec des personnages dont on ignore les réels intentions, des rebondissements et un retournement de situation final. Les truands sont à la fois les méchants et les gentils de cette histoire où rien n’est blanc, ni noir. Si l’ambiguïté est une qualité encore aujourd’hui remarquable, elle l’était d’autant plus en 1963, où le spectateur n’avait pas forcément l’habitude d’être pris ainsi à contre-pied.

Le Doulos est aussi visuellement audacieux. Bien sûr, cela se joue dans quelques détails qui font sourire aujourd’hui, mais dans le contexte, il fallait oser. Déjà, on peut apercevoir la poitrine d’une femme nue allongée dans lit après une nuit d’amour. Bon désormais, c’est le coït que l’on nous montre, parfois en détail, mais à l’époque, on en était très loin. Autre détail, au cours du film, on assiste à beaucoup de morts par balles et comme à l’habitude à cette époque, aucune goutte de sang ne coule. Mais lors des dernières minutes, lors de l’ultime rebondissement, un filet d’hémoglobine sera visible, pour souligner le caractère dramatique de la scène. C’est presque anodin, mais cela représentait une vraie transgression des codes alors en vigueur.

ledoulosLe Doulos reste tout de même un film de son temps. Un film d’hommes, un film d’acteurs, mais manque parfois un peu de rythme et d’intensité par rapport aux productions actuelles. Mais on peut simplement y voir le témoignage d’un 7ème art qui se concentrait à l’époque sur l’essentiel, sur le cœur de l’histoire et non sur des scènes purement spectaculaires. Cela donne une légère impression de naïveté à ce film, même si, on vient le voir, Jean-Pierre Melville avait alors fait son maximum pour conserver un certain réalisme.

Le Doulos est enfin l’occasion d’admirer deux formidables acteurs au sommet de leur carrière. Jean-Paul Belmondo bien sûr, des décennies avant de briller avant tout par son yorkshire. On retrouve dans ce film tout le charisme qui a fait de lui un des plus grandes stars de l’histoire du cinéma hexagonal. A ses côtés, Serge Reggiani nous rappelle quel comédien il fut, même si sa carrière a connu beaucoup de seconds rôles. Là encore, beaucoup de sobriété dans le jeu, mais une présence à l’écran réellement impressionnante.

Le Doulos constitue donc un grand classique du cinéma français. Un des grands films de Jean-Pierre Melville, même si l’histoire en a surtout retenu d’autres. Mais la carrière de ce réalisateur fut si riche, qu’elle ne compte que des films d’exception.

Fiche technique :
Réalisation : Jean-Pierre Melville
1er Assistant réalisateur : Volker Schloendorff
Scénario, adaptation et dialogues : J.-P. Melville, d’après le roman de Pierre Lesou
Production : Carlo Ponti et Georges de Beauregard pour Rome-Paris Films
Publicité de la production : Bertrand Tavernier
Décors : Daniel Guéret
Photographie : Nicolas Hayer
Musique : Paul Misraki, en collaboration avec Jacques Loussier (piano-bar)
Direction d’orchestre : Jacques Metehon
Montage : Monique Bonnot
Genre : policier
Noir et blanc
Durée : 110 minutes
Sortie : 13 décembre 1962 (Italie), 8 février 1963 (France).

Casting :
Jean-Paul Belmondo : Silien
Serge Reggiani : Maurice Faugel
Jean Desailly : le commissaire Clain
Fabienne Dali : Fabienne
Michel Piccoli : Nuttheccio
René Lefèvre : Gilbert Varnove
Marcel Cuvelier : le premier inspecteur
Jack Léonard : le deuxième inspecteur
Aimé de March : Jean
Monique Hennessy : Thérèse

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