LE MOINE : Le Moine est fait

lemoineafficheDominik Moll est le champion du thriller psychologique à la française. Son Harry, un ami qui vous veut du bien avait fortement marqué les esprits et demeure encore aujourd’hui un de mes films préférés. Depuis ces productions sont peut-être passées plus inaperçues, mais je fais partie de ceux qui les attendent encore avec impatience. Le voir mettre en scène Vincent Cassel dans le Moine paraissait donc particulièrement prometteur. Mais le résultat est inégal, malgré d’incontestables qualités.

Frère Ambrosio force l’admiration de toute la région par la vigueur de ses prêches et la rigueur de sa foi. Un jour, un jeune novice est accepté au monastère. Défiguré par un incendie, il porte constamment un masque. Il porte surtout un secret que Frère Ambrosio va finir par découvrir et qui va ébranler ses convictions.

Le Moine porte la pate d’un vrai cinéaste, maître de son art aussi bien techniquement qu’artistiquement. Une photographie élégante, un sens du rythme, une capacité à dévoiler les mystères dans un parfait équilibre entre la lenteur qui tient en haleine et une avancée constante de l’intrigue. Dans la forme donc, rien à dire. On est là face à une œuvre aboutie, élégante et maîtrisée. Rien que pour ça, ce film tranche avec la majorité des films français qui négligent bien trop souvent ces aspects-là.

Le fond, par contre, est plus inégal. Le scénario arrive tout de même à nous intriguer et à maintenir l’intérêt du spectateur du début à la fin. Par contre, certains rebondissements laissent circonspects et même si on a envie de savoir où cela va nous mener, on n’est pas toujours franchement convaincu par le chemin emprunté. Heureusement, la dernière pirouette en surprendra plus d’un (en tout cas, cela a parfaitement fonctionné pour moi) et donne un sens général au film, qui nous permet de quitter la salle sur une impression plutôt positive.

lemoineL’histoire nous plonge dans l’univers feutré d’un monastère et au cœur de la mysticité chrétienne. Le ressort est somme toute classique et pas forcément très surprenant. C’est une des limites du Moine, qui n’emmène jamais le spectateur sur des chemins inconnus et originaux. Le début du film nous rappelle parfois le Nom de la Rose, même si les histoires finiront par prendre des voies très différentes. On n’est jamais réellement déstabilisé et c’est ce qui explique que ce film ne dépasse jamais le stade de l’intérêt pour entre dans le réellement passionnant.

Vincent Cassel est comme à son habitude impeccable et charismatique. Il a peut-être quelque peu tendance à imposer son jeu à son personnage et non l’inverse. C’est parfois le défaut des grands acteurs, mais son immense talent nous permet de lui pardonner aisément. Il est secondé dans ce film par deux jeunes actrices, Joséphine Japy et Déborah François (César du Meilleur Espoir Féminin en 2008 pour le Premier Jour du Reste de ta Vie), qui emplissent leur rôle sans être totalement éclipsée par leur brillant partenaire. Et ce n’est pas donné à tout le monde. On ne crie pas au génie, mais on voit là tout de même la vraie capacité de Dominik Moll à diriger ses acteurs. Enfin, on retrouve comme dans tous les films de ce réalisateur, Sergi Lopez dont l’apparition est courte, mais encore une fois, fort remarquée.

Le Moine ne constitue donc pas le meilleur film de Dominik Moll, mais une telle concentration de talent ne pouvait donner un résultat foncièrement mauvais.

Fiche technique :
Production : Diaphana Films
Distribution : Diaphana Distribution
Réalisation : Dominik Moll
Scénario : Dominik Moll, Anne-Louise Trividic, D’après l’oeuvre de Matthew G. Lewis
Montage : François Gédigier, Sylvie Lager
Photo : Patrick Blossier
Décors : Antxón Gómez
Son : François Maurel
Musique : Alberto Iglesias
Durée : 101 mn

Casting :
Vincent Cassel : Ambrosio
Catherine Mouchet : Elvire
Sergi Lopez : le débauché
Géraldine Chaplin : l abbesse
Déborah François : la jeune fille
Jordi Dauder : père Miguel
Roxane Duran : Soeur Agnès
Joséphine Japy : Antonia

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