UN ENFANT DE LA BALLE (John Irving): Un savoureux voyage, parfaitement guidé

unenfantdelaballeL’Inde constitue en elle-même un monde à part, qui ne possède pas d’équivalent sur cette planète. S’y rendre constitue un tel choc que certaines personnes ne s’en remettent pas et pètent radicalement les plombs. On parle de « choc de l’Inde », qui est considéré comme un syndrome médical à part entière. Un Enfant de la Balle nous y emmène et nous fait découvrir certains aspects les plus étranges de cette société. Et quand le voyage se fait sous la plume de John Irving, le voyage est particulièrement délicieux.

Le Docteur Farokh Daruwalla est un chirurgien orthopédiste, né en Inde mais exerce désormais au Canada. Mais du coup, dans chacun de ces pays, il est vu comme un étranger. Un jour, à Bombay, un meurtre est commis sur le terrain de golf du club qu’il a pour habitude de fréquenter. Un crime qui va le renvoyer à son passé et faire ressurgir de nombreux personnages qu’il a eu l’occasion de croiser au cours de son existence.

Un Enfant de la Balle aurait pu être un roman policier pur et dur. Mais l’enquête policière n’y constitue qu’un prétexte à un vagabondage au cœur de l’Inde et une galerie de portraits haute en couleur et particulièrement dépaysante. Le début du roman peut d’ailleurs quelque peu rebuter par une richesse qui nous saute à la gorge, tant les éléments nous sont présentés sans aucuns liens visibles entre eux. Mais peu à peu, les pièces du puzzle finiront pas s’assembler et dessiner une intrigue cohérente.

Un Enfant de la Balle se caractérise donc avant tout par la richesse de son contenu. Acteurs de Bollywood, travestis, artistes de cirques, nain chauffeur de taxi… autant de personnages qui ne pourraient guère exister ailleurs, mais qui se mélangent ici sans problème, dans ce pays où tous nos repaires d’Occidentaux disparaissent. Mais comme cette histoire nous est racontée au travers d’un personnage, naviguant entre deux univers, on ne se sent jamais longtemps perdu. Les singularités de la société indienne sont vraiment considérées comme telles et ne nous sont pas présentées sans ménagement.

Reste l’intrigue principale. Comme je l’ai dit plus haut, elle constitue surtout un prétexte permettant entre les lieux et les époques. Et il faut bien admettre qu’elle n’est pas forcément passionnante par elle-même. Bien sûr, l’intérêt est ailleurs, mais elle aurait pu rendre Un Enfant de la Balle définitivement génial. Je cherche sans doute la petite bête et c’est bien plus un constat qu’un réel regret, tant ce livre reste fascinant et réellement original. La perfection n’est pas de ce monde et ce roman s’en rapproche déjà beaucoup plus que la plupart de ceux peuplant les étals des librairies.

Ce livre n’aurait jamais pu être écrit par un auteur moins solide et talentueux que John Irving. Il fallait une plume de ce calibre pour ne pas se sentir noyé dans une telle richesse, dans un voyage qui nous emmène si loin de tout ce que l’on connaît. Il fallait un style aussi affirmé pour nous faire oublier si vite le caractère fondamentalement atypique des personnages et pour les rendre aussi attachants. Bref, Un Enfant de la Balle n’aurait pas pu naître de l’esprit d’un lapin de deux semaines, à moins de ressembler à une bouillie quelque peu indigeste. On est donc heureux que le plat nous soit livré par un des phares de la littérature américaine contemporaine.

Un Enfant de la Balle est donc à conseiller à tous ceux qui aiment les voyages sortant de l’ordinaire, et de très loin ! Mais avec un guide comme John Irving, on a très vite envie de repartir.

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