LA PIEL QUE HABITO : Le Almodovar ultime

lapielquehabitoaffichePedro Almodovar est sans doute le réalisateur non-anglo-saxon en activité le plus connu de par le monde. Ses films sont toujours très attendus et je fais partie de ceux qui les considèrent comme des évènements. Pourtant certaines de ces dernières œuvres m’avaient quelque peu déçues, notamment La Mauvaise Education et Etreintes Brisées, car je trouvais qu’il y ressassait quelque peu toujours les mêmes thèmes et les mêmes obsessions. J’attendais donc avec une certaine appréhension La Piel que Habito.

Le docteur Robert Ledgard est un des plus grands spécialistes mondiaux de la greffe de peau. Il se consacre avec d’autant plus d’ardeur à son travail que sa propre femme est morte des suite de ses brûlures. Il a mis au point un peu synthétique qui pourrait révolutionner la médecine. Mais ce qu’il ne peut avouer, c’est qu’il l’a testé sur une mystérieuse cobaye qui reste cloîtrée chez lui.

La Piel que Habito est peut-être le meilleur scénario que Pedro Almodovar n’ait jamais écrit. Ce film pourra être cité comme un des modèles de rebondissement qui change toute la perspective du film d’un seul coup. Ce n’est pas tout à fait Le Sixième Sens ou Usual Suspects, le revirement étant moins brutal et moins proche de la fin. On peut comprendre de quoi il en retourne plus ou moins tôt, mais au moment où cela arrive, on en reste comme deux ronds de flan.

La Piel que Habito possède par ailleurs toutes les qualités habituelles d’un film de Pedro Almodovar. C’est ce qui en fait réellement un film d’exception. On y retrouve ses personnages incomparables. Incomparablement torturés diront certains, mais au moins sont-ils particulièrement marquants. On est toujours partagé entre fascination, sympathie et dégoût. Du coup, on cherche à approfondir nos propres sentiments vis à vis des protagonistes, ce qui nous pousse à entrer de plus en plus loin dans l’histoire. Mais au cours du scénario, les rebondissements nous feront changer d’avis à plusieurs reprises.

Pedro Almodovar a encore puisé dans bien de ses thèmes favoris pour écrire La Piel que Habio, certains surgissant d’ailleurs de manières très inattendues. Mais cette fois, je lui pardonne totalement tant tous ces éléments s’arrangent cette fois de manière inédite et particulièrement fascinante. Ce film peut vraiment surprendre même les plus grands fans du réalisateur espagnol, tout en les ravissant puisqu’on y retrouve tout ce qui a toujours fait son succès. Se renouveler en exploitant ce que l’on fait de mieux, voilà la marque des grands !

lapielquehabitoLa Piel que Habito nous offre également une réalisation et une photographie sublime. C’est sûrement là que l’on mesure le mieux combien un excellent scénario ne pourra jamais remplacer un grand cinéaste. Chaque scène, chaque plan est une perfection visuelle, sans que l’on ne mesure jamais vraiment pourquoi. Pedro Almodovar ne donne pas dans l’esbroufe et les effets de caméra spectaculaires. Il n’est pas Gaspar Noe ou Daren Aronofsky. N’empêche que chacun de ses films n’aurait pu être réalisé par un autre, celui là ne faisant pas exception.

La Piel que Habito offre un de ses plus grand rôle à Antonio Banderas. 22 ans après Attache-moi, il retrouve avec un immense bonheur Pedro Almodovar. Bonheur pour les spectateurs avant tout ! On a parfois du mal à se dire qu’il a 22 ans de plus, tant il est bien conservé, mais cet acteur a incontestablement acquis un charisme que seule la maturité peut accorder. Mais le reste du casting n’a pas à rougir de la comparaison. On peut une nouvelle fois mesurer l’incomparable talent du réalisateur espagnol pour la direction d’acteurs.

Au moment des remises de prix de fin d’année, La Piel que Habito figurera sûrement dans les premières places de bien des palmarès. Du mien en tout cas, cela est certain !

Fiche technique :
Production : El Deseo
Réalisation : Pedro Almodovar
Scénario : Pedro Almodovar, d’après
Montage : José Salcedo
Photo : José Luis Alcaine
Distribution : Pathé Films
Son : Pelayo Gutirrez
Musique : Alberto Iglesias
Durée : 120 mn

Casting :
Antonio Banderas : Robert Ledgard
Elena Anaya : Vera
Marisa Paredes : Marilia
Jan Cornet : Vicente
Roberto Alamo : Zeca
Blanca Suarez : Norma
Eduard Fernandez : Fulgencio

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