RESTLESS : Le bonheur et la joie malgré tout

restlessafficheGus Van Sant est un réalisateur qui laisse difficilement indifférent. Enfin, en tout cas, il ne me laisse pas indifférent. Autant j’ai pu adorer Prête à Tout ou Harvey Milk, autant j’ai détesté Elephant, pourtant Palme d’Or, ou Paranoïd Park. Alors quand un de ses films sort sur nos écrans, on est partagé entre excitation et appréhension. Surtout que le sujet de Restless pouvait laisser entrevoir le pire comme le meilleur. Heureusement, il penche plutôt vers le second.

Enoch éprouve une étrange fascination pour les enterrements depuis la mort de ses parents dans un accident de voiture. A l’un d’entre eux, il croisera Annabel, qui est immédiatement attirée par ce jeune homme lunaire et taciturne, qui a pour confident un ami imaginaire, mort en kamikaze pendant la Seconde Guerre Mondiale. Une relation intense va se nouer entre ces deux adolescents quelque peu hors normes. Surtout qu’Annabel a une tumeur au cerveau et n’a plus que quelques semaines à vivre.

On le voit tout de suite, Restless traite d’un sujet plutôt grave et qui ne prête guère à sourire. Pourtant, comme pour le fabuleux la Guerre est Déclarée, ce film est avant tout un film plein d’optimisme, de joie de vivre, même quand la vie est courte, d’énergie et tout simplement d’amour. On sourit, on rit, bien plus que l’on ne pleure. Après tout, le dénouement tragique est évident et Gus Van Sant ne s’y attarde pas, ne cherche pas à créer de tension autour de lui. Au contraire, il se focalise sur cette envie dévorante de savourer et de vivre chaque seconde intensément. Une envie remarquablement communicative.

Restless n’est cependant pas un film parfait. Il a quelque part les défauts de ses qualités. Car cette mort annoncée crée une réelle émotion, mais une émotion très facile. Gus Van Sant fait tout pour s’en détacher, mais ceci est trop au cœur de l’histoire pour que cela soit totalement possible. Si les personnages sont particulièrement originaux, on se dit quand même qu’un des ressorts principaux de l’intrigue est un peu trop gros pour être totalement convaincant. L’aspect dramatique de ce film, qui est, et j’insiste bien sur ce point, secondaire, est donc nettement moins intéressant et original que le reste.

Mais globalement, on arrive à faire abstraction de tout cela et on entre profondément dans cette histoire. Ce sont les deux personnages qui finissent par nous donner envie d’y croire. Des personnages de cinéma certes, mais terriblement attachants, que l’on a envie d’aimer, que l’on envie de voir s’aimer. Restless reste avant tout une très belle histoire d’amour, trop belle pour être vraiment triste. On se laisse parfois aller à espérer un happy end, une guérison miraculeuse ou un traitement révolutionnaire. On partage les moments de colère de Enoch face à l’inexorable. Mais il se dégage trop de choses positives de ce film pour nous laisser de vrais regrets.

restlessLa caméra de Gus Van Sant reste une des plus élégantes. Elle l’a souvent trop été à mon goût, dans certains films où le réalisateur américain oubliait quelque peu le fond au profit exclusif de la forme. Il n’en est rien dans Restless, où il laisse de côté les effets de style pour une réalisation sobre et lumineuse, au service de son histoire et de ses acteurs.

Le duo Mia Wasikowska – Henry Hopper est à la hauteur de l’ambition de ce film. La première, l’Alice de Tim Burton, tient Restless sur ses épaules avec un talent, un charme et un aplomb formidable pour une actrice aussi jeune. Son interprétation remarquable de justesse contribue fortement à faire de ce film un message avant tout optimiste. Le second est le fils de Denis Hopper, auquel le film est dédié. Il est encore trop tôt pour savoir s’il marchera sur les traces de son père, mais on a connu de pires débuts. Il ne possède peut-être pas encore le charisme de sa partenaire, mais il n’en reste pas moins qu’on tient là un très beau premier rôle.

Restless constitue donc un vrai beau moment de cinéma, loin du pathos que l’on pouvait craindre. Certes ficelles narratives sont peut-être un peu grosses, mais on a tant envie d’y croire que l’on passe outre sans aucun problème.

Fiche technique :
Production : Imagine Entertainment, Columbia pictures
Réalisation : Gus Van Sant
Scénario : Jason Lew
Montage : Elliot Graham
Photo : Harris Savides
Décors : Anne Ross
Distribution : Sony Pictures Releasing France
Musique : Danny Elfman
Durée : 91 mn

Casting :
Henry Hopper : Enoch
Mia Wasikowska : Annabel
Ryo Kase : Hiroshi
Schuyler Fisk : Elizabeth
Jane Adams : Mabel
Lusia Strus : Rachel
Chin Han : Dr Lee

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