RIEN NE VAUT UNE TRAGEDIE GRECQUE

papandreou_sarkozy_merkelLe feuilleton à rebondissements écrit par le célèbre auteur grec George Papandreou a passionné le monde entier toute cette dernière semaine. Mais si le public était au rendez-vous, les critiques ont été nombreuses. Il est vrai que cette œuvre reste inclassable et on ne sait pas encore si on doit la ranger dans la catégorie comédie ou drame. En attendant, cette tragi-comédie donc met en exergue deux enseignements majeurs sur l’état de la scène européenne.

Déjà, on peut s’étonner qu’au fond, tout cela prenne autant d’importance. En effet, l’économie grecque n’est qu’une goutte d’eau dans l’océan de l’UE. C’est d’ailleurs bien le problème car sa capacité à créer de la valeur ajoutée est extrêmement limitée. On ne fait pas vivre un pays occidental avec le tourisme et l’huile d’olive. Tout y est à construire, aussi bien au niveau des infrastructures productives que d’une force publique efficace. Et pourtant, toute l’Europe tremble, c’est dire à quel point l’économie européenne s’apparente plus à un grand chaos qu’à une économie structurée.

La construction d’une vraie gouvernance européenne est de plus en plus urgente. La prise de conscience est générale et affichée dans tous les bords politiques. Le problème est que cela s’apparente plus à une phrase que l’on se répète à loisir pour se rassurer. Car si cela éviterait de retomber dans les mêmes travers à l’avenir, cela n’apporterait qu’une réponse très partielle aux difficultés les plus immédiates. Au mieux, cela faciliterait l’émergence d’un début de sortie de crise, mais qui reste à ce jour à inventer.

George Papandreou a réussi à faire trembler l’Europe entière avec un mot : referendum. Cette panique soudaine montre à quel point la construction de l’Europe en tant qu’espace économique échappe de plus en plus aux processus démocratiques classiques. On tremble désormais à l’idée de demander leur avis aux peuples… On a pu s’amuser des réactions de certains politiques, gênés aux entournures, ne pouvant décemment pas nier au peuple grec le droit de s’exprimer sur une question qui engage durablement leur avenir, mais tout en ayant une trouille bleue que cela aboutisse à une réponse contraire à leurs intérêts.

Objectivement, ils ont raison. Tout simplement parce l’Union Européenne s’est tellement éloignée des citoyens, le fonctionnement même d’économies totalement esclaves de la finance est devenu tellement nébuleux, que ce qui devrait être source de la plus grande légitimité devient menaçant pour des processus qui n’en ont aucune. Et c’est sans doute là le plus gros effort à fournir, bien plus que les efforts budgétaires. Il faut arriver à refaire de la construction européenne un facteur d’espoir pour les peuples et que ces mécanismes soient à nouveau totalement appropriés.

Je dis bien à nouveau. Quand j’étais enfant, j’imaginais, moi et mes copains, qu’un jour il y aurait une équipe de foot de la CEE, car, pour nous, c’est un seul et grand pays qui était en train de se construire. Nous étions trop jeunes pour savoir si cela représentait une bonne ou une mauvaise chose, mais elle nous semblait naturelle et inexorable. Mais je doute fort que les enfants d’aujourd’hui soient habités par ces mêmes idée naïves, mais qui auraient pu servir de base à un vrai sentiment d’appartenance à un grand et beau projet.

Dans tous films d’aventures, il y a un moment où tout espoir semble perdu. La construction européenne est une formidable aventure. Je suis peut-être trop cinéphile, mais je n’ai pas encore perdu espoir qu’elle se termine un jour par un beau happy-end hollywoodien.

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