CONTAGION : Soderbergh fidèle à lui-même

contagionafficheOn a tendance à l’oublier, mais Steven Soderbergh a marqué à jamais l’histoire du cinéma. En effet, son film Sexe, Mensonges et Vidéo a remporté la Palme d’Or à Cannes en 1989 et l’Oscar du Meilleur Scénario l’année suivante. Ceci n’aurait rien de particulièrement étonnant s’il n’avait été produit par Miramax, première société de production américaine « indépendante » à remporter un tel succès. Vu de chez nous, ça n’a l’air de rien, mais à Hollywood, ce fut une vraie révolution… et un vrai sujet d’inquiétude. Depuis, le meilleur ami de Geroge Clooney a signé beaucoup de grands films, d’autres plus décevants (sa biographie du Che notamment), mais toujours des films élégants aux castings prestigieux. Contagion est le dernier de cette longue liste, pour un résultat plutôt réussi.

Une jeune femme revient d’un voyage en Asie. Elle a de la fièvre, elle tousse, elle est de plus en plus fatiguée. L’effet du décalage horaire sûrement. Quand elle perd connaissance, son mari la conduit à l’hôpital, mais elle décède peu après. Leur fils meurt lui aussi quelques heures plus tard. Un peu partout dans le monde les cas similaires se multiplient. Les services de santé se mobilisent pour une mortelle course contre la montre.

Contagion pourrait s’appeler « Traffic de virus », tant, sur la forme, ce film rappelle celui pour lequel Steven Soderbergh a reçu l’Oscar du meilleur réalisateur. Le scénario pose une situation de départ, celle d’un pandémie incroyablement virulente, et nous propose de suivre différents personnages et la manière dont ils font face à cette situation. Ces derniers n’ont pas forcément des liens entre eux, le fil qui le relie reste uniquement l’épidémie. Certes, ils leur arrivent de se croiser, mais jamais l’intrigue ne cherche à les rassembler. On est donc un peu devant un « film à sketchs », même si pour le coup, le sujet n’est pas drôle.

Et comme pour tous les films de ce genre, Contagion est forcément un peu inégal. Les histoires parallèles fonctionnent plus ou moins, sont plus ou moins convaincantes, plus ou moins crédibles. La foule de personnages nous inspire des sentiments divers, entre attachement et indifférence. Mais globalement, le puzzle est très réussi et les pièces sont à peu près toutes de qualité. Seul le fil avec Marion Cotillard ne présente franchement aucun intérêt. Les autres prouvent toutes une nouvelle fois la dextérité de Steven Soderbergh dans ce genre d’exercice.

Si le fil rouge général de Contagion reste la mobilisation mondiale contre la pandémie, il ne s’agit pas d’un film d’épidémie classique, type Alerte. Steven Soderbergh ne cherche pas spécialement à créer un suspense autour d’un remède miracle. La seule chose à laquelle ce film s’intéresse vraiment reste les destins individuels, la palette de réactions humaines face à une telle situation. Il n’y a pas vraiment de héros dans ce film, pas de gentils ou de méchants. Il y a ceux qui luttent, ceux qui profitent de la situation, ceux qui sont résignés à l’attente, ceux qui veulent sauver le monde, ceux qui veulent juste sauver leur fille. Mais jamais le film ne porte un jugement, il explore simplement ce dont les êtres humains sont capables face à de telles difficultés.

contagionLe tout est filmé par l’extraordinaire caméra de Steven Soderbergh. Il possède un vrai style visuel bien à lui, tout en élégance, avec un vrai sens esthétique et une photographique toujours hyper soignée. On pourrait simplement lui reprocher d’exposer une nouvelle fois un talent dont il a fait preuve déjà à maintes reprises. Contagion est un film très beau cinématographiquement, mais venant de ce réalisateur, sans vraie prise de risque. Enfin de là à dire que l’on se lasse, il y a un gouffre que ne suis pas prêt de franchir.

Contagion nous propose une nouvelle fois une casting incroyablement riche. On passera donc rapidement sur notre Marion Cotillard nationale qui n’apporte pas grand chose à ce film. On citera plutôt un Jude Law qui est un tout petit moins sexy avec des dents tordus, Laurence Fishburne, qui mérite mieux que les navets dans lesquels il tourne depuis Matrix et enfin Kate Winslet qui est sûrement la plus belle étoile de ce casting pourtant particulièrement brillant.

Contagion se situe donc dans la droite lignée du reste de l’œuvre de Steven Sorderbergh, même s’il ne constitue sûrement pas son film le plus inoubliable. Et vue la filmographie du bonhomme, voilà plutôt un beau compliment.

Fiche technique :
Production : Warner Bros. Pictures, Double Feature Films, Regency Enterprises, Participant Media, Imagenation Abu Dhabi
Distribution : Warner Bros. France
Réalisation : Steven Soderbergh
Scénario : Scott Z. Burns
Montage : Stephen Mirrione
Photo : Steven Soderbergh
Décors : Howard Cummings
Son : Mark Weingarten, Dennis Towns
Musique : Cliff Martinez
Effets spéciaux : Thomas J. Smith, John D. Milinac
Directeur artistique : Abdellah Baadil, Simon Dobbin, David Lazan
Durée : 106 mn

Casting :
Gwyneth Paltrow : Beth Emhoff
Matt Damon : Mitch Emhoff
Laurence Fishburne : Dr. Ellis Cheever
Jude Law : Alan Krumwiede
Marion Cotillard : Dr. Leonora Orantes
Kate Winslet : Dr. Erin Mears
Elliott Gould : Dr. Ian Sussman

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