LE HAVRE : Humanisme décalé

lehavreafficheJ’ai découvert Ari Kaurismaki un peu par hasard. Enfin, je l’aurais peut-être découvert de toute façon, mais j’avais reçu une invitation pour une avant-première mystère, c’est-à-dire sans savoir quel film j’allais voir, dans le cadre du label des spectateurs UGC. J’avais alors espéré qu’il s’agisse du Pianiste de Roman Polanski, mais j’avais eu la surprise d’assister à un film finlandais, l’Homme sans Passé. Je ne l’avais absolument pas regretté. J’ai donc été très heureux de le voir tourner à nouveau en France et nous proposer son nouveau film, Le Havre.

Marcel Marx est cireur de chaussures au Havre. Autant dire qu’il ne roule pas sur l’or. Heureusement, Arletty, sa femme, est là pour prendre soin de lui. Mais cette dernière tombe malade et doit être hospitalisée. Marcel va donc devoir se débrouiller seul. C’est alors qu’il croise le chemin d’Idrissa, immigré clandestin qui s’est échappé quand le reste de son groupe s’est fait arrêter sur le port, alors qu’ils tentaient de rejoindre Londres, cachés dans un conteneur. Il mettra alors tout en œuvre pour aider le jeune garçon.

Le Havre est une fable. Pour preuve son caractère intemporel. S’il renvoie à des évènements politiques très récents, notamment le démantèlement du camp de réfugiés de Sangatte, l’univers visuel, les objets, les habits nous revoient plutôt vers les années 60. Ari Kaurismaki a voulu ainsi donner un caractère plus universel à son film qui constitue un très beau moment d’humanisme. Un film sur la solidarité contre les logiques déshumanisées.

Le Havre est un film simple au message clair et direct. C’est ce qui en fait sa plus grande force, mais aussi sa plus grande limite. Pas d’esbroufe, mais une forme qui ne sublime pas son propos et se contente de le porter. Mais cette simplicité est aussi vecteur d’une grande poésie car elle crée un décalage complet par rapport aux canons du cinéma d’aujourd’hui, lui donnant un côté… décalé justement. En fait, c’est un peu comme si c’étaient les rapports humains et la solidarité qui étaient eux-mêmes décalés à notre époque.

On retrouve dans le Havre, ce qui fait le charme du cinéma d’Ari Kaurismaki. Un regard d’une grande tendresse sur le genre humain, ses forces et ses faiblesses. Il n’a pas son pareil pour rendre ses personnages attachants, en faisant toujours preuve d’un humour très subtil et souvent ironique. Ce film vaut autant pour son intrigue que pour la galerie de protagonistes souvent lunaires, mais qui ont toujours en eux quelque chose qui nous renvoie à nos voisins et évidemment à nous-mêmes.

lehavreUne seule chose m’a cependant quelque peu déranger dans Le Havre. C’est l’interprétation très particulière d’André Wilms. Ce vieux routier du cinéma français tient là un de ses rares premiers rôles. Il livre une performance décalée qui colle assez bien avec l’esprit du film, mais qui je trouve sonne souvent faux. Du coup, au lieu d’être lunaire, son personnage semble juste interprété par un très mauvais acteur. Ce qui n’est pourtant pas le cas.

Le reste du casting est par contre tout à fait à la hauteur, au premier rang duquel Jean-Pierre Daroussin. Il est égal à lui-même, ce qui ne constitue pas le dernier des compliments. Oui, bon, je sais j’ai déjà employé cette expression pour Ruppert Everett dans ma précédente critique. Mais que voulez-vous, elle est très pratique pour parler d’un très bon acteur qui est très bon.

Le Havre constitue donc une belle surprise de ce début d’année. Un joli moyen, très poétique, de nous rappeler à l’essentiel.
 
Fiche technique :
Production : Sputnik Oy, Pyramide productiond, Pandora film
Réalisation : Aki Kaurismäki
Scénario : Aki Kaurismäki
Montage : Timo Linnasalo
Photo : Timo Salminen
Décors : Wouter Zoon
Distribution : Pyramide distribution
Son : Tero Malmberg
Durée : 93 mn
 
Casting :
André Wilms : Marcel Marx
Kati Outinen : Arletty Marx
Jean-Pierre Darroussin : Inspecteur Monet
Blondin Miguel : Idrissa
Elina Salo : Claire
Evelyne Didi : Yvette
Quoc-Dung Nguyen : Chang
Jean-Pierre Léaud : le dénonciateur
Pierre Etaix : Dr Becker
Roberto Piazza : Little Bob

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