TRUST : Vous n’avez pas que des Friends sur le net…

trustaffichePercer au cinéma pour un acteur, après avoir été pendant des années la star d’une série télévisée n’est pas forcément chose facile et les exemples probants sont rares. Tout le monde n’est pas Bruce Willis qui veut. La série Friends a été un des plus grands succès de l’histoire du petit écran. Mais les six acteurs qui nous ont fait rire pendant dix ans ont quelque peu disparu. Même Jennifer Aniston qui semblait la mieux partie ne tourne plus guère. Alors pourquoi pas se reconvertir. C’est ce que vient de faire David Schwimmer, l’inoubliable Ross, en réalisant son deuxième film, Trust. Avec un sujet très loin du Central Perk…

Annie a 14 ans. Joueuse de volley, elle fréquente les chatrooms pour adolescents sur le sujet. Elle y fait la connaissance de Charlie, un lycéen avec qui elle noue une relation virtuelle. Ils discutent jour et nuit et s’attachent de plus en plus l’un à l’autre. Mais elle va se rendre compte peu à peu qu’il n’est pas vraiment ce qu’il prétend être…

Le synopsis que je viens d’exposer ne résume que les premières minutes du film. Trust n’est pas un film sur les dangers d’internet. La relation se terminera sur un drame et Trust porte essentiellement sur les conséquences de ce dernier pour la jeune fille et ses parents, individuellement et en tant que couple. Ce n’est pas non plus un film policier sur la traque d’un pervers pédophile. L’enquête ne joue qu’un rôle mineur et là encore, ce qui importe, c’est son impact sur la vie des protagonistes.

Trust est surtout remarquable d’intelligence. Le scénario explore beaucoup de directions et de thématiques. Pour chacune d’elle, le scénario sait mettre les barrière nécessaires et évitent toujours les pièges dans lesquels il aurait pu tomber. Les sujets autour de la justice, de la vengeance, de la culpabilité peuvent vraiment donner le pire et on l’a souvent vu. Ici, à chaque fois que le risque d’une telle dérive apparaît, le propos se conclut, évitant l’inutile, le superflu et le spectaculaire de mauvais goût.

Trust est donc impressionnant de maîtrise pour une second film. Surtout que le premier était une comédie pipi caca oubliée, Cours Toujours Dennis, dont la sortie est passée inaperçue et visiblement à raison. Il y a un changement radical de ton et David Schwimmer semble infiniment plus à l’aise dans ce sujet difficile qu’il a traité magistralement. Un film humain, poignant, dérangeant, dur parfois, mais jamais morbide ou voyeur. Bien sûr, on ne rigole pas beaucoup dans ce film, mais on ne s’ennuie jamais une seule seconde et on entre totalement dans cette histoire dès les premières minutes.

Le travail de David Schwimmer n’est pas remarquable que sur le traitement du sujet. Sa caméra est aussi pleine d’une subtilité pleine de promesse. On ne fait pas un si beau film par accident, mais grâce à un vrai talent, un vrai sens de l’image et de la mise en scène. Là encore, le résultat est particulièrement abouti, sans superflu, sans esbroufe. Le réalisateur a su trouver les limites qui fait de sa réalisation un serviteur de son sujet et non l’inverse.

trustLes seules vraies limites de Trust tient dans deux éléments. Tout d’abord, une scène finale qui est le seul petit moment de lourdeur du film. Le contenu est logique et ne pourrait vraiment être tout autre. Mais les dialogues prennent alors un aspect un peu artificiel, car personne dans la vraie vie vraie ne servirait ce genre de tirade. Enfin, après tout, cela reste du cinéma, même si le film cherche avant tout à être réaliste.

Enfin, Trust souffre des mêmes limites que celles du talent de Clive Owen. On savait l’Anglais très à l’aise dans des films d’action, moins dans des rôles aussi difficile. Il s’en sort globalement remarquablement bien, jusqu’à cette scène finale qui nous rappelle qu’il n’est pas le plus grand acteur que la Terre ait connu. Par contre, les performances de Catherine Keener et Liana Liberato sont irréprochables. On saluera notamment le courage de la jeune actrice d’affronter un rôle aussi difficile.

Trust est donc un film remarquable et surprenant, quand on connaît le C.V. de son réalisateur. Comme quoi, il faut toujours se méfier des apparences… Comme sur le net…

 
Fiche technique :
Production : Millennium Films, Nu Image, Dark Harbor Stories
Distribution : Metropolitan FilmExport
Réalisation : David Schwimmer
Scénario : Andy Bellin, Robert Festlinger
Montage : Douglas Crise
Photo : Andrzej Sekula
Décors : Michael Shaw
Musique : Nathan Larson
Directeur artistique : Kerry Sanders
Durée : 106 mn
Casting :
Clive Owen : Will
Catherine Keener : Lynn
Liana Liberato : Annie
Jason Clarke : Doug Tate
Viola Davis : Gail Friedman
Chris Henry Coffey : Charlie / Graham Weston
Noah Emmerich : Al Hart

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.