LES TUEURS : A l’origine du film noir

lestueursafficheLe flash-back est devenu une mode cinématographique tellement répandue qu’elle en devient exaspérante. C’est désormais quand un film commence vraiment par le début qu’on le remarque. Pourtant, cette frénésie ne doit pas nous faire oublier que cette technique, à une époque où elle paraissait encore innovante, a pu donner de très grands films. Peut-être même le plus grand de l’histoire, avec Citizen Kane, mais aussi d’autres classiques inoubliables comme les Tueurs de Robert Siodmak.

Dans une petite et paisible ville de l’Amérique profonde, débarquent deux tueurs à gage. Ils viennent pour tuer « le Suédois », gérant de la station service. Ce dernier, averti avant leur arrivée, ne cherchera même pas à fuir et se laissera exécuter. Jim Reardon, enquêteur pour la compagnie auprès de laquelle la victime avait souscrit une assurance-vie, va alors mener une investigation pour savoir pourquoi on en est arrivé là.

Les Tueurs est un grand classique du film noir, pour ne pas dire l’archétype. C’est aussi un film puzzle puisque l’enquête prend la forme de différents témoignages sur le passé de la victime, permettant de reconstituer peu à peu un tableau cohérent. Le tout s’achèvera par un vrai rebondissement. Bref, un film à la forme extrêmement moderne, pourtant sorti en 1946, dont on comprend  aisément qu’il ait profondément influencé l’histoire du 7ème art. Il constitue également l’apogée de la carrière de Robert Siodmark, également auteur du Corsaire Rouge.

Les Tueurs nous rappelle aussi qu’il était une époque où on ne pouvait être réalisateur sans un vrai sens artistique. C’était l’époque du noir et blanc, où le travail sur l’éclairage donnait sa personnalité à un film. Là aussi, on est devant un modèle du genre, avec des ambiances plus ou moins lumineuses selon le ton de la scène. Les ombres deviennent presque des acteurs à part entière et il se dégage de ce film une beauté esthétique remarquable. On peut bien sûr faire également de beaux films en couleur, mais le noir et blanc garde son charme si particulier, lorsqu’il est talentueusement exploité.

lestueursOn pourrait éventuellement reprocher à les Tueurs un manque d’originalité quant au fond du scénario. Il est vrai qu’il s’agit d’un film noir à l’intrigue somme toute classique, une histoire de truands, avec une femme au milieu. Mais il faut évidemment replacer les choses dans leur contexte et si ce n’est pas le premier film du genre de l’histoire du cinéma, on était encore à une époque où les codes et les archétypes étaient à inventer. Ce film se situe à l’aube de l’âge d’or hollywoodien des années 50 et 60 dont il peut revendiquer une parcelle de paternité.

Les Tueurs, c’est aussi un casting comme on n’en fait plus. Burt Lancaster – Ava Gardner, voilà un couple historique du 7ème art, à une époque où les effets spéciaux n’avaient pas encore dispensés les acteurs d’être expressifs. Il y a toujours cette impression de « surjeu », comme dans beaucoup de classique, mais il y’a un tel talent à l’écran que l’on n’y prête guère attention.

Les Tueurs est donc un classique qui doit figurer dans toutes les bonnes cinémathèques de cinéphile. Un de ces films qui ont inventé le cinéma et dont on ressent encore l’influence aujourd’hui.

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