LE POIDS DES MOTS

claudegueantCe soir, au 20h de France 2, lorsque l’on a interrogé Rachida Dati sur les propos polémiques de Claude Guéant, elle a commencé sa réponse par « Les Socialistes… ». On se demande vraiment ce que ces derniers venaient faire là. Cependant, cela venait en échos de « contrairement à la gauche,… » qui avait introduit les propos du Ministre de l’Intérieur. C’est bien la preuve que contrairement à ce qu’il a déclaré, il y a bien un calcul politique derrière tout ça. Surtout quand on connaît le public devant lequel ces propos ont été tenus, l’UNI, syndicat étudiant, qualifié pudiquement par les médias de « très à droite ».

Il y a dans les mots employés par Claude Géant une ambiguïté volontaire visant à brouiller les cartes. Car si on s’en tient à la deuxième partie de sa déclaration, on peut y voir la défense d’un modèle démocratique, humaniste, respectant la dignité des individus et l’égalité des sexes. Mais les termes « supérieures » et surtout « civilisation » cachent un sens beaucoup plus lourd et totalement abject.

Claude Guéant n’a pas dénoncé des modèles sociétaux inacceptables. Il a créé une échelle de valeur, sur laquelle il place l’Occident tout en haut. Peut-être que d’autres modèles sont, dans son esprit, tout aussi valables, mais cela n’a rien d’évident. La notion de supériorité renvoie surtout à des idéologies nauséabondes et cet emploi de vocabulaire n’a peut-être rien d’innocent. Il parle aux instincts les plus bas d’une partie de son électorat… et d’un électorat qu’il aimerait visiblement récupérer.

Enfin, le mot civilisation est sans doute ce qui fait définitivement basculé son propos dans l’inacceptable. En effet, il n’a pas parlé de régime politique ou de gouvernement. Il a employé un terme qui recouvre quelque chose de beaucoup plus large : la culture, l’art, le mode de vie, la langue, une certaine façon de penser… Une civilisation s’inscrit dans le temps et ne concerne pas que des élites au pouvoir, mais l’ensemble d’une population. Et là, on voit très bien ce à quoi son propos cherche à faire implicitement référence. Il est évident qu’il évoquait l’islam et le monde musulman.

Un discours contient ce que l’on dit clairement, explicitement. Puis, il y a les sous-entendus, les non-dits. Ces derniers seront plus ou moins bien perçus selon son auditoire. En prononçant son discours devant des membres de l’UNI, Claude Guéant savait très bien ce qu’ils allaient comprendre derrière ses propos. Maintenant qu’il l’assume et dise le fond de sa pensée au grand jour ! Mais c’est un pas qu’il n’ose pas encore franchir…

…mais il n’en pense pas moins !

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