LA TAUPE : Londres, nid d’espions

lataupeafficheJohn Le Carré est un auteur au style unique et et reconnaissable. Une écriture puissante, épaisse et d’une formidable densité. Des intrigues complexes dans lesquels les lecteurs sont plongés sans ménagement et de manière brutale. Bref une œuvre qu’on ne peut adapter fidèlement à l’écran sans un immense talent. Tomas Alfredson avait prouvé qu’il en avait à revendre avec Morse, petit bijou du cinéma européen (lamentablement adapté aux US sous le titre Laisse-moi Entrer). Il le confirme avec le premier vrai chef d’œuvre de 2012, la Taupe.

Le patron MI6 envoie en secret un de ses agents en Hongrie pour une mission secrète, connue que des deux hommes. Et pour cause, il s’agit de récolter des informations sur une taupe qui aurait été implantée par les Soviétiques au sommet de l’espionnage britannique. Mais la mission tourne au fiasco et il est renvoyé, entraînant avec lui son fidèle adjoint, George Smiley. Ce dernier est cependant rappelé quelques temps plus tard par le ministre lui-même pour enquêter sur un éventuel agent-double, dont l’existence semble de plus en plus probable.

La Taupe est tout simplement un film remarquable, passionnant, alors que l’œuvre littéraire n’était certainement pas celle qui se prêtait le plus à un adaptation cinématographique. Mais le résultat est à la hauteur, tous les pièges ayant été évités avec un formidable brio. Un film aux qualités si nombreuses que l’on ne sait où commencer, tant le travail de Tomas Alfredson est impressionnant. Il prouve ici que l’on peut créer une incroyable tension et un fascinant suspense sans aucune scène d’action.

Comme on pouvait s’y attendre, la Taupe possède un scénario incroyablement dense. Pourtant le film arrive à éviter une complexité excessive. Certes, il faut rester un minimum concentré, mais tout est exposé de manière claire, logique et parfaitement ordonné. Pourtant, les nombreux flashbacks, la multitude des personnages auraient pu créer la confusion. Il n’en est rien, ce qui permet au spectateur de reste totalement dans l’histoire et de la dévorer, comme on dévore un roman passionnant.

La Taupe est un film tout en tension. Un tension qui naît des rapports entre les personnages où se mêlent la défense de la patrie avec l’ambition, l’hypocrisie et la jalousie. La vision du MI6 donnée par John Le Carré, lui-même ancien espion, n’est guère flatteuse. Si 2011 nous a livré deux très beaux films sur les coulisses de la politique (les Marches du Pouvoir et l’Exercice de l’Etat), ceux de l’espionnage ne sont pas mal non plus.

lataupeMais cet aspect de la Taupe ne prend vraiment son intérêt que par la merveilleuse façon dont cette tension est visuellement retranscrite à l’écran. La manière dont Tomas Alfredson capte les regards, fait ressortir par des petits riens la nature profonde des personnages fait de ce film une œuvre totalement aboutie. Le travail sur la photographie, la musique et surtout les couleurs démontre à quel point la réussite de ce film ne doit rien au hasard. On est face à un travail cinématographique majeur qui n’est pas là juste pour épater la galerie, mais au service, on l’a vu plus haut, d’un scénario fort et complexe.

La Taupe acquiert définitivement son statut de grand film par son casting. Mais ce n’est pas que la liste de noms qui est impressionnante, c’est aussi la manière dont Tomas Alfredson a su transformer ses acteurs. Au premier rang d’entre eux, un Gary Oldman totalement méconnaissable. On connaissait son immense talent, mais il tient là peut-être son plus grand rôle. Il incarne littéralement son personnage, donnant même l’impression d’avoir abandonné son propre corps pour celui d’un autre. Le reste de la distribution est au diapason. On citera en particulier un Colin Firth égal à lui-même, ce qui est en soit un beau compliment, et Toby Jones, dont le physique particulier ne lui permet pas de mener une carrière à la hauteur de son talent.

Adapter la Taupe à l’écran était donc un vrai pari, mais parfaitement relevé par Tomas Alfredson qui nous offre là le premier moment de pur enthousiasme cinématographique de 2012.

Fiche technique :

Production : Studiocanal, Working Title, Karla films, Paradis films, Kinowelt
Distribution : StudioCanal
Réalisation : Tomas Alfredson
Scénario : Bridget O’Connor, Peter Straughan, d’après le roman de John Le Carré
Montage : Dino Jonsäter
Photo : Hoyte Van Hoytema
Décors : Maria Djurkovic
Musique : Alberto Iglesias
Costumes : Jacqueline Durran
Durée : 127 mn

Casting :

Gary Oldman : George Smiley
Mark Strong : Jim Prideaux
Colin Firth : Bill Haydon
John Hurt : Control
Ciaran Hinds : Roy Bland
Tom Hardy : Ricky Tarr
Benedict Cumberbatch : Peter Guillam
Toby Jones : Percy Allenine
Kathy Burke : Connie Sachs

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