LES CHARMES DISCRETS DE LA VIE CONJUGALE (Douglas Kennedy) : Un charme un peu trop discret

lescharmesdiscretsdelavieconjugaleJ’adore Douglas Kennedy. J’ai commencé par lire Cul-de-Sac, le livre qui l’a révélé et je dois admettre que c’est effectivement un petit chef d’œuvre. Depuis, ses romans sont toujours très bons et en font un des auteurs contemporains majeurs. Cependant, je n’ai jamais encore retrouvé cet enthousiasme originel. Et ce n’est pas les Charmes Discrets de la Vie Conjugale qui va me le permettre.

Hannah Buchan ne voulait pas d’une vie rangée. Elle voulait partir finir ses études à Paris. Mais voilà, elle rencontre Dan, tombe amoureuse et de fil en aiguille se retrouve à le suivre dans une toute petite ville perdue au fin fond du Maine. Elle est loin de l’existence dont elle rêvait, ce qui lui rapporte le mépris de sa mère. Un incident va venir bouleverser sa vie. Enfin, pas en immédiatement en profondeur. Mais trente ans plus tard…

Les Charmes Discrets de la Vie Conjugale est un roman riche. Peut-être trop riche d’ailleurs, car aucune thématique n’est tout à fait explorée jusqu’au bout. Sur 600 pages, Douglas Kennedy prend tout de même le temps de nous raconter beaucoup de choses, mais je n’ai pu m’empêcher de sortir de ce roman quelque peu frustré. Quand une piste semble pouvoir devenir passionnante, le récit passe à autre chose et tout est à recommencer.

Les Charmes Discrets de la Vie Conjugale est d’abord un roman sur le couple. Bon, vu le titre, on pouvait s’en douter. Pourtant, si cela constitue bien le fil rouge principal de ce roman, la thématique n’est vraiment abordée de front que dans les dernières pages. Certes, tout est la conséquence de l’ensemble des péripéties qui ont précédé, mais la réflexion manque un peu de recul et n’apporte surtout rien de bien nouveau sur un sujet qui a déjà permis à des milliers d’auteurs de noircir des millions de pages.

Les Charmes Discrets de la Vie Conjugale traite également largement du climat qui régnait dans l’Amérique de George Bush, dans l’Amérique d’après le 11 septembre. Une Amérique renfermée sur elle-même, intolérante, où la droite la plus radicale pouvait cracher sa haine de tout ce qui sortait de près ou de loin de ce qu’elle qualifiait de « bien ». Un courant de pensée qui peint tout en noir et blanc et n’applique jamais une seule seconde les valeurs qu’elle prétend pourtant défendre. Ni de liberté, ni de fraternité dans cette Amérique-là.

Mais cet aspect, qui sert de base à l’intrigue en tant que tel, est traité avec de grosses ficelles. Comme à son habitude, Douglas Kennedy s’appuie sur une histoire pleine de rebondissements, plus ou moins invraisemblables. Cela rend la lecture globalement distrayante, mais pour le coup, il m’est souvent arrivé de ne pas trop croire ce qu’il me racontait, à trouver ça un peu gros, un peu facile. Il arrivait tout de même à me donner envie de connaître la suite, mais sans être pour autant enthousiasmé ou passionné. Je partage évidemment ces idées, mais certains personnages sont tellement caricaturaux que l’on se dit qu’il ne prenait pas grand risque.

Heureusement, Douglas Kennedy possède une plume d’un calibre suffisant pour que l’on parcourt le roman sans jamais s’ennuyer. De plus, il entretient une relation étroite avec son traducteur français, donc on peut espérer que les « pertes en ligne » soient relativement limitées. C’est un style contemporain, léger, mais celui d’un vrai écrivain au sens noble du terme.

Du coup, je serai vraiment injuste de dire que j’ai passé un mauvais moment en lisant Les Charmes Discrets de la Vie Conjugale. Je suis juste un peu déçu au vu de l’immense talent de l’auteur.

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