CHEVAL DE GUERRE : Spielberg, intermittent du génie

chevaldeguerreafficheLongtemps considéré comme le roi absolu du blockbuster, Steven Spielberg multiplie désormais les films qui divisent les critiques. On peut faire remonter cette tendance à Munich, qui remonte à 2006. Son adaptation de Tintin a laissé froid une bonne partie du public et Cheval de Guerre, qui vient de sortir sur nos écrans, divise carrément l’opinion. Certains y voient un grand film d’aventures à l’ancienne, d’autres soulignent un récit qui frise parfois le ridicule. En fait, les deux ont raison…

Albert et Joey vivent une amitié d’une rare intensité dans cette Angleterre du début du XXème siècle. Mais la Première Guerre Mondiale éclate et va les séparer. Albert est trop jeune pour s’enrôler, tandis que Joey est réquisitionné. Mais ils se retrouveront, Albert le promet. Précision : Albert est un fils de fermier et Joey, un jeune cheval.

Bon, commençons par ce qui fâche. Enfin avant ça, je tiens à préciser que je n’ai absolument aucune sympathie pour les chevaux, si ce n’est bien saignant avec des pommes de terre sautées. Seulement, il existe bien d’autres choses à reprocher à ce scénario et je pense que, même si je trouve l’idée de base un peu ridicule, cela n’a guère jouer sur mon opinion sur ce film, que j’ai de toute façon globalement aimé. Mais voilà, cheval ou pas, Cheval de Guerre a une intrigue marquée pas de gros moments de faiblesse.

Cheval de Guerre repose sur un axe narratif clair : la relation entre Albert et Joey. Cependant, une longue partie du film nous rapporte les aventures de ce dernier, alors que le premier a totalement disparu du panorama. Du coup, tout tension disparaît, on a juste une série de péripéties qui, de plus, se rassemblent beaucoup. Le long passage avec Niels Arelstrup n’a tout simplement aucun intérêt et pourrait être éliminé sans que le film ne change d’un iota. Il y a globalement un défaut de maîtrise dans ce scénario dont on aurait pu retirer une bonne demi-heure. De plus, certains dialogues frisent le hors-jeu, notamment dans la première partie du film. Quant aux bons sentiments… A la fois, si on en a peur, il ne faut pas aller voir un Spielberg…

Autre facteur de division, la vison que nous donne Cheval de Guerre de… la guerre justement. Venant du réalisateur de Il Faut Sauver le Soldat Ryan, c’est un peu étonnant. La vision de la violence est très édulcorée et la scène de combat entre deux tranchées n’arrive pas à la cheville de la scène du débarquement. Pourtant, l’horreur a bien du être comparable entre ces époques. Les raisons de ce choix sont sûrement multiples.

Déjà, Steven Spielberg a du avoir en tête qu’un tel sujet, le cheval, pas la guerre, pouvait séduire un public large et pas seulement adulte. Il ne fallait pas le rebuter par une violence trop omniprésente. Mais plus sûrement, ce film est un hommage à un cinéma désormais désuet. On est plus proche du Jour le plus Long que du Soldat Ryan. Il y a là un choix artistique délibéré, qui rappelle un peu la volonté d’un Tarantino de faire revivre des genres cinématographiques en voix d’extinction, en reprenant la plupart des codes de l’époque. Personnellement, je l’ai accepté. Après, c’est sûr que Steven fait tout ça sans le moindre sens du second degré, contrairement à Quentin. Mais bon, chacun son style.

Cheval de Guerre possède tout de même une qualité qui fait qu’il serait dommage de totalement bouder son plaisir. Il y a un grand réalisateur derrière la caméra et ça se voit. Peut-être un peu par intermittence pour le coup, mais ce film recèle quelques moments de grâce cinématographique qui porte la marque des plus grands. Le temps d’une chevauchée à travers les tranchées, sur une musique de John Williams, un vrai souffle épique se lève, porté par une photographie de toute beauté. Ca ne dure que trois minutes, mais trois minutes qui nous rappellent pourquoi Steven Spielberg fait partie des réalisateurs qui ont fait aimer passionnément le cinéma à des millions de gens. Certes, il en fait parfois un peu trop, comme ces derniers plans avec en fond un ciel improbable ou cette exécution vue à traver les pales d’un moulin, mais le 7ème art ne s’est jamais nourri de mesure et de retenu.

chevaldeguerreNiveau casting, le meilleur acteur de Cheval de Guerre reste de loin… le cheval. D’ailleurs, je trouve dommage qu’il n’est pas été crédité au générique… Je n’ai peut-être pas bien vu, mais il doit bien avoir un nom dans vraie vie et il n’est pas cité… Sinon, ce film nous fait rendre compte que tout le monde vieillit, y compris Emma Watson, qui joue désormais les mères de famille. Si les ans ont ajouté quelques rides, ils n’ont rien enlevé de son talent. Par contre, ce qui m’a vraiment gêne, c’est le fait d’avoir choisir des acteurs anglais, allemands et français pour jouer les différents personnages de différentes nationalités pour finalement les faire tous parler anglais, souvent avec un accent à couper au couteau… Ca renforce la faiblesse de certains passages, en y ajoutant un soupçon de ridicule.

Cheval de Guerre n’est définitivement pas un grand Spielberg. Mais certains passages nous prouvent qu’il ne lui manque qu’un scénario en béton armé pour nous proposer à nouveau un vrai chef d’œuvre inoubliable.

Fiche technique :
Production : DreamWorksSKG, Reliance Entertainment, Amblin Enetrtainment, The Kennedy/Marshall Company, Touchstone Pictures
Distribution : Walt Disney Studios Motion Pictures France
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Lee Hall, Richard Curtis, d’après le roman de Michael Morpurgo
Montage : Michael Kahn
Photo : Janusz Kaminski
Décors : Rick Carter
Musique : John Williams
Durée : 146 mn

Casting :
Jeremy Irvine : Albert Narracott
Peter Mullan : Ted Narracott
Emily Watson : Rose Narracott
Niels Arestrup : le grand père
David Thewlis : Lyons
Tom Hiddleston : Capitaine Nicholls
Benedict Cumberbatch : Major Jamie Stewart
Eddie Marsan : Sergent Fry

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