OSLO, 31 AOUT : Rendez-vous manqué

oslo31aoutafficheLe cinéma norvégien nous livre rarement mais régulièrement des films pour agrémenter nos salles obscures hexagonales. Jusqu’à présent, il s’agissait généralement plutôt de comédies légères, comme le très sympathique Happy Happy sorti l’été dernier. Cette fois-ci, changement complet de ton, avec Oslo 31 août. Un film unanimement salué par la critique et qui connaît un joli succès en salle, au vu de sa faible distribution et de son sujet difficile. Un film que je n’ai pas réussi à apprécier à sa juste valeur.

Anders est en cure de désintoxication depuis plusieurs mois. Son addiction semble proche d’être définitivement derrière lui. Il a la permission de passer la journée à Oslo pour un entretien d’embauche. Il en profitera pour revoir des proches, retrouver le goût de la vie et croire à nouveau à l’avenir. Mais à plus de trente ans peut-on encore espérer un nouveau départ ?

Je crois bien qu’entre moi et Oslo 31 août, c’est un peu un rendez-vous manqué (oui, j’adore prendre un ton hyper profond et grave pour une simple critique de film). Je vais en dire beaucoup de bien, mais pourtant, je dois l’avouer, ce film ne m’a pas touché. Je ne saurais dire vraiment pourquoi, on est sûrement là dans le subjectif pur, et donc dans l’inexplicable. Evidemment, dans cette situation, pour un film qui repose uniquement sur l’émotion et ni sur l’action, le suspense ou l’humour, on flirte très vite avec l’ennui.

Pourtant, j’avoue avoir été charmé par les premières minutes de Oslo 31 août. Une introduction sous forme d’ode à la nostalgie de l’enfance, de inconscience, de ce bonheur simple, immédiat, naturel qui disparaît trop souvent à l’âge adulte. Joachim Trier est incontestablement un réalisateur très talentueux. Il sait soigner la forme, sans faire pour autant dans l’esbroufe. La photographie est travaillée, transformant la ville, son décor, son ambiance en un personnage à part entière de cette histoire. Si le film repose largement sur les dialogues, beaucoup de choses passent par la manière dont tout cela est mis en image.

Oslo 31 août nous livre également un propos profond, intelligent et subtil. Il ne s’agit pas d’un film sur la drogue, puisque Anders n’en prend plus, mais sur les traces que tout cela laisse sur l’individu et son entourage. Ce dernier se veut compréhensif et encourageant, mais un fossé s’est creusé et reste à savoir s’il peut se combler un jour. Si le film est tout de même relativement contemplatif, il n’est n’en pas moins doté d’une certaine tension narrative. Le personnage principal marche sur le fil du rasoir entre espoir et résignation. Au fur et à mesure de ses rencontres, il va avancer sur ce chemin étroit dont on ne sait où il va le mener.

oslo31aoutUne des raisons pour lesquelles je n’ai pas vraiment accroché avec cette histoire, c’est peut-être pour son grand pessimisme. Je ne vais pas dévoiler ici la manière dont Oslo 31 août se termine, mais globalement le film parle largement de l’aspect inexorable de la tentation et du risque de rechute, qui apparaît alors inévitable tôt ou tard. La fatalité est un thème central de la réflexion. Or, j’ai parfois du mal avec les films qui nous montrent une situation dramatique juste pour nous dire qu’elle est dramatique. Je ne veux pas dire qu’il faut que tout se termine toujours pas un happy end, mais l’aspect « noir c’est noir » n’est pas forcément signe d’un propos très intéressant.

Le film repose énormément, pour ne pas dire exclusivement, sur l’interprétation de Anders Danielsen Lie, qui jouait déjà dans le film précédent du réalisateur, Nouvelle Donne, qui avait déjà été distribué en France. Si je dois adresser des reproches à Oslo 31 août, ils ne le concerneront pas. Il arrive à donner une grande profondeur et une grande crédibilité à son personnage, qu’il incarne peut-être pas de manière spectaculaire, mais de manière très juste.

Oslo 31 août est un film qui peut potentiellement bouleverser. Les ingrédients sont là. Après la sauce ne peut pas forcément prendre avec tout le monde. Elle ne m’a pas convaincu, mais d’autres seront très certainement beaucoup plus enthousiastes.

Fiche technique :
Production : Don’t Look Now, Motlys
Réalisation : Joachim Trier
Scénario : Joachim Trier, Eskil Vogt, d’après le roman de Pierre Drieu La Rochelle
Montage : Olivier Bugge Coutté, Gisle Tveito
Photo : Jakob Ihre
Décors : Jørgen Stangebye Larsen
Distribution : Memento Films
Musique : Torgny Amdam, Ola Flottum
Directeur artistique : Solfrid Kjetsa
Durée : 95 mn

Casting :
Anders Danielson Lie : Anders
Hans Olav Brenner : Thomas
Ingrid Olava : Rebecca
Oystein Roger : David

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