LE FLEAU DE CHALION (Loïs McMaster Bujold) : Intrigues de cour, c’est un peu court

lefleaudechalionDans le domaine de l’heroic fantasy, c’est toujours agréable de tomber sur un roman qui ne soit pas le premier tome d’une saga qui en compte 72. Bon, en tant que gros lecteur, ça ne me dérange pas tant que ça. Simplement, quand c’est bien mais sans plus, on reste toujours partagé entre l’envie de connaître la suite et l’envie de passer à autre chose. Le Fléau de Chalion, de Loïs McMaster Bujold, est un roman isolé (enfin presque, j’y reviendrai)… et moyen.

Cazaril a roulé sa bosse et ressemble à un vieillard fatigué alors qu’il n’a que 35 ans. Il revient à la cour où il a servi comme page étant plus jeune, celle de la provincara douairière. Il n’aspire qu’à une fonction modeste, mais il se retrouve très vite nommé secrétaire personnel et surtout précepteur de la jeuner royesse Iselle. Ce poste et les aléa de la politique vont le conduire à retourner à la cour royale de Cardegoss. Là où il ne voulait à tout prix pas retourner.

Bon, le Fléau de Chalion fait bien partie d’un cycle de trois romans. Cependant, ils n’ont de communs que quelques personnages pour les deux premiers et le même monde pour l’ensemble. Ils peuvent se lire totalement indépendamment. Autre particularité, l’auteur est une femme, ce qui est plutôt rare dans ce genre littéraire. Loïs McMaster Bujold s’est d’abord fait connaître par ses romans de science fiction. Le Fléau de Chalion constitue ses premiers pas dans le domaine de l’heroic fantasy. Il ne s’agit pas de n’importe qui puisqu’elle est la seule, avec Robert Heinlein, un des précurseurs de la science-fiction dans les années 50, a avoir remporté quatre fois le prix Hugo, le prix littéraire le plus prestigieux dans cet univers littéraire.

Le Fléau de Chalion souffre quand même d’un défaut important. Il ne s’y passe pas grand chose. On est plongé avant tous dans des intrigues de cour, des enjeux et des trahisons politiques, qui fait certes couler un peu de sang, mais rien de spectaculaire. Le récit ne décolle jamais vraiment et on a toujours l’impression que les évènements sont sur le point de se précipiter et prendre une toute autre ampleur… sauf qu’au final, cela n’arrive jamais. Du coup, on est quelque peu frustré. On ne s’est pas non plus ennuyé ferme, mais on ne termine pas ce livre en étant hyper enthousiaste.

Le Fléau de Chalion nous plonge dans un univers moyenâgeux imaginaire, avec une pointe de magie. On se situe plus dans l’ésotérisme que dans l’heroic fantasy classique, avec dragons, magiciens et tout le tralala. Cela donne une certaine personnalité à cet univers, mais on peut également trouver que Loïs McMaster Bujold a quelque peu bridé son imagination. Peut-être parce qu’elle était dans un univers qu’elle ne maîtrisait pas encore totalement. Cependant, si j’en crois ce que j’ai lu et le prix remportés, la suite de son œuvre a été d’un autre calibre.

On retiendra du Fléau de Chalion avant tout ses personnages qui échappent pour la plupart au manichéisme. Chacun d’eux portent sa part d’ambiguïté, ce qui vient considérablement enrichir le récit. Mais là encore, le cadre assez restreint de l’intrigue ne leur permet pas de prendre toute leur dimension. Il manque vraiment un vrai souffle épique et héroïque. Le fond est intéressant, mais ce qui est construit dessus reste trop limité.

Le style de Loïs McMaster Bujold est par contre très agréable. Le Fléau de Chalion est beaucoup mieux écrit que la moyenne des romans d’heroic fantasy, c’est incontestable. Sans cela, il est d’ailleurs probable que ce roman plongerait vraiment le lecteur dans un désintérêt profond. C’est évidemment en premier lieu une qualité, mais renforce aussi le caractère quelque peu frustrant de cette œuvre.

Le Fléau de Chalion est donc une œuvre quelque peu anecdotique pour une grande dame de l’imaginaire, même s’il a constitué un tournant dans sa carrière.

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