SARKOZY OU LA POLITIQUE DE LA TERRE BRULEE

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sarkozyliberationLe 6 mai 2007, au soir de la victoire de Nicolas Sarkozy, j’écrivais : Ce soir, la défaite est cruelle. Elle laisse surtout un pays coupé en deux, comme il ne l’a jamais connu dans son histoire. Jamais un candidat élu n’aura autant cristallisé la haine sur nom. Si les hommes de gauche subissaient Chirac, sans jamais vraiment totalement le haïr, Nicolas Sarkozy représente ce que nous exécrons le plus : défense des plus forts contre les plus faibles, xénophobie latente qui ne dit pas son nom, eugénisme social et biologique, mépris des travailleurs justifié par une morale « travail, famille, patrie »… Mais si la défaite est cruelle, j’espère qu’elle fera naître un mouvement d’opposition plus soudée et plus fort que jamais.

Au soir du premier tour des cantonales en 2011, je m’étais insurgé contre l’attitude de l’UMP qui refusait d’appeler à voter PS lorsque ce dernier était opposé à un candidat du FN, alors que même le PC avait appelé à voter pour la droite parlementaire pour faire barrage à l’extrême-droite (cf. le temps des quasi regrets). Aujourd’hui, on a la morbide confirmation d’un calcul politique prêt à franchir la frontière de l’ignoble dans l’espoir d’une réélection, quelqu’en soit le prix.

Mais dans quel état serait la société française si Nicolas Sarkozy devait être réélu dans ces conditions ? La fracture serait terrible et une moitié du peuple français ne pardonnerait jamais à l’autre de l’avoir ainsi entraîné dans un territoire dont la droite parlementaire ne s’était jusqu’alors jamais approché. Le Président ne serait définitivement plus celui de tous les Français, pour autant qu’il ne l’ait jamais été.

Nous sommes un des plus vieux Etat-Nation au monde et notre unité est une de nos plus grandes richesses. Elle nous est tellement naturelle que l’on a du mal à comprendre comment des peuples peuvent se déchirer jusqu’aux pires atrocités. Evidemment, on n’en est encore très loin en France. Mais cela fait bien longtemps que le ciment qui nous unit n’a été à ce point proche de se fendre. La dernière fois, ce fut sous la coupe du Maréchal Pétain que notre société s’est brisée en deux. C’est bien sur ses pas que marche actuellement Nicolas Sarkozy.

L’année dernière, j’avais souligné combien cette attitude de l’UMP semblait suicidaire politiquement. Je le maintiens et je reste tout à fait persuadé que ce que je viens d’exposer va rester de la pure politique-fiction. La Nation française ne se laissera pas détruire ainsi, Nicolas Sarkozy ne saura être son fossoyeur. Mais François Hollande récoltera d’un pays qui n’a jamais été si proche de la rupture. Une rupture bien sociétale, avant même d’être économique, même si les deux sont évidemment liés.

Le 6 mai 2012 ne sera définitivement pas un jour comme les autres. Il devra rester celui où le peuple français a dit non à sa propre implosion.

LIVING THING (Peter Bjorn and John) : Suédois glacé

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livingthingpeterbjornandjohnLa Suède a offert musique le meilleur groupe de disco de l’histoire, Abba, et le meilleur groupe d’eurodance de l’histoire, Ace of Base. Pour plein d’autres raisons, je trouve que c’est un pays merveilleux et pas seulement parce qu’il est peuplé de charmantes créatures blondes et minces. Tout le monde sait que je suis plutôt branché brunes latines et pulpeuses… Mais on s’éloigne considérablement du sujet du coup. La perfection n’étant pas de ce monde, la Suède nous a également donné des groupes quelque peu moyens, malgré un potentiel intéressant, comme Peter Bjorn and John et leur album Living Thing.

Ils étaient trois musiciens : Peter Moren, Bjorn Yttling et John Eriksson. Lorsqu’ils se sont demandés comment ils allaient pouvoir bien appeler leur groupe, ils se sont dits qu’ils pourraient simplement accoler leurs prénoms… Le Suédois est très intelligent… Bon plus sérieusement, le groupe s’est formé en 1999 et Living Thing est leur 5ème album, sorti en 2009.

Living Thing est un mélange de bon et de moins bon. On peut déjà leur reconnaître un gros travail artistique. Leur musique est toujours très élaborée, avec des sonorités visiblement recherchées. D’ailleurs, le style est assez difficile à définir. On peut parler d’indie rock, mais leur musique flirte souvent avec l’électro, tout en absorbant des influences assez diverses. En tout cas, le résultat est le plus souvent particulièrement mélodieux et apaisant.

Le principal problème de Living Thing réside dans le fait qu’environ un titre sur deux ne décolle pas. La sonorité originale tourne un peu en boucle et devient vite lancinante. Et comme le rythme est rarement trépidant, on flirte rapidement avec l’ennui. Ca manque donc un peu de spontanéité et d’énergie. La musique de Peter Bjorn and John est en fait un peu trop cérébrale et réfléchie. C’est toujours objectivement bien, mais souvent subjectivement ennuyeux.

Heureusement, le groupe arrive parfois à exploiter pleinement leur idée de départ et arrive à faire monter un peu la mayonnaise. Ainsi, Living Thing recèle quelques titres vraiment bons. On peut notamment citer Nothing to Worry About et surtout Blue Period Picasso, de loin le meilleur titre de ce album. Le reste se laisse parfois écouter, mais cela ne suffit pas tout à fait à compenser les nombreux moments beaucoup plus faibles. L’attention de l’auditeur joue au yoyo, mais les hauts n’atteignent pas des sommets susceptibles de nous faire oublier les plongées en profondeur.

Living Thing procure donc au final plus de frustration que de plaisir. On sent bien chez Peter Bjorn and John beaucoup de maîtrise artistique et une vraie créativité. Dommage que tout cela ne soit pas emballé dans du dynamisme qui nous ferait vivre leur musique, alors que là, on ne peut que l’écouter avec un intérêt poli, mais guère enthousiaste. C’est sûr que les Suédois ne sont pas non plus les gens les plus exubérants que je connaisse, mais ce n’est pas avec ce groupe qu’ils vont se réchauffer les longs hivers qu’ils connaissent.

Au final Living Thing de Peter Bjorn and John reste un album trop froid, voire même parfois glacial, malgré quelques très beaux flocons.

Pour finir, faisons le tour des titres que l’on trouve sur cet album.

1.: The Feeling
Une pop tirant sur l’électro, élégante et efficace.

2.: It Don’t Move Me
Un son plus grave et plus profond, mais un rien lancinant.

3.: Just The Past
Un rythme lent, envoûtant et lancinant à la fois.

4.: Nothing To Worry About
Un ton très différent de ce qui précède, plus dynamique et plus original. Pas mal du tout.

5.: I’m Losing My Mind
Un titre rock évaporé.

6.: Living Thing
Un rythme plus enjoué, presque tropical. Mais on garde l’impression que tout cela est interprété avec le frein à main serré.

7.: I Want You
Un retour à l’évaporé et au lancinant, avec cependant une certaine conviction dans l’interprétation.

8.: Lay It Down
Un titre multiplie les effets, comme les voix distordues, mais qui ne décolle jamais vraiment.

9.: Stay This Way
Titre épuré, un peu jazzy.

10.: Blue Period Picasso
Un son un rien chaloupé, presque sensuel. Très bon !

11.: 4 Out Of 5
Un titre qui retombe dans l’évaporé lancinant, de plus un peu sinistre pour le coup.

12.: Last Night
Un morceau lent et chiant pour finir.

VIVA RIVA ! Il était une fois au Congo

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vivarivaafficheViva Riva ! constitue un événement que l’on attendait depuis 20 ans. En effet, voilà deux décennies qu’aucun long métrage n’avait été tourné en République Démocratique du Congo. Bon, il faut dire que le pays a eu bien d’autres choses à penser, avec une terrible guerre civile. Si un film ne fait pas le printemps, on peut quand même se réjouir de voir la création artistique renaître dans un pays aussi durement marqué. Surtout que le résultat est plutôt bon.

Riva retourne à Kinshasa après de longues années d’exil en Angola. Il ne vient pas les mains vides, mais avec un camion rempli de bidon d’essence, alors que la pénurie de carburant fait montrer les prix très très hauts. Malheureusement, arrivent dans son sillage ceux à qui il l’a dérobé. Ils vont alors se mettre à sa recherche, tandis qu’il flambe et cherche à séduire la compagne d’un petit truand local.

La promotion de Viva Riva ! l’a présenté comme le Scarface congolais. Bon, la comparaison est peu-être un peu facile et trompeuse, mais nous sommes clairement dans un vrai film de gangsters où l’influence des grands films hollywoodiens du genre se fait sentir de manière évidente. Par contre, on se situe bien loin de l’Amérique puisque ce film nous offre aussi une vraie séance de dépaysement. Le film a été en partie produit par la France et la Belgique, mais il s’est vraiment tourné au Congo avec des acteurs locaux, souvent amateurs, à deux exceptions près (notamment Manie Malone que l’on a vu dans Braquo). Un film réalisé avec peu de moyens, mais Djo Tunda Wa Munga a su magnifiquement le cacher et on connaît des films français qui font beaucoup plus cheap que ça !

Sur le fond, l’intrigue est vraiment classique pour le genre. Un jeune ambitieux qui convoite notamment la femme d’un autre, tout en se heurtant au méchant en place qui veut se débarrasser de lui…. et réciproquement. Sans son aspect exotique, il est vrai que Viva Riva ! n’aurait vraiment rien d’original de ce point de vue là. Enfin, on peut surtout y voir un message universel qui démontre que les truands sont les mêmes partout dans le monde… Enfin même si elle est très classique, l’intrigue reste rythmée, pleine de rebondissements avec moult trahisons et retournements de situation. Bref, on ne s’ennuie pas.

J’ai déjà insisté sur la manière dont Djo Tunda Wa Munga réussit à nous faire oublier le manque de moyens. Cela passe par une mise en scène imaginative et soignée. Il cherche et parvient à nous livrer un long métrage artistiquement et techniquement élaboré. Il n’a pas du tout négligé cet aspect ou cherche d’excuse du genre « je suis un réalisateur du tiers monde alors caméra à l’épaule, ça ira bien ! ». Alors évidemment, il touche parfois ses limites et fait preuve quelque fois d’une certaine naïveté. Mais cela apporte aussi beaucoup de fraîcheur à ce film, qui ne constitue peut-être pas une leçon de cinéma, mais est incontestablement celui d’un élève brillant et appliqué.

vivarivaOn pourra aussi noter que Viva Riva ! est assez cru, en particulier sexuellement. Ce qui fait qu’il a été censuré et donc non distribué… au Congo… C’est quand même ballot que ce pays n’ait pas la chance de voir le premier qui y soit réalisé en vingt ans. Les âmes les plus sensibles devront donc s’abstenir même si, objectivement, il n’y a pas non plus de quoi fouetter un quart de chat. Il suffit d’avoir vu un seul épisode de Californication pour avoir vu bien pire.

Viva Riva ! nous permet donc de découvrir des acteurs vraiment nouveaux. Patsha Bay est vraiment excellent dans le rôle principal. Entre dilettantisme et confiance en soi tirant sur l’arrogance, il donne à son personnage beaucoup de personnalité et d’épaisseur. L’affection que cela engendre participe grandement à la réussite de ce film. On doit cependant admettre que Manie Malone reste l’interprète la plus charismatique du casting, par sa beauté mais aussi son professionnalisme.

Viva Riva ! nous permet donc de nous rappeler qu’il existe un cinéma africain. Ce film a raflé six récompenses aux derniers « Oscars africains » et c’est entièrement mérité.

Fiche technique :
Réalisation : Djo Tunda Wa Munga
Scénario : Djo Tunda Wa Munga
Photo : Antoine Roch
Pays : République démocratique du Congo
Durée : 100 minutes

Casting :
Patsha Bay : Riva
Manie Malone : Nora
Hoji Fortuna : Cesar
Marlene Longage : la Commandante