VIVA RIVA ! Il était une fois au Congo

vivarivaafficheViva Riva ! constitue un événement que l’on attendait depuis 20 ans. En effet, voilà deux décennies qu’aucun long métrage n’avait été tourné en République Démocratique du Congo. Bon, il faut dire que le pays a eu bien d’autres choses à penser, avec une terrible guerre civile. Si un film ne fait pas le printemps, on peut quand même se réjouir de voir la création artistique renaître dans un pays aussi durement marqué. Surtout que le résultat est plutôt bon.

Riva retourne à Kinshasa après de longues années d’exil en Angola. Il ne vient pas les mains vides, mais avec un camion rempli de bidon d’essence, alors que la pénurie de carburant fait montrer les prix très très hauts. Malheureusement, arrivent dans son sillage ceux à qui il l’a dérobé. Ils vont alors se mettre à sa recherche, tandis qu’il flambe et cherche à séduire la compagne d’un petit truand local.

La promotion de Viva Riva ! l’a présenté comme le Scarface congolais. Bon, la comparaison est peu-être un peu facile et trompeuse, mais nous sommes clairement dans un vrai film de gangsters où l’influence des grands films hollywoodiens du genre se fait sentir de manière évidente. Par contre, on se situe bien loin de l’Amérique puisque ce film nous offre aussi une vraie séance de dépaysement. Le film a été en partie produit par la France et la Belgique, mais il s’est vraiment tourné au Congo avec des acteurs locaux, souvent amateurs, à deux exceptions près (notamment Manie Malone que l’on a vu dans Braquo). Un film réalisé avec peu de moyens, mais Djo Tunda Wa Munga a su magnifiquement le cacher et on connaît des films français qui font beaucoup plus cheap que ça !

Sur le fond, l’intrigue est vraiment classique pour le genre. Un jeune ambitieux qui convoite notamment la femme d’un autre, tout en se heurtant au méchant en place qui veut se débarrasser de lui…. et réciproquement. Sans son aspect exotique, il est vrai que Viva Riva ! n’aurait vraiment rien d’original de ce point de vue là. Enfin, on peut surtout y voir un message universel qui démontre que les truands sont les mêmes partout dans le monde… Enfin même si elle est très classique, l’intrigue reste rythmée, pleine de rebondissements avec moult trahisons et retournements de situation. Bref, on ne s’ennuie pas.

J’ai déjà insisté sur la manière dont Djo Tunda Wa Munga réussit à nous faire oublier le manque de moyens. Cela passe par une mise en scène imaginative et soignée. Il cherche et parvient à nous livrer un long métrage artistiquement et techniquement élaboré. Il n’a pas du tout négligé cet aspect ou cherche d’excuse du genre « je suis un réalisateur du tiers monde alors caméra à l’épaule, ça ira bien ! ». Alors évidemment, il touche parfois ses limites et fait preuve quelque fois d’une certaine naïveté. Mais cela apporte aussi beaucoup de fraîcheur à ce film, qui ne constitue peut-être pas une leçon de cinéma, mais est incontestablement celui d’un élève brillant et appliqué.

vivarivaOn pourra aussi noter que Viva Riva ! est assez cru, en particulier sexuellement. Ce qui fait qu’il a été censuré et donc non distribué… au Congo… C’est quand même ballot que ce pays n’ait pas la chance de voir le premier qui y soit réalisé en vingt ans. Les âmes les plus sensibles devront donc s’abstenir même si, objectivement, il n’y a pas non plus de quoi fouetter un quart de chat. Il suffit d’avoir vu un seul épisode de Californication pour avoir vu bien pire.

Viva Riva ! nous permet donc de découvrir des acteurs vraiment nouveaux. Patsha Bay est vraiment excellent dans le rôle principal. Entre dilettantisme et confiance en soi tirant sur l’arrogance, il donne à son personnage beaucoup de personnalité et d’épaisseur. L’affection que cela engendre participe grandement à la réussite de ce film. On doit cependant admettre que Manie Malone reste l’interprète la plus charismatique du casting, par sa beauté mais aussi son professionnalisme.

Viva Riva ! nous permet donc de nous rappeler qu’il existe un cinéma africain. Ce film a raflé six récompenses aux derniers « Oscars africains » et c’est entièrement mérité.

Fiche technique :
Réalisation : Djo Tunda Wa Munga
Scénario : Djo Tunda Wa Munga
Photo : Antoine Roch
Pays : République démocratique du Congo
Durée : 100 minutes

Casting :
Patsha Bay : Riva
Manie Malone : Nora
Hoji Fortuna : Cesar
Marlene Longage : la Commandante

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