SOMETIMES, I WISH WE WERE AN EAGLE (Bill Canahan) : Quel organe !

sometimesiwishwewereaneaglebillcanahanCertains hommes sont dotés d’un organe qui fait la jalousie des autres hommes, qui fascinent les femmes et les rendent totalement dépendantes. Un tel don de la nature permet à celui qui le possède d’imposer le respect et l’admiration. Face à tel organe, on se tait, si on ne peut rivaliser. Bill Canahan possède un tel sujet d’émerveillement et de plaisir, le veinard. Et il nous permet de l’admirer tout au long de son album, Sometimes, I Wish We Were an Eagle… Oui, vous l’aurez compris, l’organe dont je parle est évidemment la voix.

Bill Canahan est un auteur-compositeur américain, né en 1966. A ses débuts dans les années 90, avec son groupe Smog, il va proposer une musique plutôt expérimentale qui ne va pas vraiment convaincre. Mais au fur et à mesure des albums, le style va s’affirmer et se professionnaliser. Sa carrière va définitivement décoller lorsqu’il se lance en solo, avec un premier album, Woke on a Whaleheart en 2007. Suivra donc I Wish We Were an Eagle deux ans plus tard.

Dès les premières secondes de I Wish We Were an Eagle, on s’exclame « quel org… enfin plutôt quelle voix ! ». Bill Canahan possède une voix profonde et grave, peut-être pas tout à fait aussi caverneuse que celle d’un Nick Cave, mais qui prend tout de même immédiatement aux tripes. Une voix rare, même si au final elle n’est pas vraiment originale, surtout dans ce registre folk-country, qui sied plus aux voix cassée qu’à celles trop claires ou trop pures. Mais l’essentiel est quelle fasse son effet, qu’elle nous transmette quelque chose et nous donne immédiatement envie de se plonger dans cet album.

On peut cependant reprocher à Bill Canahan de se reposer quand même beaucoup sur ce seul talent, peut-être un peu trop. En effet, il la pousse un tout petit peu sur un titre ou deux, mais ça ne va jamais très loin. Le rythme des morceaux, tendance ballades épurées, est souvent le même et il est vrai que I Wish We Were an Eagle ne brille pas spécialement par sa diversité. Les accompagnements sont souvent assez simples et sont là essentiellement pour mettre en valeur la voix, qui, il est vrai, vaut le coup d’être mise en avant.

C’est bien se reposer sur son point fort, mais on peut y voir aussi une certaine paresse et il est vrai qu’on commence à se lasser quelque peu au fur et à mesure que l’album se déroule. Heureusement, il est assez court, 9 titres, et on n’a donc pas vraiment le temps d’en sortir totalement. On peut d’ailleurs noter que le morceau où l’instrumentation est la plus élaborée, My Friend, n’est pas non plus le plus intéressant. Bill Canahan reste un artiste avant tout vocal. Les textes valent peut-être aussi le coup, mais j’avoue que j’ai bien du mal à juger ce point-là.

I Wish We Were an Eagle nous offre tout de même assez de très beaux moments musicaux pour valoir le coup. Si on doit en retenir deux, je citerai Eid Ma Clack Shaw, certainement celui où la voix est la mieux mise en valeur et la plus expressive et Rococo Zephyr, où la voix grave de Bill Canahan arrive tout de même à se faire douce et à nous bercer et à nous apaiser. Globalement, l’album est coupé en deux, avec cinq premiers titres parfois vraiment scotchants et quatre derniers plus moyens. Mais globalement, on reste heureux d’avoir découvert cet artiste, même si cela doit rester une relation ponctuelle.

Les amateurs de belles voix et qui ne pensent pas que le sommet de la culture se déroule le samedi soir sur TF1 pourront apprécier ce I Wish We Were and Eagle de Bill Canahan, qui ne révolutionne pas la musique, mais nous offre quelques très beaux passages.

Pour finir, regardons de plus près les titres qui composent cet album.

1-Jim Cain
Une ballade simple et épurée où la voix grave prend aux tripes dès les premières secondes.

2-Eid Ma Clack Shaw
La voix est vraiment mise en avant et se fait plus claire et expressive.

3-The Wind and the Dove
Un titre plus parlé que chanté, mais le timbre de la voix scotche !

4-Rococo Zephyr
Un accompagnement qui laisse une large place aux cordes pour un résultat très mélodieux, qui sonne presque comme une berceuse.

5-Too Many Birds
La voix est poussée un tout petit peu et c’est bon !

6-My Friend
Plus de complexité dans l’accompagnement, mais ce n’est pas forcément plus intéressant.

7-All Thoughts Are Prey to Some Beast
Un ton plus sombre, mais surtout un titre qui donne l’impression que l’album tourne un peu en rond.

8-Invocation of Ratiocination
Un intermède musical assez étrange.

9-Faith/Void
Un très long et joli morceau, qui résume assez bien l’album, bien qu’un peu répétitif.

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