DE ROUILLE ET D’OS : De corps et d’émotion

derouilleetdosafficheJacques Audiard est depuis déjà longtemps considéré comme un des réalisateurs majeurs de l’Hexagone. Mais depuis l’immense succès de Un Prophète, chacun de ses futurs films est désormais considéré comme un véritable événement. C’est bien le cas de De Rouilles et d’Os qui a animé tous les discussions au début du Festival de Cannes, avant d’être totalement oublié par le palmarès. Une injustice ?

Ali arrive à Antibes, sans argent, mais avec son fils de 5 ans, à Antibes, vivre chez sa sœur. Vu son physique plutôt impressionnant, il va trouver un travail de videur dans une boîte de nuit. Il y fait la connaissance d’Alice, une femme vers qui tous les regards se tournent. Mais suite à un accident, elle est amputée des deux jambes. D’abord désespérée, elle va trouver un soutien inattendu chez cette homme à qui tout l’opposait.

Dans De Rouille et d’Os, on retrouve tout ce que l’on aime chez Audiard. Déjà cette incroyable capacité à capter les émotions de ses personnages pour donner une intensité dramatique phénoménale à ses intrigues. De Rouille et d’Os monte encore d’un cran dans ce domaine, au dépend d’une histoire plus simple que Dans un Prophète. Simple, mais particulièrement riche, avec une multitude de thématiques abordées.

Audiard, c’est aussi un incroyable metteur en scène. Un sens de l’image et du cadrage rare, qui fait de De Rouille et d’Os un vrai régal pour les yeux. Pourtant, il ne s’intéresse pas aux paysages, mais encore et toujours aux personnages, à leur émotions, à leurs corps. Le film parle beaucoup du rapport au corps et au physique. Les acteurs en font partie pas uniquement par leur expressivité ou par leurs dialogues, mais par leur être tout entier. Le tout donne un film d’un intensité visuelle remarquable qui sublime les émotions.

Mais… Parce que oui, il y a un mais… Honnêtement, je ne fais pas partie des gens ayant été totalement enthousiasmé par Un Prophète. J’avais trouvé le rythme beaucoup trop lent et du coup, j’avais parfois été au bord de l’ennui. Pour de Rouille et d’Os, c’est presque la même chose. Le défaut est moins présent ici, mais j’estime qu’avec une petite demi-heure de moins, le film serait meilleur. Jacques Audiard a une légère tendance à répéter un point de son propos, comme pour s’assurer que le spectateur a bien compris avant de passer à la suite. Sauf qu’on avait déjà compris dès le début…

Bon, je cherche un peu la petite bête. Mais ce genre de considération fait la différence entre l’admiration et l’enthousiasme. J’ai une admiration sans borne pour de Rouille et d’Os. Mais je n’ai pas ressenti le même enthousiasme que pour Sur Mes Lèvres, mon Audiard préféré, peut-être moins abouti artistiquement, mais plus direct, nerveux et réalisé avec les tripes.

derouilleetdosNiveau casting, de Rouille et d’Os marque une confirmation et une révélation. La révélation s’appelle Marion Cotillard… Bon ok, je fais un peu de provocation, mais malgré tout le mal que je pense que l’être humain, on ne peut qu’en dire du bien à la vision de ce film. Une interprétation juste et poignante d’un rôle qui aurait pu tuer le film s’il avait sombré dans un pathos surjoué. La confirmation s’appelle Matthias Schoenaerts, lui qu’on avait découvert dans l’extraordinaire Bullhead, qui reste pour encore pour moi le meilleur film de l’année. Un acteur au physique hors du commun qui compense une expressivité limitée par une justesse remarquable et un travail corporel impressionnant.

De Rouille et d’Os est un film admirable à tout point de vue. Une qualité artistique rare, au service d’une histoire très touchante, mais qui souffre tout de même d’un léger manque de souffle.

Fiche technique :
Production : Why Not productions, Page 114, France 2 Cinéma, Les films du fleuve, RTBF, Lumière et Lunanime
Réalisation : Jacques Audiard
Scénario : Jacques Audard, Thomas Bidegain, d’après le recueil de nouvelles de Craig Davidson
Montage : Juliette Welfling
Photo : Stéphane Fontaine
Décors : Michel Barthélémy
Distribution : UGC
Musique : Alexandre Desplat
Durée : 115 mn

Casting :
Marion Cotillard : Stéphanie
Matthias Schoenaerts : Ali
Armand Verdure : Sam
Céline Sallette : Louise
Corinne Masiero : Anna
Bouli Lanners : Martial
Jean-Michel Correia : Richard

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