LE GRAND SOIR : Décalé mais sans poésie

legrandsoirafficheBenoît Délépine et Gustave Kervern sont avant tout connus pour être des piliers du Groland, depuis la création de cet univers sous la houlette de Jules-Edouard Moustic. Mais ce sont aussi deux cinéastes à l’univers poétique et décalé, qui nous font vivre toujours des personnages improbables mais terriblement attachants. Leur précédent film, Mammuth, avait été un franc succès et surtout un succès mérité. Du coup, le Grand Soir a eu le droit de concourir à Cannes dans la catégorie un Certain Regard. Mais si le résultat est toujours aussi décalé, la poésie est nettement moins présente.

Les Bonzini tiennent un restaurant dans la zone commerciale de Bègles. Ils sont deux fils : l’un deux se fait appeler NOT et se vante d’être le plus vieux punk à chien d’Europe. L’autre, Jean-Pierre, est nettement plus conformiste et vendeur dans un magasin de literie. Mais quand son mariage tombe à l’eau, il se met à déraper sévèrement, se fait licencier et commence alors à mener la même vie que son frère.

On retrouve dans le Grand Soir le message social qui parcourt toute l’œuvre de Délépine et Kervern. Une dénonciation du système et du conformisme qui broient les « différents » et les « inadaptés », aussi bien intentionnés soient-ils. Leurs personnages ne sont pas toujours totalement sympathiques, mais ils arrivent toujours à faire naître chez le spectateur une grande empathie. On se dit alors qu’ils ont bien droit d’être comme ils sont et on est révolté quand le reste de la société essaye de les faire sortir de leur folie douce.

Le tout est généralement traité avec un grand humour et une infinie tendresse. En tout cas, c’était bel et bien le cas dans Mammuth, qui était ainsi parcouru d’une réelle poésie. Malheureusement, dans le Grand Soir, la poésie reste largement absente. Les personnages sont bien hors système, mais pas forcément non plus hyper sympathiques. Si on comprend bien que Jean-Pierre ait envie de changer de vie, le chemin qu’il prend ne donne pas vraiment envie de le suivre. On n’est pas dans la folie douce et légère, mais plus dans la sociopathie… Bon j’exagère peut-être un peu, mais disons qu’on n’a pas forcément très envie de devenir amis avec les deux frères.

Du coup, c’est tout l’intérêt du propos du Grand Soir qui en prend un coup. En effet, le film se termine par une tentative des deux frangins de déclencher une révolution. Evidemment, personne ne les suit. Le problème est qu’on comprend beaucoup plus l’indifférence générale que leur envie de révolte. Le film nous projette du mauvais côté de la barrière, alors qu’il est évident que Délépine et Kervern souhaitaient que l’on prenne fait et cause pour leurs deux personnages.

legrandsoirLe Grand Soir se révèle donc au final très inégal. Il nous réserve quelques moments de bravoure, mais aussi malheureusement beaucoup de séquences fonctionnant nettement moins bien. Quelques éclats de rire fusent ça et là, mais aussi quelques sourcils levés, plongés dans une certaine perplexité. Bref, la sauce ne prend pas réellement, comme quoi les mêmes ingrédients ne donnent pas toujours la même saveur d’une préparation à l’autre.

Si le Grand Soir laisse une impression mitigée, ce n’est par contre pas du tout la faute des acteurs. Benoît Poelvoorde et Albert Dupontel incarnent leurs personnages avec talent et une certaine retenue. Le film pouvait se prêter à un cabotinage débridée, mais il n’en est rien. Délépine et Kervern ont réussi à réellement diriger leurs comédiens. Le casting est complété par une multitude de caméos, dont celui de Brigitte Fontaine absolument savoureux dans le rôle de la mère.

Le Grand Soir est un donc un film décalé, comme savent si bien bien le faire Benoît Délépine et Gustave Kervern. Mais cependant ils n’ont pas su ce coup-ci insuffler cette poésie et cette tendresse qui nous permettraient de prendre vraiment fait et cause pour ces personnages.

Fiche technique :
Production : Panache productions, Arte France Cinéma, GMT, Anga, No Money productions,
Réalisation : Benoît Delépine, Gustave Kervern
Scénario : Benoît Delépine, Gustave Kervern
Montage : Stéphane Elmadjian
Photo : Hugues Poulain
Décors : Paul Chapelle
Distribution : Ad Vitam
Musique : Brigitte Fontaine, Areski Blekacem
Costumes: Florence Laforge
Durée : 92 mn

Casting :
Benoit Poelvoorde : NOT
Albert Dupontel : Jean-Pierre Bonzini, DEAD
Brigitte Fontaine : La mère Marie-Annick Bonzini
Areski Belkacem : le père René Bonzini
Bouli Lanners : le vigile
Serge Larivière : le directeur du Grand Litier
Stéphanie Pillonca : l ex femme de Jean-Pierre
Miss Ming : la jeune femme muette
Gérard Depardieu : le voyant

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