1983 (Sophie Hunger) : Une jolie faim

1983sophiehungerQuand on est chanteuse et que l’on a une voix claire et pure, on se destine souvent à interpréter des morceaux doux, mélodieux aux instrumentations épurées. Par contre, si on possède une voix plus grave, plus profonde, voire même un tantinet cassée, on va chanter du blues, de la folk ou de la country. Mais Sophie Hunger ne fait pas comme tout le monde. Car avec sa voix à la Janis Joplin, elle nous offre un album, 1983, que n’aurait pas renié Tori Amos.

Sophie Hunger, de son vrai nom Emilie Jeanne-Sophie Welti, nous vient de Suisse, de Berne plus précisément, où elle est née en 1983 (ce qui j’imagine a donné son nom à cet album). Elle propose une musique folk-blues et s’est fait notamment connaître par l’intermédiaire du festival jazz de Montreux. Elle compose la plupart de ses morceaux, qui sont le plus souvent en anglais mais aussi parfois en suisse-allemand. Elle a sorti son premier album Sketches on Sea en 2006. 1983 est lui sorti en 2010 et constitue son troisième album. Un quatrième, The Danger of Light, est sorti depuis (il figure aussi dans ma liste, vous aurez un jour droit à sa critique…).

1983 est un album sympathique. Le décalage entre la voix et le style des morceaux donne un résultat presque originale, tout de moins doté d’une réelle personnalité. Sans que cela soit révolutionnaire, au moins n’a-t-on pas l’impression d’entendre ça tous les jours. Sur quelques morceaux, comme Travelogue, le mélange prend vraiment pour un résultat assez envoûtant. Bon parfois, la sauce ne prend pas, comme Citylights Forever ou D’Red et on frise alors l’ennui. Heureusement, cela reste rare !

Cependant, il manque quand même un petit je-ne-sais quoi pour que 1983 ne décolle vraiment. On a toujours l’impression que Sophie Hunger joue avec le frein à main serré. Pas à fond, mais juste assez pour allumer le voyant sur votre tableau de bord bien que vous rouliez quand même. A part à la fin de Approximately Gone, elle ne se lâche jamais, alors que je suis sûr qu’un soupçon d’énergie supplémentaire aurait ajouté de la qualité à plusieurs des morceaux.

1983 est donc un rien frustrant, car à côté de ça la maîtrise artistique est remarquable. Les titres ne se ressemblent pas vraiment. Sa musique est parcourue par des rythmes plus folk, plus jazz ou plus blues selon les morceaux. Elle garde toujours une ligne mélodique claire et la voix livre toujours une interprétation pleine de conviction, à part pour les quelques titres plus en retrait que j’ai évoqué plus haut. D’après, ce que j’ai lu sur Wikipédia, j’ai l’impression que ses albums ont aussi variés entre eux et je ressors de cet album avec une grande envie de découvrir le reste de sa discographie.

On notera sur 1983, une très belle reprise de la chanson de Noir Désir, Le Vent Nous Portera. Certes, la voix de Sophie Hunger n’a pas la complexité de celle de Bertrand Cantat, mais la douceur avec laquelle elle l’interprète en fait un des meilleurs moments de l’album. Il confirme également que l’artiste est polyglotte, puisque l’on trouve également un titre en suisse-allemand (1983) qui est au passage un des meilleurs de l’album.

Au final, 1983 ne constitue pas la révélation du siècle, mais donne envie d’en savoir un peu plus sur la carrière de son interprète.

Pour finir, un passage en revue des titres que l’on trouve sur 1983.

1.: Leave Me with the Monkeys
La voix claire se pose sur un fond musical très léger, qui sonne comme un message de bienvenue.

2.: Lovesong to Everyone
La voix est plus posée, le rythme un rien jazzy, mais le tout manque un tout petit peu de souffle.

3.: 1983
Un titre plus punchy et en suisse-allemand.

4.: Headlights
Un morceau lent et un rien mélancolique.

5.: Citylights Forever
Un peu sombre et ennuyeux.

6.: Your Personal Religion
Plus rythmé, avec une instrumentation plus présente. Dommage qu’il manque toujours ce petite je ne sais quoi pour prendre une dimension supplémentaire.

7.: Le Vent Nous Portera
Une belle reprise très mélodieuse.

8.: Travelogue
Lent, mais la voix rend le titre assez envoûtant.

9.: Breaking the Waves
Un morceau entre jazz et pop.

10.: D’Red
Lente, un peu évaporé, mais malheureusement pas terrible.

11.: Approximately Gone
Un bon plus sombre, mais de la conviction. Sophie Hunger se lâche presque sur la fin.

12.: Invisible
Un titre plus original, part un peu dans tous les sens, mais pour un résultat final plutôt sympa.

13.: Broken English
Une ballade épurée pour apprécier la voix particulière de Sophie Hunger.

14.: Train People
Un titre très doux qui constitue un joli au revoir.

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