CHYPRE, FEUILLETON A REVELATIONS

chypreLe feuilleton chypriote qui a marqué l’actualité ces dernières semaines n’est peut-être pas terminé. Mais on peut d’ors et déjà en tirer quelques enseignements sur la gouvernance européenne. Bien sûr, rien n’a vraiment constitué de réelle surprise, si ce n’est pour beaucoup de concitoyens le fait que cet état faisait partie de l’Union, quand ce n’est même pas carrément l’existence du pays en lui-même. On imagine cependant que Chypre aurait aimé faire la une de l’actualité pour d’autres raisons.

La première solution qui avait été proposée, la taxation de tous les dépôts, y compris ceux inférieurs à 100 000 euros, a été largement reconnue comme étant particulièrement mauvaise à tout point de vue. N’étant qu’un économiste très amateur, je n’avais pas forcément une opinion très tranchée sur la question. Pour moi ça ouvre le débat sur la responsabilité collective d’une nation démocratique qui choisit en toute connaissance de cause une voie qui la conduit à la catastrophe. C’est un sujet que j’aborde assez souvent pour ne pas rouvrir le débat ici. Simplement, je trouve qu’il est un peu trop souvent éludé.

Bref, je conçois aussi très bien que le risque de contagion et de panique généralisée que cette solution pouvait faire craindre faisait de cette solution un choix étonnant. On a d’ailleurs bien senti le soulagement généralisé quand elle fut écartée par le parlement chypriote. Tout le monde a été heureux de devoir rependre le problème à zéro, puisque le premier choix fait dans l’urgence n’était pas du tout satisfaisant. Certes, même les grands esprits peuvent se tromper quand ils fonctionnent dans la précipitation. Cependant, il est assez inquiétant que la gouvernance européenne tergiverse indéfiniment quand il s’agit de prendre les bonnes décisions, pour généralement pour arriver à un compromis minimaliste, tandis qu’elle a réussi à prendre aussi vite et à l’unanimité une si mauvaise décision d’une telle portée.

Mais au final, la crise chypriote donne aussi à la zone euro et plus largement à l’Europe des raisons d’espérer. Chypre, écartelée entre l’Union et la Russie, a préféré sans conteste la première à la seconde. Certes, faisant partie de la première, elle s’est en quelque sorte choisie elle-même. Cependant, si l’Union Européenne constituait vraiment un espace déclinant, constituant un handicap plutôt qu’un atout pour ceux qui en font partie, alors on peut facilement imaginer que le choix aurait été tout autre. La Russie n’est peut-être pas l’allié le plus sympathique et amical, mais il a aussi des atouts à faire valoir et se fâcher avec elle est une décision à prendre avec précaution. On peut se réjouir de voir que l’attrait de Moscou ne surpasse pas encore la perspective de construire un espace économique commun avec nos vieilles économies.

L’Union Europénne n’est sûrement pas aussi efficace qu’elle le devrait pour nous sortir de la crise, c’est le moins que l’on puisse dire. Mais si les populisme anti-européens progressent partout, on peut espérer que ces 50 années d’effort ne sont quand même pas prêts de partir en fumée. Car tout ce que l’on reproche à l’Europe (manque de solidarité, de gouvernance économique coordonnée, concurrence et dumping toujours importants au sein de l’espace européen…) serait mille fois plus prégnant sans ces institutions certes bancales, mais certainement pas néfastes.

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