LE JOUR D’APRES

manuelvallsAprès un long silence pendant cette campagne électorale dans laquelle j’ai mis tant de temps et d’énergie, il est temps de reprendre la plume. Je reviendrai sûrement bientôt sur la manière dont j’ai vécu cette expérience d’un point de vue personnel. Mais commençons par une analyse purement politique, puisque les 24 dernières heures ont vu le paysage politique français évoluer de manière brutale.

La défaite du PS a surpris par son ampleur, qui l’a transformée en déroute historique. Mais devait-on être vraiment si surpris que ça ? Je ne veux pas jouer les donneurs de leçon a posteriori parce que j’ai été le premier à ne pas voir le mur arriver, ou du moins pas avec cette violence. Rien sur le terrain pendant cette campagne ne nous a préparés à ça et la sanction a frappé durement des élus remarquables dont la sympathie de la population semblait acquise.

Avec le recul, je pense que le PS n’a pas assez appris de ses… victoires passées. En 2010, les élections régionales s’étaient soldées par une victoire écrasante de la gauche, avec des scores historiques y compris dans ma bonne ville de Viroflay. Ce fut un soir heureux pour notre camp et nous avons interprété ça comme une reconnaissance du travail des élus socialistes à la tête des régions. Certes nous n’étions pas assez naïfs pour ne pas y voir aussi un rejet de Nicolas Sarkozy, mais nous refusions de ne pas y voir aussi un soutien à notre action. Mais quel électeur est capable de mesurer la qualité du bilan d’un Conseil Régional ?

Tout le monde pensait que les élections municipales étaient beaucoup plus ancrées dans un contexte local connu des électeurs. Mais depuis que je suis élu, j’ai pu mesurer à quel point l’immense majorité de nos concitoyens ignorent tout (et se moquent souvent aussi d’ailleurs) des enjeux de proximité et de ceux qui les portent. Et si la gauche a réussi à bâtir une telle emprise sur l’ensemble des collectivités locales au cours de ces 25 dernières années, c’est peut-être tout simplement parce que nous avons passé beaucoup plus de temps dans l’opposition au niveau national qu’au pouvoir.

C’est un constat douloureux parce que toutes ces victoires dans les villes, les départements et les régions ont été acquises par des gens et des équipes formidables, à l’engagement et aux compétences remarquables. Ces victoires ont toutes été méritées. Mais il faut ouvrir les yeux sur le fait que quelque soit le niveau, toutes les élections se jouent à la lumière du bilan de l’équipe gouvernementale. Pour un militant de base, un élu de terrain comme moi, c’est horrible difficile à admettre, tant cela vide de sens une grande partie de son action. Mais la fraction qui reste vaut sûrement encore le coup de se battre.

Cela renvoie surtout à un problème beaucoup plus profond qui se manifeste par l’incapacité totale des majorités gouvernementales de droite comme de gauche à emporter un minimum d’adhésion. Le désenchantement semble de plus en plus rapide, alors que tout le monde, la classe politique avant tout mais pas que…, continue de faire comme si de rien n’était et à ne même pas poser la question de dysfonctionnements qui ne trouveraient pas leur réponse à travers un clivage droite/gauche. Lors de la soirée électorale de dimanche soir, Henri Guaino (oui ça fait chier de citer Henri Guaino, mais bon…) a vaguement tenté de soulever ce débat, sans trouver aucun écho, si ce n’est une réponse de Cécile Duflot qui a replacé les échanges au niveau du tout petit bout de la lorgnette. C’est quand même dommage qu’une femme politique si jeune, qui incarne encore beaucoup plus le futur que le passé, ne soit pas capable de saisir cette balle au bond. Au-lieu de ça, a eu lieu cet éternel ping-pong entre deux camps sur l’air de « c’est pas notre faute, c’est la votre… ».

Mais ce jeu est indécent. Parce qu’au milieu de ses revois de balle totalement stériles, il y a des gens au chômage, en situation précaire, n’arrivant pas à se loger, vivant chaque jour un sentiment plus fort de déclassement. Comment s’étonner qu’ils finissent par s’abstenir ou voter Front National ? Faire de la politique c’est avant tout chercher à régler les problèmes, apporter des solutions face aux difficultés rencontrés par ses concitoyens. Et c’est bien ce que cherchent à faire tous ses responsables politiques. On travaille beaucoup dans les ministères, à l’Assemblée, dans les partis et les collectivités locales. Beaucoup plus que le pensent beaucoup de mes compatriotes. Mais comment peuvent-ils se rendre compte de ce travail quand les discours sont parasités par des considérations sans intérêt ? Mon expérience de militant de base m’a montré que c’est un travers qui touche le monde politique de la base au sommet. C’est inhérent à cette activité et aussi à la nature humaine, mais il faut savoir parfois s’arrêter, prendre de la hauteur et dire « et si on arrêtait de déconner ? ».

La déroute électorale aura donc conduit le Président de la République à nommer Manuel Valls au poste de Premier Ministre. Je ne m’étendrai pas sur la manière dont je vis ça en tant que militant politique, en tant qu’homme de gauche aux convictions fortes. Parce que je dois m’efforcer de ne pas tout ramener à ma « sensibilité » de personne qui s’intéresse de près à la politique. La seule question est de savoir si le prochain gouvernement réussira, dans la mesure du possible, à faire baisser le chômage, construire des logements et rendre plus efficace tout un tas de choses qui déconnent. La plupart de nos concitoyens se moquent bien, et ils ont raison, de savoir si ça vient d’un mec plus à gauche ou plus à droite que machin bidule, chaque camp ayant démontré depuis longtemps son incapacité à régler vraiment un certain nombre de problèmes de fonds et se repassant constamment la patate chaude.

Le gouvernement de Manuel Valls n’adoptera sûrement pas toujours une ligne qui serait la mienne. Cependant, si, suite à ce changement, des choses avancent dans le bon sens grâce à lui, il faudra s’en réjouir. Seuls comptent les résultats. Le nouveau gouvernement n’en a pour l’instant aucun (surtout qu’il n’est pas encore constitué à cette heure), seul l’avenir nous permettra de les connaître. Un avenir que les gens de gauche ont vu s’assombrir ce week-end. Mais si le pire arrive parfois, comme cette déroute électorale, il n’est jamais sûr non plus…

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