MUSTANG : Ode à la liberté

mustangafficheUne œuvre cinématographique peut être faite pour divertir, émouvoir, faire rire, informer, faire rêver… Et peut aussi porter un message fort, dénoncer les petits et les grands travers de notre monde et du genre humain. Quelque fois, elle peut faire tout cela (ou presque) à la fois. C’est le tour de force de Mustang, un des films les plus remarqués du dernier festival de Cannes, couronné par une Caméra d’Or (meilleur premier film) amplement méritée.

Mustang brille avant tout par le fond. Le propos présenté ici est d’une rare intelligence. Ce n’est pas un film à thèse, plutôt un témoignage sur une situation dont chacun pourra se faire une opinion… même si cette dernière sera vite vue pour toute personne un minimum saine d’esprit. Le film nous emmène au cœur de la Turquie où le poids des traditions va venir écraser le destin de cinq sœurs qui n’aspirent qu’au bonheur et à la liberté. A mon sens, Deniz Gamze Ergüven a fait un choix décisif et incroyablement pertinent en supprimant de son film quasiment toute référence à la religion. Il dénonce bien l’attitude d’une société toute entière, l’hypocrisie d’individus qui bénéficient pourtant de leur libre arbitre. En faisant ça, elle n’élude pas une part importante du problème, au contraire, elle se concentre sur l’essentiel pour frapper au cœur le spectateur.

mustangLa qualité de Mustang tient aussi par sa forme. Non pas tellement la réalisation qui est particulièrement sobre. On peut considérer que c’est ce qui manque à ce film, c’est un peu plus d’imagination visuelle pour prendre définitivement une dimension supplémentaire, mais on peut aussi considérer que cela aurait détourner le spectateur de l’essentiel. Par contre, la narration qui sous-tend le propos est elle absolument remarquable. Alternant les moments de joie, d’inquiétude et aussi quelques fois de profonde tristesse, le scénario n’est jamais misérabiliste, ne laisse jamais le pathos prendre le dessus. Les personnages sont parfaitement équilibrés pour que l’on sente bien à la fois le poids des choix individuels et ceux d’un poids social beaucoup plus larges. On peut certes distinguer des gentils et des méchants, mais au fond, le film nous montre bien qu’il n’y a avant tout que des victimes de traditions absurdes qui broient les rêves de bonheur de chacun, mais broiera la vie tout entière de quiconque voudra y échapper.

Mustang est aussi l’occasion de découvrir cinq jeunes actrices qui portent le film sur leurs épaules avec une force, un talent et une énergie assez incroyables. La synergie entre elles crée un attachement immédiat chez le spectateur, qui ressort de ce film le cœur plein de sentiments aussi forts que contraires. Un hommage particulier à la plus jeune d’entre elles, Gunes Nezihe Sensoy, formidable de la première à la dernière minute. Mais c’est bien tout ce film qui est formidable du début à la fin.

LA NOTE : 15/20

Fiche technique :
Production : CG Cinéma
Réalisation : Deniz Gamze Ergüven
Scénario : Deniz Gamze Ergüven, Alice Winocour
Montage : Mathilde Van de Moortel
Photo : David Chizallet, Ersin Gök
Distribution : Ad Vitam
Musique : Warren Ellis
Directeur artistique : Serdar Yemisci
Durée : 97 mn

Casting :
Güne Nezihe Şensoy : Lale
Do Zeynep Doğuşlu : Nur
Tu Sunguroğlu : Selma
Elit Iscan : Ece
Layda Akdoğan : Sonay
Nihal Kolda& : La grand-mère
Erol Afsin : Osman

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